<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom">		<title>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</title>		<id>http://blog.toutlecine.com/</id>		<link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/atom.xml" />		<subtitle><![CDATA[StanLubrick]]></subtitle>		<rights>Copyright (c) 2006, Hi-pi</rights>		<generator>Hi-pi ATOM generator</generator>		<author>			<name>Hi-pi</name>			<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>		</author>		<updated>2009-05-25T20:00:21+02:00</updated>		<entry>			<title>Interview de Laurent Lunetta</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><strong> Zombies
landais:
est le premier film landais de
zombies landais. On y decouvre, sous forme
documentaire, le sort reserve aux morts vivants de
Banos (c'est dans les Landes). Les co-realisateurs, l'un
cliniquement vivant, l'autre deja mort (paix a
son ame), ne nous epargnent rien: camps de gavage,
mariage post mortem et tronchade sont au programme. Rencontre avec
Laurent Lunetta (puisque c'est celui qui est vivant),
co-realisateur donc, de ce court metrage pas comme
les autres.</p>
<p><strong>Stan Lubrick</strong>:
Avant de parler du film <strong>Zombies landais: le triste
bilan</strong>, un mot sur la disparition de son
co-realisateur Arnaud Maumas.</p>
<p><strong>Laurent Lunetta</strong>:
<strong>Zombies landais: le triste bilan</strong> est un film de
copains. On a tourne cela en ete, un 15 et 16
aout et l'ami avec qui j'ai fait ce film est
decede a l'issue du tournage. Le film
fini lui est dedie et la premiere projection a
ete faites en son hommage.</p>
<p><strong>S. L.</strong>:
<strong>Zombie landais: le triste bilan</strong> est un faux
reportage tele. Une espece de parodie des
reportages des chaines regionales de France 3,
tourne en video...</p>
<p><strong>L. L.</strong>: En fait, on
a invente une TV 40 qui est une fausse tele.
C'est sense etre une television
regionale. La, le film passe a la
Cinematheque de Toulouse mais il n'est pas fait pour
cela. C'est un film qui est calibre pour les buvettes des
ferias landaises et les fetes du Sud Ouest. C'est
vraiment un objet tres bis, fait avec zero franc, en
video, genre cinema amateur.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Film potache ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>:
Completement potache. Tres con, tres
deconnant. Le film a ete vraiment fait
sous Kronenbourg, tourne en un jour et demie pour s'amuser
avec des potes.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Il y a
quand meme un clin d'oeil affirme a la trilogie
de George Romero (<strong>Le territoire des morts</strong>
n'etait pas encore sorti).</p>
<p><strong>L. L.</strong>: Oui, c'est
vrai. Au depart, avec mon ami Arnaud Maumas qui est
decede, nous sommes fans des films de zombies
et plus particulierement de la trilogie de Romero
(<strong>La nuit des morts vivants</strong>,
<strong>Zombies</strong>, <strong>Le jour des morts
vivants</strong>) donc cela nous a amuse de faire un film de
zombies adapte au folklore local du Sud Ouest. Comme on est
tous les deux landais, cela nous interessaient de
deplacer tous les cliches lies aux films de
morts vivants dans la culture locale, donc en les adaptant au
rugby, au castrage du mais, a la paysannerie... Le but
etait de faire un vrai film de zombies en version landaise
mais sans se prendre au serieux.</p>
<p><strong>S.L.</strong>: Cote
casting, les comediens manquent serieusement de
credibilite, surtout ceux qui jouent les paysans.</p>
<p><strong>L. L.</strong>: (Rires). Je
crois que dans ce film, rien n'est credible. C'est vrai que
les paysans sont des caricatures. Ils tiennent plus du cartoon que
du documentaire. Comme c'est un film fait entre potes et que l'on a
un copain qui nous a toujours fait rire avec ses imitations de
paysans, on l'a pris car il imite tres bien les pires
expressions landaises hyper terroir. Cela n'a aucune
credibilite mais ce n'etait pas trop le souci
(rires).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Il y a
neanmoins un plan tres realiste. C'est celui
ou l'on voit un zombie basculer par dessus une
cloture. J'ai l'impression que vous avez garde ce plan
parce que cela c'est vraiment passe sans etre
prevue. Est-ce le cas ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>: (Rires).
Effectivement, ce n'est absolument pas une cascade. C'est un
accident sans trucages ! (Rires). L'acteur etait
sense faire un zombie qui avancait vers des humains et
etait retenue par une cloture en grillage. En fait,
comme le comedien etait assez corpulent, le grillage
a cede et l'acteur s'est vraiment viande la
gueule par terre. On n'a pas refait la prise et on l'a monte
direct dans le film.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Puisqu'il s'agit d'une
co-realisation, comment vous etes vous partages
le travail ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>: On a
ecrit le scenario tous les deux en riant beaucoup en
une nuit, puis sur le tournage, Arnaud, qui joue plusieurs
roles dans le film, s'occupait plutot des
comediens et de la direction d'acteurs ou plutot de la
direction de zombies (rires), et moi, du cadre et de la
camera (un camescope familial) et de tout ce qui se
rapportait a l'image.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Une
remarque "serieuse" sur le film. Meme potache, il n'en
vehicule pas moins un discours sur l'exclusion...</p>
<p><strong>L. L.</strong>: Oui,
meme si c'est assez pretentieux de dire cela.
L'idee, c'etait d'utiliser le film de zombies comme
metaphore de toutes les formes d'exclusions, sauf qu'on a
voulu le traiter de maniere tres rigolarde.
Meme si le film pose la question de l'exploitation des morts
de faon potache, ce n'est pas tellement de la
science-fiction. Il suffit de voir comment on reutilise
l'image des stars decedees ou comment on peut
exploiter les gens jusqu'a la corde. Le zombie nous sert
d'image extreme et gaguesque pour parler de l'exploitation
que l'on connait chacun tous les jours et dont on a voulu
parler de maniere caricaturale, mais, en meme temps,
effectivement, cela se veut un discours la-dessus.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Un petit mot sur les effets gore ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>: C'est des
effets gore a deux francs. Comme tout le monde le sait, dans
les Landes, on gave les canards pour faire du foie gras et ce qui
nous amusaient beaucoup, c'etait de faire une scene
avec des paysans qui gavent des zombies pour faire du foie gras. Du
coup, on a tourne ces scenes-la avec de gros
entonnoirs et beaucoup de faux sang fabrique avec du
ketchup. Voila ! Mais c'est vraiment du gore amateur.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Le film a
ete plutot bien acceuillis lors de sa
projection a la Cinematheque de Toulouse. Vous
attendiez vous a un pareil acceuil ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>: Tres
franchement, je n'imaginais pas qu'il puisse passer dans un endroit
comme celui la parce qu'il n'est pas fait pour, mais en
meme temps, il y a eu des rires. Il faut dire qu'on est
a Toulouse, donc il y a une proximite avec le Sud
Ouest qu fait que l'humour percute. Par contre, je ne m'attendais
pas a ce qu'il y ait des applaudissements, meme si il
n'y en a eu que deux ou trois (rires) parce que je pense que le
film ne les merite pas.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Le mot de la fin ?</p>
<p><strong>L. L.</strong>:
Faites des films de zombies chez vous ! Filmez vos grands
parents, surtout si ils ne sont pas loin de la tombe (rires). J'ai
l'air de deconner mais je dis cela serieusement parce
que j'ai moi-meme filme ma propre grand-mere et
que je pense qu'on a chacun un vrai devenir zombie. Ce que je
regrette, c'est qu'on ne voit plus trop ce genre de films.
Meme si les films de zombies sont toujours tres
deconnants, ce sont des films qui essayent de parler du
rapport a la mort, alors qu'actuellement, les films font
tout pour eviter d'en parler. Je pense qu'il est important
de rire de la mort, c'est une faon de mieux s'y
preparer.</p>
<p></p>
<p>Entretien realise dans le cadre de la 5
edition d'Extreme Cinema.</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
				</div>			</content>			<id>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3596/Interview-de-Laurent-Lunetta/</id>			<link href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3596/Interview-de-Laurent-Lunetta/" />			<author>				<name>stanlubrick</name>				<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-06-19T13:44:54+02:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>En soutien à "Martyrs"</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p>Une manifestation contre l'interdiction aux moins
de 18 ans du film <strong>Martyrs</strong> de Pascal Laugier a eu
lieu le 13 juin 2008 a 14h30, face au Ministere de la
Culture a Paris.</p>
<p>Selon les dires du realisateur Fernando De Azevedo
(<strong>N26</strong> / 2001) qui a vu le film
incrimine "<em><strong>Martyrs</strong> est un film
ou la violence que l'on voit n'est jamais gratuite, elle
sert un propos, elle nous questionnent sur la vie, l'esprit, le
corps apres la mort. Pascal Laugier a su mettre en
scene l'au-dela avec un sens visionnaire tout
a fait boulversant</em>."</p>
<p>Ce qui est en jeu: Interdire aujourd'hui, c'est
INTERDIRE POUR DEMAIN !</p>
<p>"<em>C'est pousser les producteurs et les distributeurs a
ne plus developper de films de genre, c'est empecher
les scenaristes et realisateurs de creer ce
qu'ils desirent. En clair, c'est favoriser l'auto-censure,
c'est tenter d'eradiquer un genre (la fantastique) qui avait
deja beaucoup de mal a avoir sa place sur les
ecrans franais.</em>"</p>
<p></p>
<p>Pour manifester contre cette censure qui de dit
pas son nom et soutenir le film de Pascal Laugier, demandez au
Ministere de la Culture un visa d'interdiction aux moins de
16 ans accompagne d'un avertissement sur la violence
d'images jamais gratuites, au service d'un propos
derangeant.</p>
<p></p>
<p> Stan Lubrick</p>
				</div>			</content>			<id>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3550/En-soutien-Martyrs/</id>			<link href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3550/En-soutien-Martyrs/" />			<author>				<name>stanlubrick</name>				<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-06-13T17:18:56+02:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Interview de Jean-Pierre Bouyxou</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p> Il est de rigueur, en guise
d'introduction, de proposer aux potentiels lecteurs un "chapeau",
comme on dit dans le metier. Difficile toutefois de
resumer la carriere de Jean-Pierre Bouyxou.
Neanmoins, voici quelques elements de
reperages sur le parcours du monsieur. Libre ensuite
a chacun de combler les vides. C'est parti: Ne
a Bordeaux le 16 janvier 1946. Des 1964, defend le
cinema marginal dans divers fanzines et revues. Auteur de la
premiere etude serieuse sur le mythe de
<strong>Frankenstein</strong>. Expose dessins et peintures,
participe a des happenings. Createur d'un festival de
l'erotisme. Participe a un certain nombre d'ouvrages
collectifs (<strong>Une encyclopedie du nu au
cinema</strong>, <strong>A propos de Pierre
Molinier</strong>, entre autres). Ecris des livres (<strong>La
science fiction au cinema</strong>, <strong>L'aventure
hippie</strong>, etc.). Collabore a quelques journaux et
periodiques (<strong>Vampirella</strong>,
<strong>Hara-Kiri</strong>, <strong>Lui,</strong>
<strong>Actuel</strong>, <strong>Metal Hurlant</strong>,
<strong>L'Avant-Scene Cinema</strong>...).
Publie une quinzaine de romans erotiques sous divers
pseudonymes (Jerome Fandor, Philatere de
Bois-Madame, Claude Razat, etc.). Devient Situationniste, puis
cineaste (<strong>Satan bouche un coin</strong> (1967-1968),
<strong>Graphyty <strong>Sortez
vos culs de ma commode</strong> <strong>Amours
collectives</strong> <strong>Entrez
vite... titre
de tournage: <strong>La ruee vers l'orgasme</strong>).
Collabore aux films de Roland Lethem. Se lie d'amitier avec
Noel Godin (le celebre entarteur belge) et fait
une rencontre inenarrable avec Jesse Franco... Voila
! Maintenant, vous pouvez attaquer l'interview de
l'energumene.</p>
<p></p>
<p><strong>Stan Lubrick</strong>: Lors de votre presentation
au
Extreme Cinema de
"<em>Pere spirituel</em>". Etes vous sensible a
ce genre d'hommage ?</p>
<p><strong>Jean-Pierre Bouyxou</strong>: Je trouve cela un peu
emouvant (rire). Comme j'ai ete en France, non
pas le premier, mais un des premiers a parler de tout un
type de cinema qui se pratique a Extreme
Cinema, qui va de la serie Z jusqu'au cinema
experimental avec de nombreux points de convergence,
je trouve non pas "normal", mais assez logique que ces
organisateurs, qui sont jeunes, se reclament de moi. En tout
cas, ce n'est pas illogique et cela me fait assez plaisir.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Dans l'epoque
charniere qu'a ete Mai 68, on a
l'impression qu'il y avait deux poles qui s'affrontaient. Il
y avait la Nouvelle Vague qui, bien que deja
installee, continuait son combat pour une certaine vision du
cinema, sur un mode Intello, et de l'autre
cote, les defenseurs du fantastique et de la
serie Z qui, eux, voulaient peut-etre bousculer les
choses de faon plus radicale ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Les gens de la Nouvelle Vague
etaient sensiblement plus ages que ceux de ma
generation. Grosso modo, en trichant un peu, j'avais
vingt ans en 68 (rire). Les gens de la Nouvelle Vague avaient
debutes, pour la plupart, au moins dans le court
metrage a la fin des annees 50, ce qui en
faisaient al'epoque une generation de
"vieux" par rapport a nous et c'etaient des gens
d'origines de droite par ailleurs, alors que nous etions des
gens plutot d'extreme gauche par ailleurs et que nous
avions davantage envie de rentrer dans le lard du systeme
qu'eux. La Nouvelle Vague voulait boxer le cinema; nous,
c'etait, via le cinema, la societe
toute entiere. Nous etions soixante-huitard le plus
simplement du monde et nous faisions du cinema
soixante-huitard mais nous ne faisions pas de cinema
militant. Le cinema ouvrieriste de ces
annees-la etait tres didactique et
tres chiant. Nous, on avait envie de se marrer. En fait,
nous etions beaucoup plus influences par la
serie Z americaine et le nanar franais que
par la Nouvelle Vague.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Votre court metrage
<strong>Graphyty</strong> se rattache directement a ce
courant revendicatif...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Completement. Il ne s'appelle
pas <strong>Graphyty</strong> pour des nefles. C'est un
court dont, d'une part, la forme est celle d'un long graffiti sur
support pelliculaire, mais par ailleurs, son esprit est celui des
graffitis qui fleurissaient dans les toilettes publiques. Il y a un
critique de Bordeaux qui avait ecrit: "<em>Bouyxou
rend hommage aux artistes de cabinet</em>". J'avais trouve
cela tres beaux parce que mon film est tout a fait
cela. C'est une suite de slogans, d'insultes, de dessins
obsenes qui rentrent dans le lard mais qui sont
egalement deliberement puerils,
enfantins, scatos... C'est aussi un film potache mais c'est
egalement, par ailleurs, un film
influence
ou des gens comme  C'est a la croisee
de la peinture et du cinema.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: C'est le "<em>Do it yourself</em>" des
Sex Pistols avec une decennie d'avance !</p>
<p><strong>J.P. B</strong>.: Completement ! (rires).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Quels etaient les moyens de
diffusion dans les annees 70 pour ceux qui faisaient du
cinema en dehors du systeme ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Non seulement les films
n'etaient pas distribues, mais ne pouvaient pas
l'etre puisque les salles n'avaient le droit de
projeter que des films homologues par le C.N.C.*. Pour qu'un
film soit homologue, il fallait, soit avoir une carte de
realisateur, soit etre supervise par quelqu'un
qui avait sa carte de realisateur et, de toute faon,
employer un nombre minimum de techniciens ayant leur carte
professionnelle. Evidement, comme nous faisions tout
nous-meme, en general nous tournions sans
cameraman, ni preneur de sons, nos films ignoraient le
systeme et le systeme nous ignorait
completement. Nos films n'avaient aucune existence
legale, les salles ne pouvaient pas les projeter et, de
toute faon, ils n'auraient pas attire assez de
spectateurs pour interesser les exploitants. Donc, la
diffusion etait tout a fait marginale. Il y avait un
ou deux collectifs organises en cooperative de
diffusion qui en diffusaient certains dans des Maisons de la
Culture sympathisantes qui etaient tres souvent
dirigees par des gens de gauche et non par des gaullistes,
bien que ce soit le pere Malraux qui ait mis ces Maisons en
place. Et puis, il y avait plein de festivals ou les films
passaient. Pas tellement les festivals de cinema mais
plutot les festivals pop ou l'on passait, non
seulement de la musique mais egalement des films
underground. Dans ces cas-la, la musique n'etait pas
celle du film mais improvisee en direct par les
musiciens presents.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: C'etait quel genre de musique
?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Cela allait du free-jazz tres
agressif a la pop psychedelique
deja bien planante. Pour resumer les
choses de faon un petit peu lapidaire, c'etait quand
meme du cinema de defonce pour
defonces. Les films etaient fait en fumant du
teuch et en gobant de l'acide et les gens qui les voyaient, en
general, etaient en train de fumer du teuch et
avaient gobe de l'acide (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Revenons a
<strong>Graphyty</strong>. De tous vos films, n'est-ce pas celui
qui va traverser le temps ? Il est assez intemporel.</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Je pense que c'est le recul ou la
patine qui lui ont donne cette dimension la. A
l'epoque, le film etait vu comme quelque chose
d'extremement agressif et il y a eu des projections qui se
sont terminees en bagare, au sens litteral. Les gens
ne suportaient pas le film tellement il allait
precisement a l'encontre de toutes les
regles cinematographiques les plus
elementaires, comme par exemple, un ecran noir
de trente secondes. Cela dechainait des haines
violentes. C'est vachement long, trente secondes d'ecran
noir ! (rire). Mais le film a une certaine "beaute"
plastique et je crois que maintenant, c'est plus cet aspect
la qui ressort du fait que le cote
contestataire et protestataire s'est completement
estompe avec le temps.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: les rapports ecran / spectateur
etaient peut-etre plus radical a
l'epoque que maintenant ? Je me souviens que Jean Rollin
m'avait dit que la premiere projection de son premier long
metrage s'etait horriblement mal terminee
(rire).</p>
<p>J.P. B.: (rire).Il n'avait pas eu de pot, son film etait
sorti a Paris dans un cinema du quartier Latin en
plein Mai 68 et la majorite des spectateurs etaient
des manifestants qui fuyaient les grenades lacrymogenes. En
fait, il n'ont vu que des bouts de son film; ce n'etait pas
les conditions idealles pour que cela marche. Mais c'est
vrai que son film avait ete reu assez
violemment (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Un mot sur votre long metrage
<strong>Amours collectives</strong>. C'est un film qui m'a permis
de decouvrir que la direction d'acteurs sur un plateau
de film porno est extremement directive sur le plan physique.
Connaissiez- vous deja le milieu et y aviez-vous deja
travaille ?</p>
<p>J.P. B.: Oui, j'etais precisement
l'assistant de Jean Rollin qui, comme ces films fantastiques ne lui
rapportaient pas des fortunes (c'est un euphemisme de dire
cela) faisait des films pronos sous pseudonyme pour bouffer.
J'etais son assistant autant pour les fantastiques que les
pornos. Avant <strong>Amours collectives</strong>, j'avais
deja travaille sur une bonne dizaine de porno
avec lui, donc, c'est un milieu que je connaissais. Je connaissais
les acteurs et je savais comment cela se passait. Le defi a
ete de tourner un film en une journee sans le
moindre scenario pre-etabli. Quand je suis
arrive sur le plateau le matin, je pensais que
c'etait Jean qui allait faire le film et il m'a fait la
surprise de me dire: "<em>C'est toi qui va le faire</em>", alors
j'ai accepte, mais il fallait faire le film en quelques
heures, donc, j'ai opte pour le diriger en direct et faire
a la fois le film et son making off en montrant l'envers du
decors. C'est devenu a la fois, un demontage,
une parodie et une charge sur le cinema porno mais en jouant
le jeu. C'est, par ailleurs, un vrai film porno qui respecte les
regles du genre. Les spectateurs qui l'ont vu quand il est
sorti en ont eu pour leur pognon en nombre de fellations et de
penetrations diverses mais j'ai montre,
comme je crois, peu de gens l'avaient montre
jusqu'alors et tres peu de gens l'ont montre ensuite,
comment cela se passe. C'est vrai que le realisateur est
omnipresent. C'est bien lui qui doit dire aux
comediens:"<em>Leve ton bras, tu cache tes
couilles</em>", "<em>Enleve tes cheveux, tu cache ta
bouche</em>", "<em>Tourne toi dans telle position, on voit pas ton
cul</em>" et dire au cameraman: "<em>Descend vers la,
il se passe un truc</em>", et ainsi de suite.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Si l'on considere <strong>Amours
collectives</strong> comme un detournement, peut-il
etre peru comme un acte politique ?</p>
<p>J.P. B.: C'est completement un detournement, bien
sur. J'etais dans la mouvance Situationiste et la notion de
detournement etait omnipresente. C'est un pied
de nez aux producteurs et aux consomateurs de ce type de
cinema. Ce n'est pas pour des nefles que je n'ai
dirige que deux pornos. J'allais trop a l'encontre
des regles pour qu'on m'en confie un troisieme. Par
ailleurs, un petit peu avant, j'avais fait un film (<strong>Sortez
vos culs de ma commode</strong>) qui etait un
detournement au sens litteral puisqu'il s'agissait
d'un film d'instruction militaire vole a
l'armee et presente tel quel, sans rien avoir
change, tant au niveau de la bande son que du montage.
Vraiment, je n'ai pas touche une image ! Un petit peu comme
Marcel Duchamp avait expose une pissotiere ou un
egouttoir a bouteilles en disant: "<em>Je signe, donc
c'est une oeuvre d'art</em>". Cela relevait de ce systeme
la. C'etait un ready-made cinematographique,
un detournement absolu.</p>
<p><strong>S. L</strong>.: Il y a dans <strong>Amours
collectives</strong> deux acteurs qui ne sont pas des acteurs
pornos et je les trouvent extremement courageux, par rapport
a leurs carrieres, de s'exposer ainsi...</p>
<p>J.P. B.: Tous les acteurs males etaient des
professionnels du porno. Ils sont quatre, mais sur les quatre, il y
en du
cinema professionel "normal". Il y a Jacques
Marbeuf celui qui
plait le plus au public parce qu'il a le sens de la
repartie. N'oublions pas que le film n'avait pas de
scenario pre-etabli et que tout etait
improvise au fur et a mesure. Jacques Marbeuf a
ete vu dans des petits roles dans des films de
Philippe Labro ou Louis Malle, entre autres. C'etait une
silhouette familiere du cinema franais de
l'epoque mais il avait tourne quelques pornos. Quant
a Willy Braque qu'on a vu dans les films non pornos de
Jean Rollin et qui tournait souvent pour Jean-Pierre Mocky ou
Alexandre Astruc et consorts, lui aussi avait deja
tourne dans des pornos. Quant aux dames, il y en avait deux
qui avaient deja fait du porno et les trois autres
etaient de completes debutantes.
C'etait leur premiere prestation et pour deux d'entre
elles, cela a aussi ete la derniere, tant dans
le genre que le cinema.</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Vous ne vous contentez pas de faire des
films. Comme vous avez plusieurs cordes a votre arc, vous
ecrivez beaucoup aussi...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: J'ai toujours ecris. D'une
part, parce que j'aime cela. Par ailleurs, il est plus facile
d'ecrire que de faire du cinema. Le cinema,
meme bricole, prend du temps et quand on fait un
certain type de film, on est a peu pres certain de les
garder dans un tiroir et cela ne rapporte pas de quoi bouffer. J'ai
besoin, comme tout le monde, d'acheter mon steak, payer mon loyer,
m'offrir des godasses, etc., donc pour gagner ma croute,
j'ecris; cela ne m'emmerde pas, j'adore cela, donc ce n'est
pas un probleme. Ceci dit je referai volontiers des films
(rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Vous ecrivez sur des domaines qui
vous tiennent particulierement a coeur: la science
fiction, le neo cinema...</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: J'ai egalement beaucoup
ecris sur la bande dessinee, la peinture
Surealiste, la litterature populaire, la chanson
19OO, sur des periodes precises egalement
comme <strong>L'aventure hippie</strong> dont le titre parle de lui
meme ou des choses comme cela et disons le aussi, des choses
plus alimentaires</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Comme quoi ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: Pas mal de romans de cul sous divers
pseudonymes (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Cela fait longtemps que vous
n'etes pas revenu au cinema. Cela vous tente encore
?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: C'est vrai que cela fait tres
longtemps. Ma derniere contribution au cinema remonte
a 1978. (<strong>Entrez vite... vite, je mouille</strong>).
C'etait mon deuxieme et dernier porno. J'ai refais un
petit truc en 2001 pour Arte qui a emballe le producteur du
magazine (Marin Karmitz) dans le cadre duquel cela s'inscrivait
mais cela a beaucoup moins emballe les dirigeants d'Arte si
bien que le film n'a ete diffuse que sur le
cable au lieu de beneficier d'une diffusion
hertzienne. Donc Arte n'est peut-etre pas fait pour
moi (rire). Ils m'avaient commande un documentaire et je
leur ai fourni un film experimental. Ce n'etait pas
ce qu'ils attendaient. Ils etaient meme un peu furax,
donc je ne compte pas retravaille pour eux. Il faudrait que
je trouve un mecene ou un producteur un peu
givre, mais comme les producteurs sont de plus en plus
frileux... De plus, j'ai desormais un gros
desavantage, je ne suis plus un jeune homme. J'ai pas eu de
pot car quand j'ai commence a travailler dans le
cinema, on faisait plutot confiance aux
quadragenaires et maintenant que je suis presque
sexagenaire, ce n'est plus a moi qu'on filera du
pognon mais plutot a quelqu'un de vingt ans, ce que je
trouve bien, par ailleurs. Mais si quelqu'un, voulait me filer
assez de pepetes pour faire un film, cela me ferait
assez plaisir (rire).</p>
<p><strong>S. L.</strong>: Je vous propose de terminer avec une
question qui aurait pu ouvrir cet entretien. Comment sont
arrives votre passion pour la serie Z et tout ce qui
est decale ou un peu en marge ?</p>
<p><strong>J.P. B.</strong>: C'est venu tout seul, tres
naturellement. Depuis toujours, ce sont des choses qui m'ont
attirees. Je me suis retrouve specialiste de
certains domaines sans l'avoir cherche. Un jour, on m'a dit:
"<em>Mais tu connais vachement bien tel sujet...</em>". Et
la, je me suis dit: "<em>Ah bon..<strong>.</strong></em>".
Je ne m'en etait pas vraiment aperu (rire).</p>
<p></p>
<p>*Centre National de la cinematographie.</p>
<p>Entretien realise dans le cadre de la 5
edition d'Extreme Cinema.</p>
<p> Stan
Lubrick</p>
<p></p>
<p>Bonus: "<em>Je hais le cinema, je hais la
litterature, je hais l'art lorsqu'ils me font vivre par
procuration, lorsqu'ils occultent la realite de mes
desirs, lorsqu'ils me volent des plaisirs tangibles,
lorsqu'ils rognent les ailes de ma fantaisie
creatrice</em>."</p>
<p>





 Jean-Pierre Bouyxou</p>
<p></p>
				</div>			</content>			<id>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3544/Interview-de-Jean-Pierre-Bouyxou/</id>			<link href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3544/Interview-de-Jean-Pierre-Bouyxou/" />			<author>				<name>stanlubrick</name>				<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-06-10T03:53:11+02:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Interview de Jorge Furtado</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p> Originaire de Porto Alegre, Bresil,
Jorge Furtado se destinait a la medecine avant
d''embrasser sa brillante carriere de cineaste.
Surtout connu pour la qualite de ses courts metrages
dont le fameux <strong>L'ile aux Fleurs</strong> (<em>Ilha
das Flores</em> / 1989) classe parmi les dix plus beaux
courts metrages au monde, le realisateur etait
present a Toulouse en mars 2004 en tant
qu'invite d'honneur des 16 Rencontres Cinemas
d'Amerique Latine ou il presentait son dernier
film en date (2 long) <strong>L'homme qui copiait</strong>
(<em>O homen que copiava</em> / 2003), film aussi ambitieux que
reussi plongeant le spectateur dans un veritable jeux
de pistes et de mirroirs ou se refletait la boulimie
cinematographique de son auteur. Rencontre.</p>
<p></p>
<p><strong>Stan Lubrick:</strong> Plutot que resumer
votre carriere, qu'est-ce qui vous a donne envie de
devenir cineaste ?</p>
<p><strong>Jorge Furtado:</strong> Dans les annees 80, alors
que j'etais etudiant en medecine a
Porto Alegre, j'ai vu un film realise par un
cineaste de la meme ville que moi. C'est ce qui m'a
convaincu de faire du cinema. En meme temps, j'ai vu
aussi un certain nombre de films etrangers. Cela aussi a
ete un declic pour ma carriere.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> J'aimerai commencer par votre travail
d'ecriture, car il me semble qu'il y a un gros travail de
construction en amont de vos tournages. Il y a dans vos
scenarios des elements qui relevent
plus d'un romancier que d'un scenariste, notamment au niveau
de la voix off qui raconte en parallele ce que raconte
l'image tout en jouant des variations entre l'image et le
texte.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Effectivement, je suis beaucoup plus un
scenariste qu'un realisateur de cinema. J'aime
beaucoup ecrire et c'est vrai que je travaille beaucoup mes
scenarios avant de passer au tournage. Ce que je
prefere avant tout, c'est le langage
cinematographique et dans chaque film j'essaye
d'experimenter des choses que je n'ai pas utilisees
dans les precedents. Presque dans tous mes films, on
peut entendre effectivement la voix du narrateur qui est
peut-etre ma propre pretention a etre un
ecrivain.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Vos scenarios, de par leurs jeux
d'ecritures, me font penser a des propositions
musicales, un peu comme une symphonie qui est constituee
d'un theme principal sur lequel vient se greffer une
multitude de variations. C'est visiblement votre "signature" tant
au niveau de l'ecriture que de la mise en image. Dans
<strong>L'homme qui copiait</strong>, on sent de votre part une
boulimie cinematographique puisque vous declinez tout
ce qu'on peut faire au cinema (pano, champ/contre-champ,
travelling, zoom, flash-back, poly-vision...).</p>
<p><strong>J.F.:</strong> J'aime beaucoup la poesie et je
pense que mon cinema essaye de dialoguer avec la
poesie. Il y a une citation de j'aime beaucoup qui dit:
"<em>La poesie, c'est la repetition</em>".
Effectivement, dans la poesie il y a la
repetition des sons, des rythmes et des rimes. Moi
j'aime beaucoup tout ce qui est repetition comme la
musique qui utilise la repetion du rythme et de la
musicalite. Borges dit: "<em>Tout art aspire a la
musicalite, car la musique est la forme pure</em>" mais
peut-etre que la meilleure definition du cinema
est celle d'Abel Gance qui dit: "<em>Le cinema, c'est la
musique de la lumiere</em>". On peut dire que j'aime
experimenter mais il n'y a qu'une seule chose qui ne bouge
pas, c'est le cadre, meme si dans ce cadre on peut installer
un certain nombre de jeux, puisqu'on peut le decouper, le
transformer en puzzle et dans <strong>L'homme qui copiait</strong>
c'est ce que je fais; mais il ne faut pas que ce soit un jeu pour
un jeu. Il faut quand meme qu'il y ait toujours une liaison
directe avec l'histoire qu'on est en train de raconter.</p>
<p>S.L.: Justement, l'histoire de <strong>L'homme qui
copiait</strong> sans pour autant en reveler
l'intrigue, ce qui enleverait beaucoup de plaisir aux futurs
spectateur, pourrait se resumer par "<em>Tel est pris qui
croyait prendre</em>" en y incluant le spectateur.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> C'est vrai que dans le film, il y a
beaucoup d'histoires. C'est un film quasiment baroque puisqu'il y a
plein de petites histoires qui se deroulent a
l'interieur du film...</p>
<p><strong>S.L.:</strong> En ce sens, on rejoint le roman
picaresque a la <strong>Don Quijote</strong> ou <strong>Les
mille et une nuits</strong>.</p>
<p><strong>J.F.:</strong> <strong>Don Quijote</strong> est
cite dans le film. Il est vrai aussi que dans <strong>Les
mille et une nuits</strong> les histoires ne se terminent jamais
puisqu'elles appellent a une autre histoire. Il y a un autre
point commun avec <strong>Les mille et une nuits</strong>, c'est
que dans les deux, il y a une jeune fille tres savante,
tres experte et tres douee (rire).</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Dans vos films, tant longs que courts,
bien que ce soient des comedies et que l'on rie beaucoup, il
y a toujours un arriere plan social important. Mais la
question que je me pose n'est pas liee specifiquement
a vos films mais a l'ensemble des comedies
bresiliennes. Comment les spectateurs bresiliens
arrivent a rire de tout, meme du pire? Est-ce
une donnee culturelle qui nous echappe, a
nous, europeens ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Oui, je pense qu'il s'agit d'un trait
caracteristique bresilien. On a cet humour et cet
capacite a rire meme des tragedies et
surtout a rire de soi qui est la base de l'ironie.
Pour vous donner un exemple, je me souviens encore de la mort
d'Ayrton Senna, le coureur de formule 1, qui bien sur etait
un heros national au Bresil. Dix minutes apres
sa mort, la premiere blague sur lui courait
deja dans tout le pays. Pour vous donner un autre
exemple de cela, j'ai assiste a beaucoup de
projections de mon court metrage <strong>L'ile aux
Fleurs</strong> dans d'autres pays que le Bresil. C'est vrai
qu'au debut, tant au Bresil qu'a
l'etranger, les spectateur commencent a rire car ils
pensent qu'il s'agit d'une comedie. Au bout d'un certain
temps, ils se rendent compte que ce n'est pas a. Partout
ailleurs, les spectateurs n'ont plus jamais rigole, alors
qu'au Bresil, les spectateurs recommencent a rire
avant la fin du film. Et a, c'est typique du
Bresil.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Comme pour <strong>L'ile aux
fleurs</strong> en voyant un film comme
<strong>Domesticas</strong> (<em>Les domestiques</em> /
2004) de Fernando Meirelles, j'ai presque eu de la
culpabilite a rire des situations
presentees, car meme si elles etaient
traitees pour faire rire, elles n'en etaient que plus
terribles a l'arrivee.</p>
<p><strong>J.F.</strong> Les spectateurs bresiliens peuvent
aussi se sentir coupables, mais a ne les empechera
pas de rire, peut-etre parce que le rire permet de soulager
des tensions. Il y a une expression portugaise qui dit: "<em>On rie
pour ne pas pleurer</em>".</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Votre univers est assez proche de celui
de Georges Perec, pour le plaisir de la declinaison et de
l'enumeration, mais au dela de cela, votre
narration tend aussi a dissequer les sentiments. Vous
considerez-vous comme une espece de chirurgien du
sentiment humain ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> C'est vrai en ce qui concerne l'influence
de Perec, car je pense que tous ses ouvrages ont ete
traduits en portugais et j'ai tout lu, mais plus que Perec, c'est
plutot l'OULIPO* qui m'interesse. J'essaye au
cinema de tenter de nouvelles formes de cinema, ou
plutot de nouvelles formes de "CinePO" (rire). Il est
clair que dans <strong>L'homme qui copiait</strong>, il y a une
allusion directe au roman de Perec <strong>La vie mode
d'emploie</strong> puisqu'on voit ce qui se passe dans cet
immeuble a travers la faade, et puis il y a aussi le
cote casse-tete que l'on voit autant dans
l'image que le texte, puisque dans les deux cas, il s'agit de
rassembler les morceaux.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> J'ai repense a une phrase
de Jean-Luc Godard qui disait "<em>Qu'il s'agisse de cinema
court ou de cinema long, de fiction ou de documentaire, un
film est un film</em>". Etes-vous d'accord avec cette vision non
hierarchise du cinema ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Je suis tout a fait d'accord, et
je me permets au passage de souligner que le cinema est le
seul art que l'on mesure en terme de temps. On ne dira jamais d'un
petit tableau qu'il a moins d'importance qu'une grande toile sous
le pretexte qu'il est plus petit. On ne jugera jamais un
roman en fonction de son nombre de pages alors qu'au cinema
on a cette tendance la. On pense qu'un court metrage
a moins d'importance qu'un long metrage. Quand a la
difference que l'on fait entre documentaire et fiction,
a mon avis, elle est encore plus subtile. C'est vrai qu'au
moment d'un tournage ou de la preparation d'un film,
travailler sur un documentaire ou sur une fiction n'est pas du tout
la meme chose, mais une fois le film pret, comment
faire la distinction entre les deux ? Finalement, je dirais que le
film documentaire est celui que je veux bien croire documentaire;
que moi, j'estime etre un documentaire. Il y a des films
documentaires que l'on pourrait refaire avec des acteurs, mais
j'accepte de recevoir le film comme un documentaire puisque son
realisateur me dit que c'est un documentaire. Je lui fais
confiance. On pourrait faire le meme rapprochement avec
<strong>Citizen Kane</strong> (1941) d'Orson Welles ou <strong>Bob
Roberts</strong> (1992) de Tim Robbins. Meme si je sais que
ces deux films emploient des acteurs, ils n'en utilisent pas moins
la forme documentaire. C'est
de faire la part des choses pour finalement accorder ou pas
ma confiance au realisateur.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Quel est l'etat esthetique
du cinema Bresilien ? Sans pour autant parler de
courant, ni d'ecole comme cela etait le cas avec le
Cinema Novo, on a l'impression que l'on assiste a un
renouveau depuis une dizaine d'annees, mais produit par des
entites isolees ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> L'enorme difference entre le
Cinema Novo et le cinema actuel, c'est qu'a
l'epoque du Cinema Novo, les cineastes se
connaissaient tous parfaitement, etaient amis, habitaient
ensemble dans la meme ville, travaillaient ensemble,
discutaient ensemble, partageaient a peu pres les
meme points de vues, avaient la meme ideologie,
donc la, on peut effectivement parler d'un mouvement
puisqu'il y a conscience d'un groupe. A l'heure actuelle, le
cinema se caracterise par une grande
diversite. Les realisateurs font des travaux
totalement differents et n'en discutent pas entre eux puisque,
vivants dans des villes differentes, ils ne se rencontrent
pas. Qu'est-ce qui s'est passe apres le Cinema
Novo dont on peut dater la fin avec la sortie en 1969 de
<strong>Terre en transe</strong> (<em>Terra en transe</em> / 1967)
de Glauber Rocha ? L'effet de la dictature s'est fait ressentir, de
telle sorte qu'on n'a pas produit de film "serieux" pendant
une bonne dizaine d'annees. Durant ces dix annees, on
a essentiellement tourne des films pornos. Ensuite, au
debut des annees 80, un certain nombre de
realisateurs ont commence a faire des courts
metrages. Je fais parti de cette generation
la, qui a produit beaucoup de courts et tres peu de
longs. Ce qui explique pourquoi les cineastes de notre
generation, au bout de vingt a
vingt-cinq ans de carriere, en soient a produire
leurs premiers ou deuxiemes longs.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Pour terminer cet entretien, une remarque
par rapport a votre premier long metrage
<strong>Houve uma vev dois veres</strong> (2002) que l'on
peut considerer comme une commande de votre fils. Le fait
d'avoir ecrit un film pour son fils, n'est-ce pas la
le plus grand geste d'amour que puisse produire un
realisateur pour sa projeniture, dans la mesure
ou les cineaste ont rarement beaucoup de temps
a consacrer a leurs enfants du fait de leurs
obligations professionnelles ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> (rire) Effectivement, c'est une commande
de la part de mon fils, mais j'ai beaucoup aime
ecrire cette histoire. J'en ai profite pour parler de
moi et de ma generation et ce film a surtout
ete l'occasion de faire le lien entre la
generation de mon fils et la mienne et
peut-etre aussi de dire un certain nombre de choses a
mon fils sur ma propre adolescence.</p>
<p><strong>S.L.:</strong> Le mot de la fin ?</p>
<p><strong>J.F.:</strong> Je voudrais terminer en disant quelque
chose qui pour vous n'est peut-etre pas important, mais qui
pour moi, en tant que bresilien est tres important.
C'est le fait d'etre ici, en France, a Toulouse, aux
Rencontres Cinemas d'Amerique Latine. Cela m'a permis
de voir des films latinos americains que je ne peux pas voir
au Bresil puisqu'il n'y a pas d'echanges entre nos
differents pays. Cela me permet de voir des choses
differentes. C'est pourquoi c'est tres important
d'etre la. C'est peut-etre le role de ces
Rencontres. Il faut finalement que je vienne a Paris ou
a Toulouse pour pouvoir voir les films que font mes voisins.
La diversite des films qui sont montres ici peut
aussi aider a lutter contre les prejuges, du
genre: les seuls sujets que les films d'Amerique Latine
peuvent produire sont la misere et la pauvrete.
Penser qu'un film bresilien doit forcement parler de la
misere, ce serai comme penser qu'un film franais
devrait forcement parler de vin et de fromage (rire).</p>
<p>*Ouvroir de Litterature Potentielle</p>
<p></p>
<p>Propos recueillis par Stan Lubrick
dans le cadre de la 16 edition des Rencontres
Cinemas d'Amerique Latine de Toulouse</p>
<p>Traduction: Sylvie Debs</p>
<p></p>
				</div>			</content>			<id>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3517/Interview-de-Jorge-Furtado/</id>			<link href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3517/Interview-de-Jorge-Furtado/" />			<author>				<name>stanlubrick</name>				<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-06-09T02:38:49+02:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Coup de gueule: Mise à mort de "Martyrs"</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p>On s'y attendait, c'est fait !</p>
<p></p>
<p>La C.C.O.C. (Comission de Classification des
Oeuvres Cinematographiques) devrait reprendre son
ancien nom (Comision de Censure) puisqu'elle vient de
recommander une interdiction aux moins de 18 ans pour le
film
(<strong>Saint Ange</strong>) Laugier.</p>
<p>Depuis la resurection de cette
interdiction (Ah! La bonne aubaine que cette affaire
<strong>Baise-moi</strong>) par le decret du 12 juillet
2001, c'est la premiere fois qu'un film fantastique est
frappe de la sorte.</p>
<p></p>
<p>Il y avait eu des precedents avant
l'ere Mitterant: <strong>Massacre a la
trononneuse</strong> de Tobbe Hooper, <strong>Mad
Max</strong> de George Miller, pour ne citer que
ceux-la.</p>
<p>C'est donc bien d'une vraie regression de
la liberte artistique dont il s'agit ici !</p>
<p></p>
<p>La sortie du film de Pascal Laugier,
prevue pour le 18 juin, est actuellement annulee; et
c'est pas la politique des multiplexes qui va arranger les choses
(Pour se mouiller,ceux-la... enfin).</p>
<p>De plus, avec une telle interdiction, le film se
retrouverai d'office proscrit de toutes diffusions
televisuelles (hors chaines cryptees, et
encore a trois heures du mat).</p>
<p></p>
<p>Ne reste plus qu'a faire pression sur le
ministere de la culture !</p>
<p></p>
<p>A VOS CLAVIERS !!!</p>
<p></p>
<p>Stan Lubrick</p>
				</div>			</content>			<id>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3521/Coup-de-gueule-Mise-mort-de-Martyrs/</id>			<link href="http://stanlubrick.blog.toutlecine.com/3521/Coup-de-gueule-Mise-mort-de-Martyrs/" />			<author>				<name>stanlubrick</name>				<uri>http://stanlubrick.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-06-04T16:54:40+02:00</updated>		</entry></feed>