<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0">	<channel>		<title>[blog.toutlecine.com] stanlubrick : <![CDATA[StanLubrick]]></title>		<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</link>		<description><![CDATA[StanLubrick]]></description>		<language>fr</language>		<copyright>Copyright (c) 2006, Hi-pi</copyright>		<generator>Hi-pi RSS 2.0 generator</generator>		<docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>		<pubDate>Thu, 19 Jun 2008 13:45:27 +0200</pubDate>		<item>			<title><![CDATA[Interview de Laurent Lunetta]]></title>			<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>    Zombies
landais:  le triste  bilan</strong>  (2003) 
est le premier film landais  qui  traite  de
zombies  landais. On y découvre, sous forme
documentaire, le sort réservé aux morts vivants de
Banos (c'est dans les Landes). Les co-réalisateurs, l'un
cliniquement vivant, l'autre déjà mort (paix à
son âme), ne nous épargnent rien: camps de gavage,
mariage post mortem et tronchade sont au programme. Rencontre avec
Laurent Lunetta (puisque c'est celui qui est vivant),
co-réalisateur donc, de ce court métrage pas comme
les autres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Stan Lubrick</strong>:
Avant de parler du film <strong>Zombies landais: le triste
bilan</strong>, un mot sur la disparition de son
co-réalisateur Arnaud Maumas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Laurent Lunetta</strong>:
<strong>Zombies landais: le triste bilan</strong> est un film de
copains. On a tourné cela en été, un 15 et 16
août et l'ami avec qui j'ai fait ce film est
décédé à l'issue du tournage. Le film
fini lui est dédié et la première projection a
été faîtes en son hommage.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S. L.</strong>:
<strong>Zombie landais: le triste bilan</strong> est un faux
reportage télé. Une espèce de parodie des
reportages des chaînes régionales de France 3,
tourné en vidéo...</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: En fait, on
a inventé une TV 40 qui est une fausse télé.
C'est sensé être une télévision
régionale. Là, le film passe à la
Cinémathèque de Toulouse mais il n'est pas fait pour
cela. C'est un film qui est calibré pour les buvettes des
férias landaises et les fêtes du Sud Ouest. C'est
vraiment un objet très bis, fait avec zéro franc, en
vidéo, genre cinéma amateur.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Film potache ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>:
Complètement potache. Très con, très
déconnant. Le film à été vraiment fait
sous Kronenbourg, tourné en un jour et demie pour s'amuser
avec des potes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S. L.</strong>: Il y a
quand même un clin d'oeil affirmé à la trilogie
de George Romero (<strong>Le territoire des morts</strong>
n'était pas encore sorti).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: Oui, c'est
vrai. Au départ, avec mon ami Arnaud Maumas qui est
décédé, nous sommes fans des films de zombies
et plus particulièrement de la trilogie de Romero
(<strong>La nuit des morts vivants</strong>,
<strong>Zombies</strong>, <strong>Le jour des morts
vivants</strong>) donc cela nous a amusé de faire un film de
zombies adapté au folklore local du Sud Ouest. Comme on est
tous les deux landais, cela nous intéressaient de
déplacer tous les clichés liés aux films de
morts vivants dans la culture locale, donc en les adaptant au
rugby, au castrage du maïs, à la paysannerie... Le but
était de faire un vrai film de zombies en version landaise
mais sans se prendre au sérieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S.L.</strong>: Coté
casting, les comédiens manquent sérieusement de
crédibilité, surtout ceux qui jouent les paysans.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: (Rires). Je
crois que dans ce film, rien n'est crédible. C'est vrai que
les paysans sont des caricatures. Ils tiennent plus du cartoon que
du documentaire. Comme c'est un film fait entre potes et que l'on a
un copain qui nous a toujours fait rire avec ses imitations de
paysans, on l'a pris car il imite très bien les pires
expressions landaises hyper terroir. Cela n'a aucune
crédibilité mais ce n'était pas trop le souci
(rires).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S. L.</strong>: Il y a
néanmoins un plan très réaliste. C'est celui
où l'on voit un zombie basculer par dessus une
clôture. J'ai l'impression que vous avez gardé ce plan
parce que cela c'est vraiment passé sans être
prévue. Est-ce le cas ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: (Rires).
Effectivement, ce n'est absolument pas une cascade. C'est un
accident sans trucages ! (Rires). L'acteur était
sensé faire un zombie qui avancait vers des humains et
était retenue par une clôture en grillage. En fait,
comme le comédien était assez corpulent, le grillage
a cédé et l'acteur s'est vraiment viandé la
gueule par terre. On n'a pas refait la prise et on l'a monté
direct dans le film.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Puisqu'il s'agit d'une
co-réalisation, comment vous êtes vous partagés
le travail ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: On a
écrit le scénario tous les deux en riant beaucoup en
une nuit, puis sur le tournage, Arnaud, qui joue plusieurs
rôles dans le film, s'occupait plutôt des
comédiens et de la direction d'acteurs ou plutôt de la
direction de zombies (rires), et moi, du cadre et de la
caméra (un caméscope familial) et de tout ce qui se
rapportait à l'image.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S. L.</strong>: Une
remarque "sérieuse" sur le film. Même potache, il n'en
véhicule pas moins un discours sur l'exclusion...</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>:  Oui,
même si c'est assez prétentieux de dire cela.
L'idée, c'était d'utiliser le film de zombies comme
métaphore de toutes les formes d'exclusions, sauf qu'on a
voulu le traiter de manière très rigolarde.
Même si le film pose la question de l'exploitation des morts
de façon potache, ce n'est pas tellement de la
science-fiction. Il suffit de voir comment on réutilise
l'image des stars décédées ou comment on peut
exploiter les gens jusqu'à la corde. Le zombie nous sert
d'image extrême et gaguesque pour parler de l'exploitation
que l'on connaît chacun tous les jours et dont on a voulu
parler de manière caricaturale, mais, en même temps,
effectivement, cela se veut un discours là-dessus.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Un petit mot sur les effets gore ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: C'est des
effets gore à deux francs. Comme tout le monde le sait, dans
les Landes, on gave les canards pour faire du foie gras et ce qui
nous amusaient beaucoup, c'était de faire une scène
avec des paysans qui gavent des zombies pour faire du foie gras. Du
coup, on a tourné ces scènes-là avec de gros
entonnoirs et beaucoup de faux sang fabriqué avec du
ketchup. Voila ! Mais c'est vraiment du gore amateur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S. L.</strong>: Le film a
été plutôt bien acceuillis lors de sa
projection à la Cinémathèque de Toulouse. Vous
attendiez vous à un pareil acceuil ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>: Très
franchement, je n'imaginais pas qu'il puisse passer dans un endroit
comme celui là parce qu'il n'est pas fait pour, mais en
même temps, il y a eu des rires. Il faut dire qu'on est
à Toulouse, donc il y a une proximité avec le Sud
Ouest qu fait que l'humour percute. Par contre, je ne m'attendais
pas à ce qu'il y ait des applaudissements, même si il
n'y en a eu que deux ou trois (rires) parce que je pense que le
film ne les mérite pas.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Le mot de la fin ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L. L.</strong>:
Faîtes des films de zombies chez vous ! Filmez vos grands
parents, surtout si ils ne sont pas loin de la tombe (rires). J'ai
l'air de déconner mais je dis cela sérieusement parce
que j'ai moi-même filmé ma propre grand-mère et
que je pense qu'on a chacun un vrai devenir zombie. Ce que je
regrette, c'est qu'on ne voit plus trop ce genre de films.
Même si les films de zombies sont toujours très
déconnants, ce sont des films qui essayent de parler du
rapport à la mort, alors qu'actuellement, les films font
tout pour éviter d'en parler. Je pense qu'il est important
de rire de la mort, c'est une façon de mieux s'y
préparer.</p>
<p> </p>
<p>Entretien réalisé dans le cadre de la 5°
édition d'Extrême Cinéma.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
]]></description>			<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3596/Interview-de-Laurent-Lunetta/</link>			<comments>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/Interview-de-Laurent-Lunetta-16062008-193127-lp-3596.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3596/Interview-de-Laurent-Lunetta/</guid>			<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 19:31:27 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[En soutien à "Martyrs"]]></title>			<description><![CDATA[<p>Une manifestation contre l'interdiction aux moins
de 18 ans du film <strong>Martyrs</strong> de Pascal Laugier a eu
lieu le 13 juin 2008 à 14h30, face au Ministère de la
Culture à Paris.</p>
<p>Selon les dires du réalisateur Fernando De Azevedo
(<strong>N°26</strong> / 2001) qui a vu le film
incriminé "<em><strong>Martyrs</strong> est un film
où la violence que l'on voit n'est jamais gratuite, elle
sert un propos, elle nous questionnent sur la vie, l'esprit, le
corps après la mort. Pascal Laugier a su mettre en
scène l'au-delà avec un sens visionnaire tout
à fait boulversant</em>."</p>
<p>Ce qui est en jeu: Interdire aujourd'hui, c'est
INTERDIRE POUR DEMAIN !</p>
<p>"<em>C'est pousser les producteurs et les distributeurs à
ne plus développer de films de genre, c'est empêcher
les scénaristes et réalisateurs de créer ce
qu'ils désirent. En clair, c'est favoriser l'auto-censure,
c'est tenter d'éradiquer un genre (la fantastique) qui avait
déjà beaucoup de mal à avoir sa place sur les
écrans français.</em>"</p>
<p> </p>
<p>Pour manifester contre cette censure qui de dit
pas son nom et soutenir le film de Pascal Laugier, demandez au
Ministère de la Culture un visa d'interdiction aux moins de
16 ans accompagné d'un avertissement sur la violence
d'images jamais gratuites, au service d'un propos
dérangeant.</p>
<p> </p>
<p>    Stan Lubrick</p>
]]></description>			<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3550/En-soutien-a-Martyrs/</link>			<comments>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/En-soutien-a--Martyrs--10062008-134103-lp-3550.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3550/En-soutien-a-Martyrs/</guid>			<pubDate>Tue, 10 Jun 2008 13:41:03 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Interview de Jean-Pierre Bouyxou]]></title>			<description><![CDATA[<p>        Il est de rigueur, en guise
d'introduction, de proposer aux potentiels lecteurs un "chapeau",
comme on dit dans le métier. Difficile toutefois de
résumer la carrière de Jean-Pierre Bouyxou.
Néanmoins, voici quelques éléments de
repérages sur le parcours du monsieur. Libre ensuite
à chacun de combler les vides. C'est parti: Né
à Bordeaux le 16 janvier 1946. Dès 1964, defend le
cinéma marginal dans divers fanzines et revues. Auteur de la
première étude sérieuse sur le mythe de
<strong>Frankenstein</strong>. Expose dessins et peintures,
participe à des happenings. Créateur d'un festival de
l'érotisme. Participe à un certain nombre d'ouvrages
collectifs (<strong>Une encyclopédie du nu au
cinéma</strong>, <strong>A propos de Pierre
Molinier</strong>, entre autres). Ecris des livres (<strong>La
science fiction au cinéma</strong>, <strong>L'aventure
hippie</strong>, etc.). Collabore à quelques journaux et
périodiques (<strong>Vampirella</strong>,
<strong>Hara-Kiri</strong>, <strong>Lui,</strong>
<strong>Actuel</strong>, <strong>Métal Hurlant</strong>,
<strong>L'Avant-Scène Cinéma</strong>...). 
Publie une quinzaine de romans érotiques  sous divers
pseudonymes (Jérôme Fandor, Philatère de
Bois-Madame, Claude Razat, etc.). Devient Situationniste, puis
cinéaste (<strong>Satan bouche un coin</strong> (1967-1968),
<strong>Graphyty </strong> (1968-1969),  <strong>Sortez
vos culs de ma commode</strong>  (1972),  <strong>Amours
collectives</strong>  (1976),  <strong>Entrez
vite...  vite, je mouille</strong>  (1978 /  titre
de tournage: <strong>La ruée vers l'orgasme</strong>).
Collabore aux films de Roland Lethem. Se lie d'amitier avec
Noël Godin (le célèbre entarteur belge) et fait
une rencontre inénarrable avec Jesse Franco... Voilà
! Maintenant, vous pouvez attaquer l'interview de
l'énergumène.</p>
<p> </p>
<p><strong>Stan Lubrick</strong>: Lors de votre présentation
au  public, les organisateurs  du festival 
Extrême Cinéma  vous ont qualifié  de
"<em>Père spirituel</em>". Etes vous sensible à 
ce genre d'hommage ?</p>
<p><strong>Jean-Pierre Bouyxou</strong>: Je trouve cela un peu
émouvant (rire). Comme j'ai été en France, non
pas le premier, mais un des premiers à parler de tout un
type de cinéma qui se pratique à Extrême
Cinéma, qui va de la série Z jusqu'au cinéma
expérimental avec de nombreux  points de convergence,
je trouve non pas "normal", mais assez logique que ces
organisateurs, qui sont jeunes, se réclament de moi. En tout
cas, ce n'est pas illogique et cela me fait assez plaisir.</p>
<p><strong>S. L.</strong>:  Dans l'époque
charnière qu'a été Mai 68,  on a
l'impression qu'il y avait deux pôles qui s'affrontaient. Il
y avait la Nouvelle Vague qui, bien que déjà
installée, continuait son combat pour une certaine vision du
cinéma, sur un mode Intello, et de l'autre
côté, les défenseurs du fantastique et de la
série Z qui, eux, voulaient peut-être bousculer les
choses de façon plus radicale ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Les gens de la Nouvelle Vague
étaient sensiblement plus âgés que ceux de ma
génération. Grosso modo, en trichant un peu, j'avais
vingt ans en 68 (rire). Les gens de la Nouvelle Vague avaient
débutés, pour la plupart, au moins dans le court
métrage à la fin des années 50, ce qui en
faisaient àl'époque une génération de
"vieux" par rapport à nous et c'étaient des gens
d'origines de droite par ailleurs, alors que nous étions des
gens plutôt d'extrême gauche par ailleurs et que nous
avions davantage envie de rentrer dans le lard du système
qu'eux. La Nouvelle Vague voulait boxer le cinéma; nous,
c'était, via le cinéma, la socièté
toute entière. Nous étions soixante-huitard le plus
simplement du monde et nous faisions du cinéma
soixante-huitard mais nous ne faisions pas de cinéma
militant. Le cinéma ouvrièriste de ces
années-là était très didactique et
très chiant. Nous, on avait envie de se marrer. En fait,
nous étions beaucoup plus influencés par la
série Z américaine et le nanar français que
par la Nouvelle Vague.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Votre court métrage
<strong>Graphyty</strong> se rattache directement à ce
courant revendicatif...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Complètement. Il ne s'appelle
pas <strong>Graphyty</strong> pour des nèfles. C'est un
court dont, d'une part, la forme est celle d'un long graffiti sur
support pelliculaire, mais par ailleurs, son esprit est celui des
graffitis qui fleurissaient dans les toilettes publiques. Il y a un
critique de Bordeaux qui avait écrit:  "<em>Bouyxou
rend hommage aux artistes de cabinet</em>". J'avais trouvé
cela très beaux parce que mon film est tout à fait
cela.  C'est une suite de slogans, d'insultes, de dessins
obsènes qui rentrent dans le  lard mais qui sont
également  délibérément puerils,
enfantins, scatos...  C'est aussi un film potache mais c'est
également,  par ailleurs, un film
influencé  par les films de Norman  McLaren, 
ou des gens comme ça.  C'est à la croisée
de la peinture et du cinéma.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: C'est le "<em>Do it yourself</em>" des
Sex Pistols avec une décennie d'avance !</p>
<p><strong>J.P. B</strong>.: Complètement ! (rires).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Quels étaient les moyens de
diffusion dans les années 70 pour ceux qui faisaient du
cinéma en dehors du système ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Non seulement les films
n'étaient pas distribués, mais ne pouvaient pas
l'être puisque les salles  n'avaient le droit de
projeter que des films homologués par le C.N.C.*. Pour qu'un
film soit homologué, il fallait, soit avoir une carte de
réalisateur, soit être supervisé par quelqu'un
qui avait sa carte de réalisateur et, de toute façon,
employer un nombre minimum de techniciens ayant leur carte
professionnelle. Evidement, comme nous faisions tout
nous-même, en général nous tournions sans
caméraman, ni preneur de sons, nos films ignoraient le
système et le système nous ignorait
complètement. Nos films n'avaient aucune existence
légale, les salles ne pouvaient pas les projeter et, de
toute façon, ils n'auraient pas attiré assez de
spectateurs pour intérésser les exploitants. Donc, la
diffusion était tout à fait marginale. Il y avait un
ou deux collectifs organisés en coopérative de
diffusion qui en diffusaient certains dans des Maisons de la
Culture sympathisantes qui étaient très souvent
dirigées par des gens de gauche et non par des gaullistes,
bien que ce soit le père Malraux qui ait mis ces Maisons en
place. Et puis, il y avait plein de festivals où les films
passaient. Pas tellement les festivals de cinéma mais
plutôt les festivals pop où l'on passait, non
seulement de la musique mais également des films
underground. Dans ces cas-là, la musique n'était pas
celle du film mais improvisée en direct par  les
musiciens  présents.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: C'était quel genre de musique
?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Cela allait du free-jazz très
agressif à  la pop psychédélique
déjà bien planante.  Pour résumer les
choses de façon un petit peu lapidaire, c'était quand
même du cinéma de défoncé pour
défoncés. Les films étaient fait en fumant du
teuch et en gobant de l'acide et les gens qui les voyaient, en
général, étaient en train de fumer du teuch et
avaient gobé de l'acide (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Revenons à
<strong>Graphyty</strong>. De tous vos films, n'est-ce pas celui
qui va traverser le temps ? Il est assez intemporel.</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Je pense que c'est le recul ou la
patine qui lui ont donné cette dimension là. A
l'époque, le film était vu comme quelque chose
d'extrêmement agressif et il y a eu des projections qui se
sont terminées en bagare, au sens littéral. Les gens
ne suportaient pas le film tellement il allait
précisément à l'encontre de toutes les
règles cinématographiques les plus
élémentaires, comme par exemple, un écran noir
de trente secondes. Cela déchaînait des haines
violentes. C'est vachement long, trente secondes d'écran
noir ! (rire). Mais le film a une certaine "beauté"
plastique et je crois que maintenant, c'est plus cet aspect
là qui ressort du fait que le côté
contestataire et protestataire s'est complètement
estompé avec le temps.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: les rapports écran / spectateur
étaient peut-être plus radical à
l'époque que maintenant ? Je me souviens que Jean Rollin
m'avait dit que la première projection de son premier long
métrage s'était horriblement mal terminée
(rire).</p>
<p>J.P. B.: (rire).Il n'avait pas eu de pot, son film était
sorti à Paris dans un cinéma du quartier Latin en
plein Mai 68 et la majorité des spectateurs étaient
des manifestants qui fuyaient les grenades lacrymogènes. En
fait, il n'ont vu que des bouts de son film; ce n'était pas
les conditions idéalles pour que cela marche. Mais c'est
vrai que son film avait été reçu assez
violemment (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Un mot sur votre long métrage
<strong>Amours collectives</strong>. C'est un film qui m'a permis
de découvrir que la direction d'acteurs sur un  plateau
de film porno est extrêmement directive sur le plan physique.
Connaissiez- vous déja le milieu et y aviez-vous déja
travaillé ?</p>
<p>J.P. B.: Oui, j'étais précisément
l'assistant de Jean Rollin qui, comme ces films fantastiques ne lui
rapportaient pas des fortunes (c'est un euphémisme de dire
cela) faisait des films pronos sous pseudonyme pour bouffer.
J'étais son assistant autant pour les fantastiques que les
pornos. Avant <strong>Amours collectives</strong>, j'avais
déjà travaillé sur une bonne dizaine de porno
avec lui, donc, c'est un milieu que je connaissais. Je connaissais
les acteurs et je savais comment cela se passait. Le défi a
été de tourner un film en une journée sans le
moindre scénario pré-établi. Quand je suis
arrivé sur le plateau le matin, je pensais que
c'était Jean qui allait faire le film et il m'a fait la
surprise de me dire: "<em>C'est toi qui va le faire</em>", alors
j'ai accepté, mais il fallait faire le film en quelques
heures, donc, j'ai opté pour le diriger en direct et faire
à la fois le film et son making off en montrant l'envers du
décors. C'est devenu à la fois, un démontage,
une parodie et une charge sur le cinéma porno mais en jouant
le jeu. C'est, par ailleurs, un vrai film porno qui respecte les
règles du genre. Les spectateurs qui l'ont vu quand il est
sorti en ont eu pour leur pognon en nombre de fellations et de
pénétrations diverses mais j'ai montré, 
comme je crois,  peu de gens l'avaient montré
jusqu'alors et très peu de gens l'ont montré ensuite,
comment cela se passe. C'est vrai que le réalisateur est
omniprésent. C'est bien lui qui doit dire aux
comédiens:"<em>Lève ton bras, tu cache tes
couilles</em>", "<em>Enlève tes cheveux, tu cache ta
bouche</em>", "<em>Tourne toi dans telle position, on voit pas ton
cul</em>" et dire au caméraman: "<em>Descend vers là,
il se passe un truc</em>", et ainsi de suite.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Si l'on considère <strong>Amours
collectives</strong> comme un détournement, peut-il
être perçu comme un acte politique ?</p>
<p>J.P. B.: C'est complètement un détournement, bien
sur. J'étais dans la mouvance Situationiste et la notion de
détournement était omniprésente. C'est un pied
de nez aux producteurs et aux consomateurs de ce type de
cinéma. Ce n'est pas pour des nèfles que je n'ai
dirigé que deux pornos. J'allais trop à l'encontre
des règles pour qu'on m'en confie un troisième. Par
ailleurs, un petit peu avant, j'avais fait un film (<strong>Sortez
vos culs de ma commode</strong>) qui était un
détournement au sens littéral puisqu'il s'agissait
d'un film d'instruction militaire volé à
l'armée et présenté tel quel, sans rien avoir
changé, tant au niveau de la bande son que du montage.
Vraiment, je n'ai pas touché une image ! Un petit peu comme
Marcel Duchamp avait exposé une pissotière ou un
égouttoir à bouteilles en disant: "<em>Je signe, donc
c'est une oeuvre d'art</em>". Cela relevait de ce système
là. C'était un ready-made cinématographique,
un détournement absolu.</p>
<p><strong>S. L</strong>.: Il y a dans <strong>Amours
collectives</strong> deux acteurs qui ne sont pas des acteurs
pornos et je les trouvent extrêmement courageux, par rapport
à leurs carrières, de s'exposer ainsi...</p>
<p>J.P. B.: Tous les acteurs males étaient des
professionnels du porno. Ils sont quatre, mais sur les quatre, il y
en  a  deux qui faisaient également  du
cinéma professionel  "normal". Il y a Jacques
Marbeuf  qui est en général  celui qui
plait le plus au public parce qu'il a le sens de la
répartie. N'oublions pas que le film n'avait pas de
scénario pré-établi et que tout était
improvisé au fur et à mesure. Jacques Marbeuf a
été vu dans des petits rôles dans des films de
Philippe Labro ou Louis Malle, entre autres. C'était une
silhouette familière du cinéma français de
l'époque mais il avait tourné quelques pornos. Quant
à Willy Braque qu'on a vu dans les films non pornos  de
Jean Rollin et qui tournait souvent pour Jean-Pierre Mocky ou
Alexandre Astruc et consorts, lui aussi avait déjà
tourné dans des pornos. Quant aux dames, il y en avait deux
qui avaient déjà fait du porno et les trois autres
étaient de complètes débutantes.
C'était leur première prestation et pour deux d'entre
elles, cela a aussi été la dernière, tant dans
le genre que le cinéma.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Vous ne vous contentez pas de faire des
films. Comme vous avez plusieurs cordes à votre arc, vous
écrivez beaucoup aussi...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: J'ai toujours écris. D'une
part, parce que j'aime cela. Par ailleurs, il est plus facile
d'écrire que de faire du cinéma. Le cinéma,
même bricolé, prend du temps et quand on fait un
certain type de film, on est a peu près certain de les
garder dans un tiroir et cela ne rapporte pas de quoi bouffer. J'ai
besoin, comme tout le monde, d'acheter mon steak, payer mon loyer,
m'offrir des godasses, etc., donc pour gagner ma croùte,
j'écris; cela ne m'emmerde pas, j'adore cela, donc ce n'est
pas un problème. Ceci dit je referai volontiers des films
(rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Vous écrivez sur des domaines qui
vous tiennent particulièrement à coeur: la science
fiction, le néo cinéma...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: J'ai également beaucoup
écris sur la bande dessinée, la peinture
Suréaliste, la littérature populaire, la chanson
19OO, sur des périodes précises également
comme <strong>L'aventure hippie</strong> dont le titre parle de lui
même ou des choses comme cela et disons le aussi, des choses
plus alimentaires</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Comme quoi ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Pas mal de romans de cul sous divers
pseudonymes (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Cela fait longtemps que vous
n'êtes pas revenu au cinéma. Cela vous tente encore
?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: C'est vrai que cela fait très
longtemps. Ma dernière contribution au cinéma remonte
à 1978. (<strong>Entrez vite... vite, je mouille</strong>).
C'était mon deuxième et dernier porno. J'ai refais un
petit truc en 2001 pour Arte qui a emballé le producteur du
magazine (Marin Karmitz) dans le cadre duquel cela s'inscrivait
mais cela a beaucoup moins emballé les dirigeants d'Arte si
bien que le film n'a été diffusé que sur le
cable au lieu de bénéficier d'une diffusion
hertziènne. Donc Arte n'est peut-être pas fait pour
moi (rire). Ils m'avaient commandé un documentaire et je
leur ai fourni un film expérimental. Ce n'était pas
ce qu'ils attendaient. Ils étaient même un peu furax,
donc je ne compte pas retravaillé pour eux. Il faudrait que
je trouve un mécène ou un producteur un peu
givré, mais comme les producteurs sont de plus en plus
frileux... De plus, j'ai désormais un gros
désavantage, je ne suis plus un jeune homme. J'ai pas eu de
pot car quand j'ai commencé à travailler dans le
cinéma, on faisait plutôt confiance aux
quadragénaires et maintenant que je suis presque
sexagénaire, ce n'est plus à moi qu'on filera du
pognon mais plutôt à quelqu'un de vingt ans, ce que je
trouve bien, par ailleurs. Mais si quelqu'un, voulait me filer
assez de pèpètes pour faire un film, cela me ferait
assez plaisir (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Je vous propose de terminer avec une
question qui aurait pu ouvrir cet entretien. Comment sont
arrivés votre passion pour la série Z et tout ce qui
est décalé ou un peu en marge ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: C'est venu tout seul, très
naturellement. Depuis toujours, ce sont des choses qui m'ont
attirées. Je me suis retrouvé spécialiste de
certains domaines sans l'avoir cherché. Un jour, on m'a dit:
"<em>Mais tu connais vachement bien tel sujet...</em>". Et
là, je me suis dit: "<em>Ah bon..<strong>.</strong></em>".
Je ne m'en était pas vraiment aperçu (rire).</p>
<p> </p>
<p>*Centre National de la cinématographie.</p>
<p>Entretien réalisé dans le cadre de la 5°
édition d'Extrême Cinéma.</p>
<p>            Stan
Lubrick</p>
<p> </p>
<p>Bonus: "<em>Je hais le cinéma, je hais la
littérature, je hais l'art lorsqu'ils me font vivre par
procuration, lorsqu'ils occultent la réalité de mes
désirs, lorsqu'ils me volent des plaisirs tangibles,
lorsqu'ils rognent les ailes de ma fantaisie
créatrice</em>."</p>
<p>           
           
           
           
           
           
    Jean-Pierre Bouyxou</p>
<p> </p>
]]></description>			<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3544/Interview-de-Jean-Pierre-Bouyxou/</link>			<comments>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/Interview-de-Jean-Pierre-Bouyxou-10062008-035345-lp-3544.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3544/Interview-de-Jean-Pierre-Bouyxou/</guid>			<pubDate>Tue, 10 Jun 2008 03:53:45 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Interview de Jorge Furtado]]></title>			<description><![CDATA[<p>    Originaire de Porto Alegre, Brésil,
Jorge Furtado se destinait à la médecine avant
d''embrasser sa brillante carrière de cinéaste.
Surtout connu pour la qualité de ses courts métrages
dont le fameux <strong>L'île aux Fleurs</strong> (<em>Ilha
das Flores</em> / 1989) classé parmi les dix plus beaux
courts métrages au monde, le réalisateur était
présent à Toulouse en mars 2004 en tant
qu'invité d'honneur des 16° Rencontres Cinémas
d'Amérique Latine où il présentait son dernier
film en date (2° long) <strong>L'homme qui copiait</strong>
(<em>O homen que copiava</em> / 2003), film aussi ambitieux que
réussi plongeant le spectateur dans un véritable jeux
de pistes et de mirroirs où se reflétait la boulimie
cinématographique de son auteur. Rencontre.</p>
<p> </p>
<p><strong>Stan Lubrick:</strong> Plutôt que résumer
votre carrière, qu'est-ce qui vous a donné envie de
devenir cinéaste ?</p>
<p><strong>Jorge Furtado:</strong> Dans les années 80, alors
que j'étais étudiant en médecine à
Porto Alegre, j'ai vu un film réalisé par un
cinéaste de la même ville que moi. C'est ce qui m'a
convaincu de faire du cinéma. En même temps, j'ai vu
aussi un certain nombre de films étrangers. Cela aussi a
été un déclic pour ma carrière.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> J'aimerai commencer par votre travail
d'écriture, car il me semble qu'il y a un gros travail de
construction en amont de vos tournages. Il y a dans vos
scénarios des éléments qui relèvent
plus d'un romancier que d'un scénariste, notamment au niveau
de la voix off qui raconte en parallèle ce que raconte
l'image tout en jouant des variations entre l'image et le
texte.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Effectivement, je suis beaucoup plus un
scénariste qu'un réalisateur de cinéma. J'aime
beaucoup écrire et c'est vrai que je travaille beaucoup mes
scénarios avant de passer au tournage. Ce que je
préfère avant tout, c'est le langage
cinématographique et dans chaque film j'essaye
d'expérimenter des choses que je n'ai pas utilisées
dans les précédents. Presque dans tous mes films, on
peut entendre effectivement la voix du narrateur qui est
peut-être ma propre prétention à être un
écrivain.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Vos scénarios, de par leurs jeux
d'écritures, me font penser à des propositions
musicales, un peu comme une symphonie qui est constituée
d'un thème principal sur lequel vient se greffer une
multitude de variations. C'est visiblement votre "signature" tant
au niveau de l'écriture que de la mise en image. Dans
<strong>L'homme qui copiait</strong>, on sent de votre part une
boulimie cinématographique puisque vous déclinez tout
ce qu'on peut faire au cinéma (pano, champ/contre-champ,
travelling, zoom, flash-back, poly-vision...).</p>
<p><strong>J.F.:</strong> J'aime beaucoup la poésie et je
pense que mon cinéma essaye de dialoguer avec la
poésie. Il y a une citation de j'aime beaucoup qui dit:
"<em>La poésie, c'est la répétition</em>".
Effectivement, dans la poésie il y a la
répétition des sons, des rythmes et des rimes. Moi
j'aime beaucoup tout ce qui est répétition comme la
musique qui utilise la répétion du rythme et de la
musicalité. Borges dit: "<em>Tout art aspire à la
musicalité, car la musique est la forme pure</em>" mais
peut-être que la meilleure définition du cinéma
est celle d'Abel Gance qui dit: "<em>Le cinéma, c'est la
musique de la lumière</em>". On peut dire que j'aime
expérimenter mais il n'y a qu'une seule chose qui ne bouge
pas, c'est le cadre, même si dans ce cadre on peut installer
un certain nombre de jeux, puisqu'on peut le découper, le
transformer en puzzle et dans <strong>L'homme qui copiait</strong>
c'est ce que je fais; mais il ne faut pas que ce soit un jeu pour
un jeu. Il faut quand même qu'il y ait toujours une liaison
directe avec l'histoire qu'on est en train de raconter.</p>
<p>S.L.: Justement, l'histoire de <strong>L'homme qui
copiait</strong> sans pour autant en révéler
l'intrigue, ce qui enlèverait beaucoup de plaisir aux futurs
spectateur, pourrait se résumer par "<em>Tel est pris qui
croyait prendre</em>" en y incluant le spectateur.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> C'est vrai que dans le film, il y a
beaucoup d'histoires. C'est un film quasiment baroque puisqu'il y a
plein de petites histoires qui se déroulent à
l'intérieur du film...</p>
<p><strong>S.L.:</strong> En ce sens, on rejoint le roman
picaresque à la <strong>Don Quijote</strong> ou <strong>Les
mille et une nuits</strong>.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> <strong>Don Quijote</strong> est
cité dans le film. Il est vrai aussi que dans <strong>Les
mille et une nuits</strong> les histoires ne se terminent jamais
puisqu'elles appellent à une autre histoire. Il y a un autre
point commun avec <strong>Les mille et une nuits</strong>, c'est
que dans les deux, il y a une jeune fille très savante,
très experte et  très douée (rire).</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Dans vos films, tant longs que courts,
bien que ce soient des comédies et que l'on rie beaucoup, il
y a toujours un arrière plan social important. Mais la
question que je me pose n'est pas liée spécifiquement
à vos films mais à l'ensemble des comédies
brésiliennes. Comment les spectateurs brésiliens
arrivent à rire de tout, même du pire?  Est-ce
une donnée culturelle qui nous échappe, à
nous, européens ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Oui, je pense qu'il s'agit d'un trait
caractéristique brésilien. On a cet humour et cet
capacité à rire même des tragédies et
surtout à rire de soi qui est la base de l'ironie. 
Pour vous donner un exemple, je me souviens  encore de la mort
d'Ayrton Senna, le coureur de formule 1, qui bien sur était
un héros national au Brésil. Dix minutes après
sa mort, la première blague sur lui courait
déjà dans tout le pays. Pour vous donner un autre
exemple de cela, j'ai assisté à beaucoup de
projections de mon court métrage <strong>L'île aux
Fleurs</strong> dans d'autres pays que le Brésil. C'est vrai
qu'au début, tant au Brésil qu'à
l'étranger, les spectateur commencent à rire car ils
pensent qu'il s'agit d'une comédie. Au bout d'un certain
temps, ils se rendent compte que ce n'est pas ça. Partout
ailleurs, les spectateurs n'ont plus jamais rigolé, alors
qu'au Brésil, les spectateurs recommencent à rire
avant la fin du film. Et ça, c'est typique du
Brésil.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Comme pour <strong>L'île aux
fleurs</strong> en voyant un film comme
<strong>Domésticas</strong> (<em>Les domestiques</em> /
2004) de Fernando Meirelles, j'ai presque eu de la
culpabilité à rire des situations
présentées, car même si elles étaient
traitées pour faire rire, elles n'en étaient que plus
terribles à l'arrivée.</p>
<p><strong>J.F.</strong> Les spectateurs brésiliens peuvent
aussi se sentir coupables, mais ça ne les empêchera
pas de rire, peut-être parce que le rire permet de soulager
des tensions. Il y a une expression portugaise qui dit: "<em>On rie
pour ne pas pleurer</em>".</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Votre univers est assez proche de celui
de Georges Perec, pour le plaisir de la déclinaison et de
l'énumération, mais au delà de cela, votre
narration tend aussi à disséquer les sentiments. Vous
considérez-vous comme une espèce de chirurgien du
sentiment humain ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> C'est vrai en ce qui concerne l'influence
de Perec, car je pense que tous ses ouvrages ont été
traduits en portugais et j'ai tout lu, mais plus que Perec, c'est
plutôt l'OULIPO* qui m'intéresse. J'essaye au
cinéma de tenter de nouvelles formes de cinéma, ou
plutôt de nouvelles formes de "CinéPO" (rire). Il est
clair que dans <strong>L'homme qui copiait</strong>, il y a une
allusion directe au roman de Perec <strong>La vie mode
d'emploie</strong> puisqu'on  voit ce qui se passe dans cet
immeuble à travers la façade, et puis il y a aussi le
côté casse-tête que l'on voit autant dans
l'image que le texte, puisque dans les deux cas, il s'agit de
rassembler les morceaux.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> J'ai repensé à une phrase
de Jean-Luc Godard qui disait "<em>Qu'il s'agisse de cinéma
court ou de cinéma long, de fiction ou de documentaire, un
film est un film</em>". Etes-vous d'accord avec cette vision non
hiérarchisé du cinéma ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Je suis tout à fait d'accord, et
je me permets au passage de souligner que le cinéma est le
seul art que l'on mesure en terme de temps. On ne dira jamais d'un
petit tableau qu'il a moins d'importance qu'une grande toile sous
le prétexte qu'il est plus petit. On ne jugera jamais un
roman en fonction de son nombre de pages alors qu'au cinéma
on a cette tendance là. On pense qu'un court métrage
a moins d'importance qu'un long metrage. Quand à la
différence que l'on fait entre documentaire et fiction,
à mon avis, elle est encore plus subtile. C'est vrai qu'au
moment d'un tournage ou  de la préparation d'un film,
travailler sur un documentaire ou sur une fiction n'est pas du tout
la même chose, mais une fois le film prêt, comment
faire la distinction entre les deux ? Finalement, je dirais que le
film documentaire est celui que je veux bien croire documentaire;
que moi, j'estime être un documentaire. Il y a des films
documentaires que l'on pourrait refaire avec des acteurs, mais
j'accepte de recevoir le film comme un documentaire puisque son
réalisateur me dit que c'est un documentaire. Je lui fais
confiance. On pourrait faire le même rapprochement avec
<strong>Citizen Kane</strong> (1941) d'Orson Welles ou <strong>Bob
Roberts</strong> (1992) de Tim Robbins. Même si je sais que
ces deux films emploient des acteurs, ils n'en utilisent pas moins
la forme documentaire. C'est  à moi, spectateur, 
de faire la part des choses  pour finalement accorder ou pas
ma confiance au réalisateur.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Quel est l'état esthétique
du cinéma Brésilien ? Sans pour autant parler de
courant, ni d'école comme cela était le cas avec le
Cinéma Novo, on a l'impression que l'on assiste à un
renouveau depuis une dizaine d'années, mais produit par des
entités isolées ?</p>
<p><strong>J.F.: </strong> L'enorme difference entre le
Cinéma Novo et le cinéma actuel, c'est qu'à
l'époque du Cinéma Novo, les cinéastes se
connaissaient tous parfaitement, étaient amis, habitaient
ensemble dans la même ville, travaillaient ensemble,
discutaient ensemble, partageaient à peu près les
même points de vues, avaient la même idéologie,
donc là,  on peut effectivement parler d'un mouvement
puisqu'il y a conscience d'un groupe. A l'heure actuelle, le
cinéma se caractérise par une grande
diversité. Les réalisateurs font des travaux
totalement differents et n'en discutent pas entre eux puisque,
vivants dans des villes différentes, ils ne se rencontrent
pas. Qu'est-ce qui s'est passé après le Cinéma
Novo dont on peut dater la fin avec la sortie en 1969  de
<strong>Terre en transe</strong> (<em>Terra en transe</em> / 1967)
de Glauber Rocha ? L'effet de la dictature s'est fait ressentir, de
telle sorte qu'on n'a pas produit de film "sérieux" pendant
une bonne dizaine d'années. Durant ces dix années, on
a essentiellement tourné des films pornos. Ensuite, au
début des années 80, un certain nombre de
réalisateurs ont commencé à faire des courts
métrages. Je fais parti de cette génération
là, qui a produit beaucoup de courts et très peu de
longs. Ce qui explique pourquoi les cinéastes de  notre
génération,  au bout de vingt à
vingt-cinq ans de carrière, en soient à produire
leurs premiers ou deuxièmes longs.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Pour terminer cet entretien, une remarque
par rapport à votre premier long métrage
<strong>Houve uma vev dois verões</strong> (2002) que l'on
peut considérer comme une commande de votre fils. Le fait
d'avoir écrit un film pour son fils, n'est-ce pas là
le plus grand geste d'amour que puisse produire un
réalisateur pour sa projéniture, dans la mesure
où les cinéaste ont rarement beaucoup de temps
à consacrer à leurs enfants du fait de leurs
obligations professionnelles ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> (rire) Effectivement, c'est une commande
de la part de mon fils, mais j'ai beaucoup aimé
écrire cette histoire. J'en ai profité pour parler de
moi et de ma génération et ce film a surtout
été l'occasion de faire le lien entre la
génération de mon fils et la mienne et
peut-être aussi de dire un certain nombre de choses à
mon fils sur ma propre adolescence.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Le mot de la fin ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Je voudrais terminer en disant quelque
chose qui pour vous n'est peut-être pas important, mais qui
pour moi, en tant que brésilien est très important.
C'est le fait d'être ici, en France, à Toulouse, aux
Rencontres Cinémas d'Amérique Latine. Cela m'a permis
de voir des films latinos américains que je ne peux pas voir
au Brésil puisqu'il n'y a pas d'échanges entre nos
différents pays. Cela me permet de voir des choses
différentes. C'est pourquoi c'est très important
d'être là. C'est peut-être le rôle de ces
Rencontres. Il faut finalement que je vienne à Paris ou
à Toulouse pour pouvoir voir les films que font mes voisins.
La diversité des films qui sont montrés ici peut
aussi aider à lutter contre les préjugés, du
genre: les seuls sujets que les films d'Amérique Latine
peuvent produire sont la misère et la pauvreté.
Penser qu'un film brésilien doit forcement parler de la
misère, ce serai comme penser qu'un film français
devrait forcement parler de vin et de fromage (rire).</p>
<p>*Ouvroir de Littérature Potentielle</p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;">Propos recueillis par Stan Lubrick
dans le cadre de la 16° édition des Rencontres
Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse</p>
<p style="text-align: left;">Traduction: Sylvie Debs</p>
<p> </p>
]]></description>			<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3517/Interview-de-Jorge-Furtado/</link>			<comments>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/Interview-de-Jorge-Furtado-09062008-023945-lp-3517.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3517/Interview-de-Jorge-Furtado/</guid>			<pubDate>Mon, 09 Jun 2008 02:39:45 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Coup de gueule: Mise à mort de "Martyrs"]]></title>			<description><![CDATA[<p>On s'y attendait, c'est fait !</p>
<p> </p>
<p>La C.C.O.C. (Comission de Classification des
Oeuvres Cinématographiques) devrait reprendre  son
ancien  nom (Comision de Censure) puisqu'elle vient de
recommander une interdiction aux moins de 18 ans  pour le
film  <strong>Martyrs</strong>  de Pascal 
(<strong>Saint  Ange</strong>) Laugier.</p>
<p>Depuis la résurection de cette
interdiction (Ah! La bonne aubaine que cette affaire
<strong>Baise-moi</strong>) par le décret du 12 juillet
2001, c'est la première fois qu'un film fantastique est
frappé de la sorte.</p>
<p> </p>
<p>Il y avait eu des précédents avant
l'ère Mitterant: <strong>Massacre à la
tronçonneuse</strong> de Tobbe Hooper, <strong>Mad
Max</strong> de George Miller, pour ne citer que
ceux-là.</p>
<p>C'est donc bien d'une vraie régression de
la liberté artistique dont il s'agit ici !</p>
<p> </p>
<p>La sortie du film de Pascal Laugier,
prévue pour le 18 juin, est actuellement annulée; et
c'est pas la politique des multiplexes qui va arranger les choses
(Pour se mouiller,ceux-là... enfin).</p>
<p>De plus, avec une telle interdiction, le film se
retrouverai d'office proscrit de toutes diffusions
télévisuelles (hors chaines cryptées, et
encore à trois heures du mat).</p>
<p> </p>
<p>Ne reste plus qu'a faire pression sur le
ministère de la culture !</p>
<p> </p>
<p>A VOS CLAVIERS !!!</p>
<p> </p>
<p>Stan Lubrick</p>
]]></description>			<link>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3521/Coup-de-gueule-Mise-a-mort-de-Martyrs/</link>			<comments>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/Coup-de-gueule--Mise-a-mort-de--Martyrs--04062008-165550-lp-3521.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3521/Coup-de-gueule-Mise-a-mort-de-Martyrs/</guid>			<pubDate>Wed, 04 Jun 2008 16:55:50 +0200</pubDate>		</item>	</channel></rss>