<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0">	<channel>		<title>[blog.toutlecine.com] janto : <![CDATA[Aimons le cinéma]]></title>		<link>http://janto.blog.toutlecine.com</link>		<description><![CDATA[Aimons le cinéma]]></description>		<language>fr</language>		<copyright>Copyright (c) 2006, Hi-pi</copyright>		<generator>Hi-pi RSS 2.0 generator</generator>		<docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>		<pubDate>Mon, 16 Feb 2009 15:04:57 +0200</pubDate>		<image>			<title>janto.blog.toutlecine.com</title>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com</link>			<url>http://static.blogstorage.hi-pi.com/blog.toutlecine.com/j/ja/janto/images/mn/1193818185_regular.jpg</url>		</image>		<item>			<title><![CDATA[The insider - analyse Bergman/Cheick]]></title>			<description><![CDATA[<p> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Aujourd'hui (enfin je dis ça, ça
sonne comme si je faisais une mise à jour régulièrement...), nous
allons nous intéresser à un film du très respecté Michael Mann :
<strong>The Insider</strong> (aka <strong>Révélations</strong> en
français). Ce qui nous intéresse ici, ce sont les scènes de
dialogues (assez incroyables, il faut bien le dire), et notamment
la première entre Al Pacino et le Sheikh.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Le générique d'introduction nous a
montré un homme portant un bâillon, dans une voiture conduite (et
escortée) par des gens armés qui font visiblement autorité dans les
rues qu'ils traversent (on peut voir qu'ils n'ont aucun souci à
conduire à toute allure dans des petites rues et que les barrages
tenues par des militaires les laissent passer sans problème).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Jusque là, le personnage d'Al Pacino
(aka Lowell Bergman, mais pour le moment nous n'en savons rien) est
en position de faiblesse et tout porte à croire qu'il est tenu en
otage par les gens armés.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Des gens le sortent de la voiture et
le conduisent à l'intérieur.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Maintenant voici un plan un peu
étrange.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Les plans précédents ont établi que
la direction du « voyage » de Pacino est de la droite
vers la gauche. Ici, la porte est située droite cadre, il serait
donc logique que Pacino en sorte (escorté) puis se dirige vers la
gauche, d'autant que le plan reste pendant quelques secondes sans
rien.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Au bout de quelques secondes, on
aperçoit une ombre sur le mur qui bouge et Pacino entre dans le
champ par la droite...mais pas par la porte ! Le spectateur a cru
un instant maîtriser ce qui allait se passer, mais il n'en est
rien.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Michael Mann n'a brisé aucune
« règle », il ne s'est pas amusé à détruire la
compréhensibilité de la scène, mais via cette subtilité infime il
parvient à établir émotionnellement le fait que Pacino ne contrôle
rien : il n'est <em>pas</em> dans son monde, il ne maîtrise
<em>pas</em> les règles, il n'a <em>aucune</em> carte en main, et
lorsqu'il s'assoit en face du Sheikh, il est l'homme le plus faible
du monde.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Pacino est emmené au fond du couloir
à droite et il sort du champ, pour réapparaître dans un autre plan
qui raccorde géographiquement avec ce qu'on vient de voir (même si
nous ne faisons que le déduire).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Al Pacino est emmené et il traverse
le cadre de gauche à droite...</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">...et il révèle en passant la
présence du Sheikh, lui donnant ainsi une entrée de champ
"naturelle" (ça n'est pas un effet de caméra) et qui lui donne une
certaine puissance (le Sheikh est dans le cadre avant que nous le
sachions, et il n'a rien à faire pour se faire voir).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Petit détail important : la majorité
des plans montrant Al Pacino en voiture indiquent une direction
vers la gauche. Quand il est sorti de la voiture pour entrer dans
le bâtiment, c'est aussi vers la gauche, et le premier plan à
l'intérieur du bâtiment le montre toujours emmené vers la
gauche...jusqu'à ce qu'ils tournent à droite au fond du couloir
(voir trois captures plus haut) juste avant de rencontrer le
Sheikh.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Autrement dit, les directions nous
informent de l'importance du Sheikh <em>avant même que l'on ne l'ai
vu</em>, et lorsque nous le voyons pour la première fois nous
n'avons absolument aucun mal à saisir l'idée que cet homme assis
dans une salle poussiéreuse sur une chaise quelconque est un
personnage d'une extrême importance.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Al Pacino est ensuite assis sur la
chaise en face du Sheikh.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Pacino reste un peu perdu pendant
quelques instants, il ne sait pas où il est et on sent qu'il se
pose des questions. Mais cet état sera dissipé par la question du
Sheikh :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">"coffee ?" ceà quoi Pacino réponds
"yeah, thank you", suivi du premier gros plan sur Pacino de la
scène.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ce premier gros plan nous montre
deux choses : 1) Pacino regagne de sa "puissance, et 2) que cette
"puissance" passe (pour le moment) par le Sheikh puisqu'il a fallut
attendre sa demande pour avoir ce gros plan.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Quelques plans plus tard, arrive
ceci :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">le Sheikh est montré comme puissant,
il contrôle la scène, il est en lumière, il est physiquement dans
une bonne position (là où Pacino est un peu courbé). Au niveau du
dialogue, il est en train de demander à Pacino pourquoi il devrait
accorder une interview à "pro-sionist american media", et le ton
utilisé dénote un certain mépris pour ce que représente Pacino.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">C'est là que Pacino commence à
répondre, il contre-attaque et lance la première salve. Il est
calme, calculé, sa réponse est savamment argumentée et le présente
comme un homme réfléchi.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Au niveau des plans, cela se traduit
par un retour à la première situation :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ce plan nous ramène au début de
l'échange, ce qui indique la capacité de Pacino à repousser
l'attaque du Sheikh : Pacino sait que le <em>Sheikh</em> a besoin
de <em>lui</em>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Restant sur ses gardes, le Sheikh
émet ses doutes : "<em>Perhaps you prove journalism objectivity and
I see the questions first. Then I decide if I grant the
interview.</em>", mettant ainsi en péril le contrôle (relatif) que
Pacino vient de regagné. Il doit donc lancer la deuxième attaque,
la grande, celle qui fera trembler les murs et qu'on entendra
jusqu'à la lune (au moins) : car Pacino va maintenant défendre son
honneur, sa raison d'être, son intégrité, il va défendre ses
qualités, celles qui vont lui permettre d'aller si loin avec le
personnage de Wigand pendant le film, inutile de dire que les
enjeux sont grands !</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Tout commence tranquillement par un
petit zoom avant assez discret sur Pacino qui commence son discours
: il gagne de la force, il contrôle la caméra, le Sheikh perd de
l'importance dans le cadre.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Et puis là pouf, le grand jeu :
raccord dans l'axe, Pacino en gros plan ! Aucun doute à avoir,
Pacino sait de quoi il parle, et ça lui tient à coeur de le
dire.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ce raccord (assez abrupt) montre
même que Pacino n'est plus dirigé vers le Sheikh (il regarde vers
la droite du cadre, le Sheikh est à gauche), montrant son
indépendance par rapport à tout le monde (et spécialement par
rapport aux forces politiques, ce qu'est le Sheikh).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Mais là, on n'a encore rien vu, car
Pacino va sortir le grand jeu, le vrai, celui qui fait mal,
attention... :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Boum ! Inversion d'axe ! Jusque là
Pacino était à droite, le Sheikh était à gauche, et voilà que
Pacino est à gauche, et le Sheikh à droite. Ce genre de chose se
fait rarement (du moins volontairement), sans au moins s'assurer
d'expliciter le changement d'axe. Ici rien, que dalle, le
changement est direct et très abrupt. Ce n'est pas nouveau (John
Ford faisait déjà ça) mais ça reste osé, et surtout ça reste
efficace. Ici, l'inversion d'axe correspond à la prise de pouvoir
de Pacino qui devient tout d'un coup l'égal du Sheikh, situation
indispensable à la bonne réalisation de l'interview.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Cette situation d'égalité se
retrouve dans les deux plans suivant :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Les deux personnages sont cadrés
similairement, chacun héritant de la place en amorce et au centre
du cadre. L'interview va pouvoir se dérouler.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Plus tard dans la scène, le Sheikh
va partir laissant Al Pacino et son technicien (que l'on voit dans
le fond du cadre trois captures plus haut) pour préparer la réalité
technique de l'interview.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Plus important, Al Pacino va
téléphoner, et pour ce faire il va vers la fenêtre et en tire les
rideaux, de sorte qu'il téléphone devant un arrière-plan de ville
("ville" renforcée par les sons de klaxon quand il ouvre les
rideaux), ce qui va avoir son importance dans le film : Pacino est
un homme de la lumière, il est un homme de la vérité, et il est un
homme de l'opinion public. Le combat du film va maintenant pouvoir
commencer.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: right;"><em>Jean-Thomas
Miquelot</em></p>
]]></description>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com/8401/The-insider-analyse-Bergman-Cheick/</link>			<comments>http://janto.blog.toutlecine.com/The-insider---analyse-Bergman-Cheick-11022009-174235-lp-8401.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://janto.blog.toutlecine.com/8401/The-insider-analyse-Bergman-Cheick/</guid>			<pubDate>Wed, 11 Feb 2009 17:42:35 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Speed Racer - franchissement d'axe]]></title>			<description><![CDATA[<p>    Ceci n'a pas pour but d'analyser
l'intégralité du film mais de faire une simple remarque sur une
petite tricherie utilisée par les Wachowski dans leur génialissime
<strong>Speed Racer</strong>. Il est préférable
d'avoir vu le film pour profiter du "truc", mais aucune révélation
ne se trouve dans l'article.Note : pour avoir les photos en HD,
cliquez sur les images.</p>
<p>    Lors d'une course en montagne,
Speed sort de route et dévale la montagne.</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3270/3078903153_9931cd7573_o.jpg"></a></p>
<p>Puis la voiture de Speed saute pour aller de
l'autre côté.</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3002/3078903155_f978aaa6f6_o.jpg"></a></p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3295/3078903157_d2d40ef1b2_o.jpg"></a></p>
<p>Arrive alors un plan depuis le côté gauche qui
montre l'atterrissage de la voiture :</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3136/3078903161_513b84a7c5_o.jpg"></a></p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3209/3078903163_e8a384c114_o.jpg"></a></p>
<p>Puis Speed remonte la pente, ça commence sur son visage...</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3166/3078904483_10b53350ac_o.jpg"></a></p>
<p>
Et ça continue avec son pied (esprit => corps =>
pied)</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3022/3078904487_e89279a20c_o.jpg"></a></p>
<p>Pied => moteur => roue</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3171/3078904489_e163183e4e_o.jpg"></a></p>
<p>Roue => voiture</p>
<p>
<a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3141/3078904495_6fb90b41f7_o.jpg"></a></p>
<p>Et de là il revient sur la route pour donner une petite leçon au
concurrent qui avait provoqué sa sortie de route.</p>
<p><a href=
"http://farm4.static.flickr.com/3272/3079740330_dc0c9ce510_o.jpg"></a></p>
<p> </p>
<p>Si j'ai bien fait mon boulot, vous ne vous êtes rendu compte de
rien : vous venez d'assister à une séquence banale (même sans notion de """"réalisme""""), servie par un
découpage élégant mais finalement assez simple.</p>
<p>Sauf que...</p>
<p>Sauf que lorsque Speed a quitté la route, il a dévalé la
montagne pour sauter sur le versant d'en face. Et quand il revient
donner sa leçon au concurrent, il n'a pas re-sauté sur le versant
d'où il venait, et il est très peu probable que le concurrent ait
pu changer de versant, ne serait-ce parce qu'ils se trouvent à des
altitudes élevées où les montagnes ne communiquent plus entre elles
(ou tout simplement parce qu'à aucun moment les Wacho ne nous l'ont
montré changer de versant).</p>
<p>Autrement dit, nous venons d'assister à une énorme incohérence,
incohérence que pourtant personne n'a remarqué !</p>
<p>Ce qu'on fait les Wachowski, c'est jouer sur les directions :
lorsque Speed descends, c'est vers la gauche. Lorsqu'il remonte,
c'est vers la droite, ce qui donne au spectateur la <span style=
"text-decoration: underline;">sensation</span> que Speed a dévalé
et remonté le <em>même</em> versant (ce qui est objectivement
faux). Le changement de direction a pu être opéré grâce au plan
d'atterrissage de la voiture : de face, il permet de faire la
transition entre la gauche et la droite. Lorsque Speed se lance sur
le versant opposé, c'est vers la gauche, mais nous ne le voyons
jamais monter ce versant vers la gauche (uniquement vers la
droite), c'est-à-dire qu'émotionnellement nous ne l'associons pas à
la gauche mais à la droite, le côté d'où vient Speed et où se
trouve la route de son concurrent, ça n'est pas le versant opposé
!</p>
<p>Par cette pirouette, les Wachowski économisent ainsi le fait
soit de montrer le concurrent prendre une route qui (ô chance !)
serait justement au dessus de la pente que remonte Speed, soit de
montrer Speed re-sauter sur son versant d'origine tout en restant
dirigé vers le haut pour remonter (ce qui l'obligerait à faire un
demi-tour à 180° sur une pente pareille sans perdre sa vitesse,
essayez d'imaginer la scène...). Ils réussissent à créer à l'écran
quelque chose qui est impossible, mais qui par la magie du langage
cinématographique finit par couler de source.</p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href=
"http://forum.toutlecine.com/rafik-djoumi-1_445170_127_1_0_1_0_0.htm">
Discuter de cet article sur le
forum</a></strong></p>
]]></description>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com/6916/Speed-Racer-franchissement-d-axe/</link>			<comments>http://janto.blog.toutlecine.com/Speed-Racer---franchissement-det-039-axe-03122008-102204-lp-6916.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://janto.blog.toutlecine.com/6916/Speed-Racer-franchissement-d-axe/</guid>			<pubDate>Wed, 03 Dec 2008 10:22:04 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Tirésias ou l'aveugle qui voit]]></title>			<description><![CDATA[<p> </p>
<p>A la base il s'agit d'un devoir de Mythologies (oui je suis à la
fac !), et comme j'aborde dans la troisième partie ses répercussion
sur des personnages de cinéma, j'ai trouvé intéressant de le
publier ici. A noter que je ne l'ai pas réalisé seul, mais avec
Elsa Chardon (qui a eu droit à la très fastidieuse analyse des
textes pendant que je re-regardais Star Wars), et que si la
comparaison de textes vous ennuie, vous pouvez passer tout de suite
au I-3 pour l'interprétation.</p>
<p> </p>
<p><strong>Dossier de Mythologies - Tirésias</strong>

 Le personnage de Tirésias passe, dans la mythologie
greco-romaine, pour le plus grand de tous les devins. Une des
particularités de ce personnage est qu'il a été rendu aveugle et
que le don divinatoire lui a été donné en compensation de sa
cécité. Nous allons étudier la signification fondamentale de ses
caractéristiques en nous basant sur une comparaison entre plusieurs
versions du mythe relatant son aveuglement, puis nous nous
intéresserons à des lectures du mythe sous le prisme de la
psychologie sociale et de la psychanalyse jungienne avant de nous
attarder à une série de personnages issus de la culture populaire
contemporaine qui présente quelques similarités avec le personnage
de Tirésias.</p>
<p><strong>I &ndash; Le mythe</strong>

1- Explication de texte

En plus du texte d'Ovide, nous allons utiliser trois autres
versions du mythe de Tirésias.
 
D'abord la version d'Ovide, celle sur laquelle nous allons
majoritairement nous appuyer :

Ovide, <span style="text-decoration: underline;">Les
métamorphoses</span>1

« Tandis que ces évènements s'accomplissaient sur la terre par la
loi du destin et que le berceau de Bacchus, né deux fois, était à
l'abri du danger, il arriva que Jupiter, épanoui, dit-on, par le
nectar, déposa ses lourds soucis pour se divertir sans contrainte
avec Junon, exempte elle-même de tout tracas : « Assurément, lui
dit-il, vous ressentez bien plus profondément la volupté que le
sexe masculin. » Elle le nie. Ils conviennent de consulter le docte
Tirésias ; car il connaissait les plaisirs des deux sexes ; un jour
que deux grands serpents s'accouplaient dans une verte forêt, il
les avait frappés d'un coup de bâton ; alors (ô prodige !) d'homme
il devint femme et le resta pendant sept automnes ; au huitième, il
les revit : « Si les coups que vous recevez, leur dit-il, ont assez
de pouvoir pour changer le sexe de celui qui vous les donne,
aujourd'hui encore je vais vous frapper. » Il frappe les deux
serpents ; aussitôt il reprend sa forme première et son aspect
naturel. Donc, pris pour arbitre dans ce joyeux débat, il confirme
l'avis de Jupiter ; la fille de Saturne en ayant éprouvé, à ce
qu'on assure, un dépit excessif, sans rapport avec la cause,
condamna les yeux de son juge à une nuit éternelle. Mais le père
tout-puissant (car aucun dieu n'a le droit d'anéantir l'ouvrage
d'un autre dieu), en échange de la lumière qui lui avait été ravie,
lui accorda le don de connaître l'avenir et allégea sa peine par
cet honneur. »
Le deuxième texte, rédigé par Hygin, est une version quasiment
similaire à celle d'Ovide :

Hygin, <span style=
"text-decoration: underline;">Fables</span>2

&ldquo;Sur le mont Cyllène, le berger Tirésias fils d'Évérès frappa
d'un bâton, ou piétina, dit-on, des serpents accouplés ; il fut
pour cela changé en femme ; instruit ensuite par un oracle, il
piétina des serpents au même endroit et retrouva sa forme ancienne.
Au même moment éclata entre Jupiter et Junon une aimable dispute
pour savoir qui de l'homme ou de la femme prenait le plus de
plaisir dans l'amour ; ils choisirent à ce propos Tirésias, qui
avait fait la double expérience. Comme il avait tranché en faveur
de Jupiter, Junon irritée, d'un revers de main l'aveugla mais
Jupiter fit alors en sorte qu'il vécut sept générations et fût,
parmi les mortels, le plus grand devin.&rdquo;

Ensuite, deux textes antérieurs nous donnent des versions
différentes de ce mythe. Le premier est l'oeuvre du poète
Callimaque :

Callimaque, <span style="text-decoration: underline;">Epigrammes,
Hymnes</span>3

>

La seconde version, plus courte, à elle été rédigée par Nonnoss de
Panapolis :

Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques4

« Tu l'as ouï dire : jadis, dans la montagne, prés d'une source,
Tirésias n'a fait que voir Athéna dans sa nudité ; il ne
brandissait pas de pique impétueuse ni ne combattait la déesse ; il
l'a seulement contemplée et il a perdu la lumière de ses yeux.
»

 Certaines différences nous permettent de scinder notre corpus
de textes en deux groupes distincts. D'un côté, les textes de
Callimaque et Nonnos, où le châtiment de Tirésias est infligé par
Athéna. De l'autre, les textes d'Ovide et Hygin, où le châtiment
est en fait le résultat de la violence de Tirésias à l'égard des
serpents. En effet, bien que ce soit Junon qui l'aveugle, ce n'est
pas elle qui déclenche l'action. Cette distinction nous permet
d'embrayer sur d'autres différences, cette fois d'ordre culturelle.
En effet, Nonnos appartient à la civilisation grecque et
Callimaque, d'origine cyrénéenne mais vivant à Alexandrie, subit
lui aussi l'influence de cette culture. À l'inverse, Ovide et Hygin
des auteurs latins qui sont des contemporains.
 Cette information nous permettrait d'expliquer cette
différence quant à la cause de l'aveuglement de Tirésias. La
justice grecque est basée sur une soumission totale aux dieux. Les
mythes de Callimaque et Nonnos ne dérogent pas à la règle.
Impitoyable, Athéna punit arbitrairement l' «  Infortuné »
Tirésias. On trouve une version différente chez Ovide et Hygin :
les divinités participent toujours à l'action sans pour autant
servir de point de départ au mythe. En effet elles sont remplacées
par le couple de serpent.</p>
<p>2- Equivalences

 Néanmoins, ces versions ne sont pas si différentes qu'elles
en ont l'air, puisque l'on trouve un certains nombre d'équivalences
les rapprochant.
 D'abord, la différence entre les éléments déclencheurs : d'un
côté un couple de serpents, de l'autre Athéna. Or, il est possible
de rapprocher ces deux entités sous le signe de l'opposition
intrasèque qu'ils représentent : la « capacité du serpent de muer
sa peau pour renouveller sa jeunesse lui a fait gagner à travers le
monde le personnage de maître du mystère de la renaissance [...]
ainsi une image duelle est rendue »5; de même pour
Athéna, déesse de la guerre et du tissage (opposition franche entre
activités respectivement masculine et féminines).
 Ce système d'entités duelles se retrouve à travers d'autres
éléments des textes. Dans la version grecque de Callimaque, la
déesse Athéna passe rapidement d'un état de grande colère à celui
de compassion, illustrant son caractère double ; on trouve aussi
une opposition entre la loi immuable et éternelle de Cronos
(déshumanisée) et la nuance qu'Athéna peut lui apporter
(humanisation). Dans la version latine d'Hygin, le couple formé par
Jupiter et Junon illustre la même idée avec une « Junon irritée »
qui aveugle Tirésias « d'un revers de main » (impitoyable) tandis
que Jupiter montre sa compassion en compensant l'action de Junon
par le don de divination. On trouve ainsi de chaque côté un pouvoir
ferme et impitoyable (loi de Cronos/Junon) compensé par une
attitude compatissante (Athéna/Jupiter).
 L'opposition se retrouve dans le personnage de Tirésias.
D'abord opposition entre les sexes masculins et féminins qu'il
expérimente contre toute logique humaine. Puis le paradoxe du fait
de devenir aveugle pour voir la lumière. Et enfin l'opposition
entre la durée de sa transformation en femme (d'après Ovide : 7
ans, une petite vie) et la durée de sa vie après l'aveuglement
(d'après Hygin : 7 générations, une grande vie).
 Ces oppositions semblent montrer que si le contexte de la
transformation change, le coeur du mythe reste le même : la
transformation d'un être « normal » en aveugle devin (excepté
Nonnos qui n'aborde pas le devenir post-aveuglement de Tirésias).
Autrement dit, le paradoxe de ne plus voir la lumière « normale »
qui permet d'accéder à la lumière « divine », paradoxe appuyé par
le jeu sur les oppositions décrit plus haut. Cette lecture se
rapproche de l'interprétation qu'a fait Joseph Campbell de la
version d'Ovide.

3- L'interprétation de Joseph Campbell

 Nous retrouvons l'idée de dualité et d'opposés avec son
interprétation du serpent : « La suggestion phallique est
immédiate, et comme avaleur, l'organe féminin est aussi suggéré ;
ainsi une image duelle est rendue »6, ce qui correspond
au personnage de Tirésias qui accède à la connaissance des deux
sexes, autrement dit il se place à l'intersection des opposés : «
Son bâton impulsif le placa entre les deux, comme le bâton du
milieu (axis mundi) ; et il fut alors envoyé de l'autre côté pour
sept ans &ndash; une semaine d'années, une petite vie &ndash; le
côté duquel il n'avait auparavant aucune connaissance.
»7 Mais cette transformation ne lui permet pas d'accéder
à « la » vérité, pas encore, il lui faut terminer son chemin là où
il l'a commencé, raison pour laquelle : « il toucha une nouvelle
fois les symboles vivants des deux qui sont par nature un, et,
retournant à sa forme initiale, était par conséquent celui qui
était en connaissance de chacun : une sagesse plus grande que même
Zeus, le dieu qui était seulement mâle, ou sa déesse, qui était
seulement femelle. »8, il appuie encore cette idée plus
loin : « Ceux qui, comme Tirésias, ont vu et sont venus en contact
avec le mystère des deux serpents et, au moins dans un sens, ont
été eux-mêmes mâle et femelle, connaissent la réalité des deux
côtés que chaque expérience sexuelle recèle de son propre côté ; et
dans cette mesure ils ont assimilés ce qui est substantiel dans la
vie et sont, par conséquent, éternels.»9
 Joseph Campbell compare ce savoir à la sagesse lunaire : «
dans la lune ténèbres et lumière interagissent en une seule sphère.
L'aveuglement de Tirésias était donc un effet d'une communication à
lui de la sagesse lunaire. C'était un aveuglement seulement au
monde de la lumière du soleil, où toutes les paires d'opposés
apparaissent distinctes. Et le don de prophétie fut la vision de
corrélation de l'oeil intérieur, qui pénètre dans les ténèbres de
l'existence. »10</p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p><em>« Dans ce récit les serpents accouplés, tels ceux du
caducée, sont le signe des forces génératrices du monde qui jouent
à travers toutes les paires d'opposés, mâle et femelle, naissance
et mort. »</em>11


<strong>II &ndash; Un peu de psychologie</strong>


Nous allons maintenant aborder le personnage de Tirésias sous
l'angle de la psychologie, à l'aide de psychologie sociale et de la
psychanalyse jungienne.
Il n'est pas ici question de traiter de la réalité physique d'un
aveugle, mais d'étudier la signification humaine de la principale
caractéristique du personnage : devenir aveugle pour mieux
voir.

1- Psychologie sociale

 La psychologie sociale étudie les comportements en général,
c'est-à-dire qu'elle cherche à trouver ce qui agit sur l'être
humain (elle ne se préoccupe pas de névroses personnelles par
exemple), et l'une des choses qui revient le plus, c'est la très
grande force des influences extérieures qui vont jusqu'à dicter à
notre corps un comportement que notre esprit rejette (sans pour
autant être conscient d'être le sujet d'une influence).
 Dans l'ouvrage Psychologie sociale12, David G.
Myers et Luc Lamarche racontent l'étonnante histoire d'une remise
de diplômes : 
 « C'était un après-midi de mai longtemps attendu. Trois mille
parents et amis s'étaient réunis pour la célébration. Au signal,
les 400 sortants du collège Hope se levèrent pour écouter le
président déclarer : « Par la présence, je confère à chacun d'entre
vous le titre de bachelier ès arts [...] » La déclaration terminée,
les 25 nouveaux diplômés de la première rangée commencèrent à
défiler pour recevoir leur diplôme. Pendant ce temps, les 375
autres se regardaient nerveusement, pensant chacun pour soi : « Ne
nous a-t-on pas dit qu'il nous fallait maintenant nous asseoir pour
attendre que ce soit au tour de notre rangée ? » Mais personne ne
s'assit. Les secondes s'écoulèrent. [...] Extérieurement, tous ces
étudiants debout semblaient garder leur sang-froid. Mais, dans
chaque tête, les pensées allaient bon train : « Nous serons
peut-être debout pendant une demie-heure avant que ce soit notre
tour... Nous bloquons la vue aux spectateurs derrière nous...
Pourquoi personne ne s'assied-il ? » Cependant, personne ne fit
mine de s'asseoir. »13
 Tous ces étudiants ont été victimes de la conformité,
c'est-à-dire « un changement de croyance ou de comportement
provenant d'une pression de groupe réelle ou imaginée
»14. Il arrive même que la personne agisse comme le
groupe sans pour autant être d'accord, cela s'appelle
l'acquiescement : « Agir publiquement conformément à la pression
sociale tout en se sentant intérieurement en désaccord.
»15
 Cela est un exemple probant de l'idée au coeur du personnage
de Tirésias : en étant trop sensibles aux influences extérieurs (le
monde visible, le monde des apparences où personne ne veut paraître
trop différent), trois cent soixante-quinze personnes ont agit
différemment de leur volonté profonde, et ce faisant ont provoqués
une situation absurde qui ne se serait jamais produite si tous
s'étaient écoutés. Mais un autre exemple est encore plus
probant.
 On fait croire à une personne qu'elle participe à un test
quelconque en compagnie de plusieurs autres cobayes (en réalité,
des gens de mèches avec l'expérimentateur et dont la réponse est
écrite à l'avance), puis on pose une question simplissime : « Vous
vous dites « hum! hum! » et vous vous disposez à endurer poliment
une expérience ennuyeuse. Mais [...] bien que la bonne réponse
semble [...] claire, la première personne donne [...] une mauvaise
réponse. Lorsque la deuxième personne donne la même réponse, vous
vous redressez sur votre chaise et fixez les cartes [objet de la
question]. La troisième personne est du même avis que les deux
autres. Vous êtes estomaqué ; vous commencez à transpirer. «
Qu'est-ce que c'est que ça ? » vous demandez-vous. « Sont-ils
aveugles ? ou est-ce moi qui suis aveugle ? » [...] « Comment faire
pour savoir ce qui est vrai ? Est-ce que c'est ce que me disent mes
pairs ou ce que me disent mes yeux ? » »16
 Ici, la pression sociale va jusqu'à faire douter la personne
de sa propre capacité à trouver une réponse simplissime. La pensée
de groupe est quelque chose de terrifiant car « la recherche de
l'accord devient si prédominante dans un groupe cohésif qu'elle
tend à l'emporter sur une évaluation réaliste des autres
possibilités d'action. »17Autrement dit l'influence
extérieure détache chacun de la « vérité » pour ne porter l'intérêt
que sur un simulacre, quelque chose d'apparemment bien (l'accord
est trouvé) mais fondamentalement mauvais (l'accord est
irréaliste). 
 
 D'autres idées de psychologie sociale nous intéressent pour
le cas de Tirésias, en ce qui concerne le jugement des gens, avec
notamment l'Erreur de la ligne de base : « Tendance à ne pas tenir
compte de la ligne de base (information décrivant la plupart des
gens) et d'être plutôt influencé par des caractéristiques
particulières au cas jugé », ce qui « semblait pousser à
l'arrière-plan l'information utile »18. Autrement dit :
l'apparence trompeuse détourne la personne de la vérité. Nous
retrouvons cette idée avec le stéréotype de la beauté physique : «
Présomption que les personnes physiquement attirantes possèdent
également d'autres traits de caractère socialement désirables : ce
qui est beau est bon. »19

 La lecture du personnage de Tirésias sous le prisme de la
psychologie sociale nous conduit à penser que ce personnage
contient l'idée d'un monde extérieur des apparences (nous pouvons
être trompés) et du vide (les cas où la pression du groupe conduit
à des comportements absurdes complètement éloignés de la croyance
de l'individu), et que la vérité ne peut venir que de l'intérieur
de l'individu. 
 Intéressons-nous maintenant à la psychanalyse pour voir si
nous arrivons à la même conclusion...

2 &ndash; Psychanalyse jungienne

 L'archétype qui nous intéresse ici est l'archétype de l'Ombre
tel qu'il a été défini par Carl Jung. Il s'agit d'une zone de
l'inconscient qui recèlerait les défauts profonds d'un individu,
ceux dont la moindre évocation plongerait la personne ciblée dans
une colère noire et incontrôlable (« se mettre hors de soi »). Dans
un certain nombre de cas, nous pouvons projeter cette ombre sur
d'autres personnes et ainsi nous mettre à les haïr et à les
considérer comme des « ennemis ». Le point est donc que ces «
ennemis » ne sont qu'une idée, ils ne sont pas réellement nos
ennemis, et nous ne les haïssons pas pour ce qu'ils sont en
eux-mêmes mais pour ce qu'ils nous disent (inconsciemment) sur
nous. Cette ombre n'est pas forcément mauvaise, elle ne le devient
qu'à partir du moment où nous la refusons, la refoulons, mais son
énorme puissance peut être autant négative que positive.
 Là où cela rejoint l'idée fondamentale à l'oeuvre dans le
personnage de Tirésias, c'est que tous les problèmes extérieurs
&ndash; c'est-à-dire les situations que nous considérons comme des
problèmes &ndash; ont des causes intérieures. Avant de nous tourner
vers l'extérieur, il faut résoudre ses propres problèmes intérieurs
en se tournant vers soi pour se confronter avec son ombre. Ce
parcours rappelle celui de Tirésias : d'abord aveuglé à la lumière
extérieure (autrement dit plongé dans les ténèbres, dans
l'inconscient, et donc confronté à son ombre), il retrouve ensuite
la lumière, mais une lumière qui ne vient pas de l'extérieur
(autrement dit, la solution ne lui est pas donné par une situation
extérieure, les situations extérieures sont neutres par nature,
donc aucune « bonne » situation ne vient à lui) mais de
lui-même. 
 « Lorsque quelqu'un s'efforce de voir son ombre, il découvre
(souvent à sa honte) ces défauts, ces tendances qu'il ne voit pas
chez lui tout en les voyant clairement chez son prochain. [...]
C'est le moment où le Moi est « pris », et en général réduit à un
silence embarrassé. Puis commence le douloureux et long travail de
l'auto-éducation. L'équivalent psychologique des travaux d'Hercule.
»20
 Le personnage de Tirésias incarnerait donc l'idée qu'il faut
d'abord accepter son ombre (les ténèbres, l'inconscient,
l'aveuglement) pour trouver la lumière (la paix avec le monde,
utilisation de forces positives de l'inconscient, divination).
Marie-Louis von Franz (disciple de Jung) ajoute même que « l'ombre
est beaucoup plus sensible à la contagion de la collectivité que la
personnalité consciente »21
 Ces influences dont nous avons parlés sous le prisme de la
psychologie sociale, Jung en parle aussi : « ces influences
[propagande politique, publicité] peuvent nous amener à vivre d'une
façon qui ne convient pas à notre nature individuelle. Et le
déséquilibre psychique qui risque de s'ensuivre doit être compensée
par l'inconscient. »22, plus loin, il rajoute : « Plus
la conscience se trouve influencée par des préjugés, des erreurs,
des fantasmes et des désirs puérils, plus s'élargit le fossé déjà
existant jusqu'à la dissociation névrotique, amenant une vie plus
ou moins artificielle, très éloignée des instincts normaux, de la
nature et de la vérité. »23 Autrement dit, un aveugle
&ndash; prit dans le sens de quelqu'un insensible aux influences
extérieures &ndash; a plus de chances d'accéder à la « vérité », ce
qui est précisément le rôle des devins comme Tirésias : trouver et
communiquer la vérité.

 Enfin, dernier point intéressant qui corrobore l'idée de
trouver une vérité non pas à l'extérieur mais au fond de soi : «
une comparaison entre les tableaux abstraits et les
microphotographies montre que l'abstraction pure de l'art «
imaginatif », est devenue, d'une façon secrète et surprenante, «
naturaliste », parce qu'elle a pour objet les éléments de la
matière. L' « abstraction pure » et le « réalisme pur », dissocié
au début du siècle, se sont de nouveaux rejoints.
»24
 Encore une fois nous retrouvons cette idée que la « vérité
absolue » (ici la composition même de la matière, l'un des niveaux
les plus poussés du savoir pur) se trouve en plongeant au coeur de
soi (ici Pollock qui voulait s'affranchir de tout lien avec la
réalité pour ne plus représenter que ce qui lui venait le plus
naturellement &ndash; le plus inconsciemment &ndash; à
l'esprit).

<strong>III &ndash; La postérité du mythe dans la culture populaire
contemporaine</strong>

 Nous retrouvons l'idée de trouver la lumière en plongeant
dans les ténèbres dans un certains nombre de figures héroïques de
la culture populaire contemporaine, c'est-à-dire une culture avant
tout tournée vers son public.</p>
<p>
 D'abord, dans le personnage de <strong>Luke
Skywalker</strong> de la saga Star Wars25. Dans
<span style="text-decoration: underline;">Star Wars épisode IV
&ndash; Un nouvel espoir</span>, Luke est envoyé avec un escadron
de petits vaisseaux pour aller envoyer des bombes au coeur de la
base ennemie. Pour cela, il doit viser dans un conduit d'aération
extrêmement petit, tâche très compliquée, que les ordinateurs de
bords des vaisseaux sont supposés faciliter en leur indiquant quand
tirer. Un premier pilote suit ces indications, lance les bombes
et...échoue. Lorsque Luke arrive pour tenter sa chance, il entend
la voix de son mentor décédé (mais présent en lui à travers la
Force) qui lui dit « use the Force, Luke » ("utilise la Force,
Luke"). Autrement dit, il lui dit de faire confiance à lui-même.
Luke déconnecte l'ordinateur de bord, fait confiance à son
instinct, tire...et fait exploser la base ennemie. Autrement dit il
se coupe de toute influence extérieure et trouve en lui la « vérité
».</p>
<p style="text-align: center"></p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"><em>Au cours du film, Obi-Wan Kenobi,
le maître de Luke, </em> <em>l'entraîne à se défendre avec un
casque lui ôtant l'usage de la vue.</em>


 Dans <span style="text-decoration: underline;">Matrix
Revolutions</span>26, <strong>Neo</strong> se fait
aveugler par son nemesis, Smith. C'est précisément à ce moment-là
qu'il va voir la véritable nature des choses dans le monde réel (
auparavant il ne le pouvait que dans le monde virtuel), et va dans
la ville des Machines (pourtant ennemies jurées des humains) pour
apporter la « vérité » (avec son vaisseau le Logos, le verbe, il
porte la bonne parole) et trouver une solution qui dépasse la
querelle hommes/machines.</p>
<p></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><em>En haut à gauche, Trinity ne peut voir qu'une image faussée
(haut droite) tandis que Neo aveugle (bas gauche) réussit à voir
que la ville des machines (ennemies) est en fait construire de
lumière (bas droite).</em>


</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><em>Figure de la <strong>justice</strong> comme une entité
aveugle qui ne s'intéresse pas à l'apparence des choses mais à la
vérité.</em></p>
<p> </p>
<p> Le personnage de <strong>Snake Plissken</strong>
(<span style="text-decoration: underline;">New-York
1997</span>27, <span style=
"text-decoration: underline;">Los Angeles 2013</span>28)
vit dans un futur proche où la plupart des gens ne basent leurs
choix que sur une opposition manichéenne entre un banditisme proche
de la guérilla et un état proche du fascisme. Forcé de faire un
choix, Snake Plissken verra qu'au delà de leur opposition
apparente, les deux groupes ne proposent aucune solution et il a le
courage de rester seul sans se joindre à l'un des deux.</p>
<p style="text-align: left">
<em>A noter que le personnage n'est pas aveugle mais « seulement »
borgne, probablement pour des raisons pratiques et dramatiques.
Remarquons son tatouage de serpent sur le ventre</em></p>
<p style="text-align: left">
Le personnage de Snake se rapproche de celui
d'<strong>Albator</strong>29, pirate de l'espace
pourchassé par le gouvernement terrien de manière injuste ; il
décide néanmoins de défendre le peuple humains contre une invasion
extra-terrestre. Il ne remet jamais en cause son bannissement car
il comprends leurs choix, et accepte ainsi la nature duelle de la
vie.</p>
<p></p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: right;">Comme le personnage de Snake, Albator
n'est « que » borgne. </p>
<p style="text-align: left"> </p>
<p style="text-align: left"><em></em></p>
<p><em>          
 </em></p>
<p style="text-align: left;">Enfin, les personnages de
<strong>Daredevil</strong>30et
<strong>Zatoichi</strong>31montrent comment un défaut à
première vue extrêmement handicapant, peut se transformer en une
force incommensurable. Daredevil fut aveuglé dans son enfance par
un produit chimique qui a développé ses autres sens de manière
surhumaine. Zatoichi est un masseur aveugle, combattant à ses
heures (toujours pour une cause juste), qui sait tirer parti de ses
autres sens et être l'une des plus redoutables lames de son
pays.</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;">
CONCLUSION

Nous avons vu qu'à travers différentes versions du mythe de
Tirésias se cachaient en réalité une seule et même vision du
personnage du devin aveugle. En nous appuyant sur la psychologie
sociale et la psychanalyse jungienne nous avons pu constater à quel
point l'idée fondamentale à l'oeuvre dans le mythe correspondait à
des « réalités humaines » auxquelles chacun est confronté chaque
jour, ce qui peut expliquer le nombre de personnages de la culture
populaire contemporaine qui semblent reprendre certaines de ses
caractéristiques.</p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: right;"><em>Elsa Chardon & Jean-Thomas
Miquelot </em></p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: left;"><em>Note : j'espère que
Corenaïr ne m'en veut pas trop pour lui avoir piqué ses captures de
Matrix Revolutions...</em></p>
<p style="text-align: left;"> </p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href=
"http://forum.toutlecine.com/rafik-djoumi-0_445170_0_1_0_1_0_0.htm">
Discuter de cet article sur le forum de
Rafik</a> </strong></p>
<p> </p>
<p>1 : Ovide, Les métamorphoses, (ed. Gallimard,
1992)</p>
<p>2 : Hygin, Fables (Paris, Les belles lettres, 1997), LXXV,
Tirésias</p>
<p>3 : Callimaque, Epigrammes, Hymnes (Paris, Les belles
lettres, 1948), Hymne pour le bain de Pallas</p>
<p>4 : Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, chants XX-XXIV,
tome VIII (Paris, Les belles lettres, 1994), chant XX</p>
<p>5 : Joseph Campbell, The masks of gods vol. III
Occidental Mythology, Pinguin Compass, 1991 (1ère ed.
VikingPenguin, 1964), traduction depuis
l'anglais, p.96</p>
<p>6 : <em>idem</em></p>
<p><em>7 : idem</em>, p.26</p>
<p>8 : <em>idem</em></p>
<p>9 : <em>idem</em>, p.171</p>
<p>10 : <em>idem</em>, p.27</p>
<p>11 : <em>idem</em>, p.26</p>
<p>12 : David Myers et Luc Larmache,
Psychologie sociale (Chenelière/McGraw-Hill, 1992)</p>
<p>13 : <em>idem</em>, p.196</p>
<p>14 : <em>idem</em>, p.197</p>
<p>15 : <em>idem</em></p>
<p>16 : <em>idem</em>, p.201</p>
<p>17 : <em>idem</em>, p.300 (this is madness
!)</p>
<p>18 : <em>idem</em>, p.133</p>
<p>19 : <em>idem</em>, p.421</p>
<p>20 : Carl G. Jung & autres, L'homme et ses symboles
(Robert Laffont, 1964), p.168</p>
<p>21 : <em>idem</em>, p.169</p>
<p>22 : <em>idem</em>, p.51</p>
<p>23 : <em>idem</em>, p.49</p>
<p>24 : <em>idem</em>, p.265</p>
<p>25 : George Lucas (1977, 1999, 2002, 2005), Irvin Kershner
(1980) et Richard Marquand (1983)</p>
<p>26 : Wachowski, 2003</p>
<p>27 : John Carpenter, 1981</p>
<p>28 : John Carpenter, 1996</p>
<p>29 : Leiji Matsumoto, 1978</p>
<p>30 : personnage Marvel créé en 1964 par Stan Lee et Bill
Everett</p>
<p>31 : <span style="text-decoration: underline;">Zatôichi
monogatari</span> de Kenji Misumi, 1962, on compte à ce
jour 28 adataptations filmiques du personnage</p>
]]></description>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com/6851/Tiresias-ou-l-aveugle-qui-voit/</link>			<comments>http://janto.blog.toutlecine.com/Tiresias-ou-let-039-aveugle-qui-voit-27112008-162528-lp-6851.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://janto.blog.toutlecine.com/6851/Tiresias-ou-l-aveugle-qui-voit/</guid>			<pubDate>Thu, 27 Nov 2008 16:25:28 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Analyse 1001 pattes - pression sociale]]></title>			<description><![CDATA[<p>Et c'est reparti ! Désolé pour ce retard, non pas que j'ai eu un calendrier chargé (l'inverse en fait) mais dès que le mot &ldquo;vacance&rdquo; s'active dans mon cerveau, je me transforme en une sorte de grosse larve visqueuse qui rampe pathétiquement sur le sol en direction du frigo.Aujourd'hui, Flik est directement confronté aux gérants de la colonie, l'occasion de voir sa place un peu plus en détail.En utilisant son invention pour faire la cueillette plus rapidement, Flik a accidentellement assommé la princesse...</p>
<p>P48L'organisation spatiale ne change pas avec avant : la colonie est à l'extrême droite tandis que « le reste » se trouve à gauche (ce qui inclut ici les herbes dans lesquelles Flik fait la cueillette).Se rendant compte de sa boulette, Flik se précipite pour aller sur les lieux de son « crime », se déplaçant logiquement vers la droite du cadre...</p>
<p>P48...et raccorde avec un plan sur quelques gérants de la colonie qui regardent Flik arriver.</p>
<p>P49On passe ainsi d'un plan large avec Flik seul courant vers la droite à un plan plus rapproché avec trois gérants dans le cadre regardant vers la gauche. Cette différence « évidente » créé un choc qui nous informe intuitivement de l'opposition Flik/pouvoir de la colonie, opposition qui est appuyé par les têtes des gérants (pas très content) et de l'exclamation de l'un d'eux : « Oh...it's Flik. » (« Oh...c'est Flik. »).Notons enfin que pour bien marquer le passage d'une zone périphérique &ndash; zone de la cueillette -  à la zone de la colonie &ndash; zone des gérants -, les réalisateurs ont pris bien soin de ne  rien cadrer de la colonie dans le plan sur Flik (on voit des brins d'herbes que nous avons assimilé à la périphérie de la colonie), et de bien mettre les ouvriers en ligne derrière les gérants (que nous avons précédemment assimilés au lieu de vie de la colonie).On revient rapidement sur Flik qui arrive.</p>
<p>P50 (1)Ce plan sert à bien faire sentir l'arrivée de Flik dans la zone de la colonie : on retrouve ainsi les herbes de la périphérie au fond à gauche du cadre, tandis que les ouvriers en ligne et même l'entrée de la colonie se situent milieu et droite cadre, rajouté au « lieu du crime » que l'on distingue à l'avant-plan à droite (cette jointure est beaucoup plus parlante en mouvement puisque l'arrivée de Flik est marquée d'un panoramique d'accompagnement).Une autre idée venant de ce plan est que Flik « descend de sa colline ». Comme nous l'avons vu dans l'analyse précédente, Flik est quelqu'un d'un peu étranger à la colonie, de différent. Ici, sa descente peut très bien se lire comme le passage entre son état joyeux d'inventeur (sa présentation en action est accompagnée d'une musique jazzy assez cool) et son état de fourmi « normale » qui doit faire face à ses responsabilités.Flik continue de descendre...P50D (2)...en arrivant en bas, il se tourne sur sa gauche ce qui fait que la machine qu'il porte sur son dos fait un mouvement rotatif vers la droite du cadre, utilisé comme raccord mouvement pour changer de plan.P51 (1)P51 (2)Ce raccord mouvement n'a pas pour unique but de nous rapprocher des personnages en vue d'une séquence de dialogues, car si vous regardez bien, que fait Flik ?Il balaie les autres gérants de la colonie, il les sort du cadre ! (son cadre, ce sur quoi il est concentré).Autrement dit, ce que les réalisateurs viennent de nous dire, c'est que Flik se fiche complètement de l'autorité, il n'a aucune considération pour les gérants de la colonie, la seule personne qui l'intéresse ici, c'est la personne qu'il a accidentellement blessé (parce qu'au fond, c'est un type bien).P52Le raccord entre les plans 51 et 52 s'effectue sur le cri de surprise que pousse Flik lorsqu'il réalise que la personne qu'il a accidentellement blessé n'est autre que la princesse Atta, c'est-à-dire l'une des plus éminentes représentante de l'autorité qu'il vient pourtant de balayer !Et que voit-on en arrière-plan ?Le tas d'offrande de nourriture, c'est-à-dire ce à quoi chaque ouvrier de la colonie doit contribuer (ce qui nous a été exposé dans l'introduction du film). Autrement dit, Flik redevient pendant un court moment un simple ouvrier soumis à l'autorité des gérants de la colonie.Une autre lecture du plan (et de la grimace de Flik) est que Flik éprouve déjà de l'affection pour la princesse Atta, et que le fait de l'avoir blessé, elle, revient à s'être blessé lui-même.P53Le plan qui suit se fait sans réel raccord mouvement (ou en tout cas pas au même niveau que les précédents), et c'est cette diminution de l'importance du raccord qui nous intéresse ici : Flik ne contrôle plus son environnement, il ne maîtrise donc plus l'enchaînement des plans, et en étant remis à sa place de simple ouvrier, il dépend totalement des décisions des gérants (donc de la princesse Atta), d'où la (relative) imprévisibilité de la coupe qui dépend de la décision d'Atta d'agir ou non.Mais au lieu de ramener Flik à l'ordre, de le sermonner ou le blâmer, que fait la princesse Atta ?« What are you doing ?! » (« qu'est-ce que tu fabriques ?! »)Et que fait Flik ?Il reprend confiance en lui parce qu'il sait au plus profond de lui-même qu'il est « bon » à ce qu'il fait (c'est-à-dire les inventions), ce qui se traduit par une reprise de contrôle des raccords.Le premier raccord qui suit se situe au niveau sonore, puisque Flik répète deux fois « Oh ! », une fois juste avant la coupe, et une fois juste après, assurant ainsi le « joint » entre les deux plans.</p>
<p>P54 (1)A partir du raccord entre les plans 53 et 54, une nouvelle logique vient se mettre à l'oeuvre quand Flik présente ses inventions.C'est très simple : raccord mouvement = Flik contrôle / pas de raccord mouvement = pression sociale des gérants[Remarquons que le plan 54 est un plan large, montrant en quelque sorte le Flik « libéré » qui contrôle son environnement.]Pour montrer à la princesse son invention, Flik se tourne, raccord mouvement ?P54 (2)Non, et pourtant c'eût été « évident », mais les réalisateurs ont prit bien soin d'attendre que le mouvement se soit arrêté pour changer de plan.</p>
<p>P55Princesse Atta : « Flik, we don't have time for this ! » (« Flik, on n'a pas le temps pour ça ! »)La princesse le rappelle à l'ordre (ce qui était induit par l'absence de raccord mouvement), mais Flik s'en formalise-t-il ?</p>
<p>P56Non ! Ravi de pouvoir répondre aux objections de la princesse, Flik est plus grisé que jamais, la coupe vers le plan 56 se fait donc dans un mouvement (quand il se retourne).Il parle, parle, parle (et donne mine de rien un grand nombre d'informations importantes concernant l'offrande), et pendant ce temps-là, d'autres gérants ne le voient pas d'un bon oeil...</p>
<p>P57Inutile de préciser que la coupe se fait sans raccord mouvement...néanmoins cette coupe pose un léger problème de mise en scène : nous avons quitté un Flik positif en contrôle sans raccord mouvement, il nous est donc impossible de revenir directement le voir comme il était avant (en train de discuter avec Atta). La solution est aussi « simple » et « évidente » qu'ingénieuse : remettre Flik sous une pression sociale directe, c'est-à-dire Atta.</p>
<p>P58Et comme nous l'avons vu jusque là, lorsque la pression sociale s'abat sur Flik, le plan est serré.Mais une fois Encore, Flik ne perds pas sa motivation, et dans un raccord presque identique à celui entre les plans 55 et 56, il se « libère » de la pression sociale pour arriver au plan 59.</p>
<p>P59 Au passage, arrêtons-nous pour « contempler » une brillante astuce scénaristique pour présenter le côté inventeur du personnage de Flik. Jusqu'ici, nous l'avons vu avec une invention, ce qui paraît bien mince pour un personnage dont la principale caractéristique est l'inventivité. Au plan 58, la princesse Atta s'exclame « An other invention ? » (« une autre invention ? ») avec un ton tellement désespéré que l'on comprends qu'il y en a eu un certain nombre derrière. Mais cette information n'est passé que par un dialogue, ce qui est très (trop !) faible pour LE point-clé du personnage.Alors qu'on fait les scénaristes ? C'est très simple, ils ont juste fait suivre la réplique d'Atta sur ses inventions, par la construction d'une nouvelle invention (le télescope).A partir de là, nous n'avons aucun problème à sentir le personnage comme profondément inventif, quand bien même nous ne l'avons vu qu'avec deux inventions...Mais revenons à nos moutons (oui je sais, c'est des fourmis, oh oh oh, on peut continuer ? merci).Flik entre dans sa phase de contrôle la plus élevée lorsqu'il construit son télescope, puisqu'il va cette fois-ci changer de zone.</p>
<p>P60 Il commence par sortir de champ à droite du cadre du plan 59 pour entrer immédiatement par gauche cadre dans le plan 60, puis ressort à gauche du cadre du plan 60, rentrant immédiatement dans cadre du plan 61 par la droite.</p>
<p>P61 Mais attention ! Le plan 61 n'est pas au même endroit que le plan 59, puisqu'il se situe avec les deux gérants grincheux qui avaient déjà jeté un regard désapprobateur plus tôt dans la scène.Autrement dit, il s'agit d'une réapparition de la pression sociale, Flik ne contrôle donc plus le cadre. Il sort par la gauche du cadre, mais le plan de change pas immédiatement.P62 (1) Il faut donc attendre quelques micro-secondes avant de voir le changement de plan, mais quand changement de plan il y a, nous avons tout de même droit à une demie entrée de champ (il est déjà présent dans le cadre, mais avance quand même au début du plan). Autrement dit, ce que les réalisateurs nous ont fait sentir, c'est que Flik passe « au dessus » de la pression sociale tellement il est pris par sa passion.Mais ça n'est pas finit ! Car dès lors, deux « infractions » vont se produire.D'abord, une fois que Flik montre son oeuvre finie, nous avons un plan d'autres gérants en train de regarder.P62 (2)P63Ainsi, nous voyons le regard d'autres gérants sans raccord mouvement, en plan large (jusqu'ici c'était des plans serrés), et...positifs. Ce plan sur la reine âgée (qui avec l'âge a dépassé le concept d' « ennemi ») et la petite Dot (trop jeune pour être corrompue par la pression sociale) nous montre que certaines personnes sages (à leur manière) peuvent voir le bien chez d'autres personnes, indépendamment des considérations de correct/pas correct ou même d'utilité.La deuxième infraction, c'est lorsque Flik lui-même « provoque » un plan beaucoup plus serré (jusqu'ici associé au désaccord et à la pression sociale), ici la vue subjective de lui en train de regarder Atta à travers le télescope.P65 Ce que ces deux infractions veulent dire, c'est que Flik a progressivement réussi à « contrôler » son environnement de façon tellement profonde qu'il peut transformer ce qui était alors négatif (absence de raccord mouvement, plan serré, regard des gérants) en quelque chose de positif.Cet aspect de concilier les extrêmes se retrouve dans un autre point que j'ai volontairement passé sous silence jusqu'ici, et que vous avez peut-être deviné.Depuis le début de la présentation des inventions de Flik, le dialogue entre Atta et Flik se faisait très simplement :Flik : plan largeAtta : plan serréFlik : plan largeAtta : plan serréetc.Et pendant que nous pensions en terme d'opposition pure et simple, de légères modifications de cadre ont été faites. Jugez plutôt :P55P57Et de l'autre côté :P54P60</p>
<p>Vous ne remarquez rien ? Les plans conduits par Atta, à l'origine rapprochés, s'élargissent progressivement, tandis que les plans conduits par Flik, à l'origine larges, se rapprochent, tout ça pour arriver à ce plan :P62B Ce plan donc, qui est le parfait juste milieu entre les plans rapprochés d'Atta et les plans larges de Flik, nous faisant sentir la réussite de Flik pour concilier les extrêmes (ici : faire des choses mal vues par la colonie pour au final lui être utile), ce qui est l'un des buts des héros.Mais seulement voilà, Flik a beau être doué, il a beau réussi à montrer que son télescope marche et la reine et la petite princesse ont beau avoir souri, la pression sociale est tellement forte, l'aveuglement tellement immense, qu'il n'aboutit à rien d'autre que le rejet total de Flik.</p>
<p>P66 Ainsi les deux gérants grincheux viennent se mettre entre Flik et Atta, soit l'enjeu majeur de la séquence (Flik venant se faire pardonné de l'accident).Il est important de noter que l'arrivée des deux gérants coïncide avec une flatterie de Flik : « Hello princess ! My...! Ain't you looking lovely this morning !  Not of course you would need a telescope to see that... » (« Bonjour princesse, vous êtes vraiment belle ce matin ! Même si évidemment on n'a pas besoin de télescope pour voir ça... »).La flatterie de Flik peut se voir (et être perçue par les autres gérants) comme une tentative de sa part pour sortir de sa condition d'ouvrier (il flatte la deuxième personne la plus importante de la colonie), et l'intervention des gérants peut très bien être le rappel à l'ordre d'une société dictée par des règles qui dépassent les individus eux-mêmes (les gérants ne font que respecter le code social, ni la princesse, ni la reine n'ont exprimé de vive désapprobation envers Flik).Toute la scène a été construit selon un prince d'alternance positif/négatif allant en grandissant, Flik allant toujours plus loin dans la démonstration de son invention, tandis que la pression sociale (c'est-à-dire son ennemie jurée) augmente encore et encore jusqu'à atteindre les cimes de la mauvaise foi (les gérants grincheux refusent d'écouter Flik, ils ne se basent que sur des principes peu adaptés à la situation).</p>
<p>P68 Flik a tout donné mais est malgré tout sommé de partir, il n'a plus d'autre solution que d'obéir...P70 ...et il repart dans les herbes d'où il venait. Retour à la case départ, Flik est rejeté...par tout le monde ? Non, mais ça, c'est pour la prochaine fois...</p>
<p style="text-align: left;"><em>A suivre...</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Jean-Thomas Miquelot </em></p>
<p style="text-align: right;"> </p>]]></description>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com/4905/Analyse-1001-pattes-pression-sociale/</link>			<comments>http://janto.blog.toutlecine.com/Analyse-1001-pattes---pression-sociale-14092008-193459-lp-4905.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://janto.blog.toutlecine.com/4905/Analyse-1001-pattes-pression-sociale/</guid>			<pubDate>Sun, 14 Sep 2008 19:34:59 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[wall.E ou le robot à la recherche de son âme]]></title>			<description><![CDATA[<p>      Wall.E est sans doute le
meilleur blockbuster de cet été pourtant
chargé. Depuis 1995 et la sortie de Toy Story, Pixar a
constamment su se réinventer et évoluer en
évitant tous les pièges que tout le monde leur
prédestinait ; en restant fidèles à
eux-mêmes, à leurs idéaux, leurs rêves et
leur passion, ils ont su créer des films parmi les plus
marquantes de ces 13 dernières années, et ils ont
appliqués cette philosophie à l'intérieur
même de leurs films. Depuis, ils semblent avoir
été traversé par une crise de conscience : la
civilisation moderne court à la catastrophe, et il faut le
faire savoir.

      Un tel sujet n'est pas sans risques. D'abord
parce qu'il risque de tomber dans le didactisme le plus crasseux,
ensuite parce qu'à la fois tellement proche et tellement
loin de nous, une quelconque réflexion dessus risquerait de
faire sortir le spectateur du film pour ne plus l'impliquer
qu'à un niveau intellectuel. La solution : proposer un
entertainment de qualité, laisser le discours politique en
arrière-plan ou en sous-texte, et multiplier les niveaux de
lecture. C'est maintenant qu'entre en scène Wall.E.

      Wall.E est un robot qui ne fait
qu'exécuter une action vide de sens et d'efficacité
(premier niveau, apparence sociale), en réalité il
est un être mélancolique qui passe ses soirées
à rêver tout seul (deuxième niveau, état
réel des choses). Il est un robot qui range les ordures pour
nettoyer la Terre (premier niveau, projection dans le futur), mais
aussi un être prisonnier de sa fonction sociale, conçu
pour faire encore et encore la même action inutile
(deuxième niveau, transposition dans le présent).
Cette multiplication des niveaux de lecture ne s'arrête pas
là, puisque outre les personnages, les actions prennent
souvent un sens nouveau à la lumière d'une autre
action, et, film de science-fiction oblige, la direction artistique
joue un rôle majeur dans la compréhension de l'univers
et la mise en place des enjeux « de
fond ».

      Mais tout cela ne serait absolument rien s'il
n'y avait pas derrière un vrai scénario pour tenir le
tout, et heureusement : c'est le cas. Car ce qui frappe à la
vision de Wall.E, c'est à quel point tout semble simple et
facile. Le film ne compte absolument aucun moment inutile, pas une
seule scène ne dure trop ou pas assez longtemps, aucun
dialogue ou regard n'est en trop ; rien de ce qui sert à
guider la pensée du spectateur n'est trop lourd (ni lourd du
tout d'ailleurs). Quiconque s'est déjà posé un
jour trois questions sur les mécanismes narratifs ne pourra
qu'être ahuri devant la qualité exceptionnelle du
scénario dont la simplicité apparente n'a
d'égal que sa perfection (le meilleur scénario Pixar
à n'en pas douter). Et là où on pouvait
reprocher à Ratatouille quelques problèmes de rythme
ou une fin à rallonge un brin lourdingue (en tout cas au
regard de la qualité de ce qui précédait),
Wall.E est absolument exempt de défauts de scénarios,
à tel point que l'on pourrait utiliser sans trop se tromper
le mot « parfait ».

      Malheureusement, cette perfection
scénaristique n'est pas égalée par la
qualité de la réalisation. Car aussi efficace, claire
et dynamique qu'elle soit, Stanton ne transcende jamais son sujet
par elle et semble se reposer sur une caméra purement
narrative, jamais émotionnelle. Cela ne veut pas dire que le
film ne compte aucun moment de grâce (il y en a un paquet),
mais juste qu'il se contente d'obéir efficacement aux
besoins de son histoire, de ses personnages et de l'ampleur
graphique de son univers. Bref, à ce niveau-là
Stanton n'égale pas Bird, mais heureusement pour lui (et
pour nous) le film franchit un nouveau pas dans la qualité
graphique et d'animation. Non seulement les textures et les
animations sont plus crédibles que jamais, mais en plus le
travail fait sur la « caméra » du film
pour donner la sensation d'images filmés donne
réellement le sentiment de voir une histoire capturée
par des objectifs et de la pellicule. Ce qui pourrait sembler
n'être qu'un gadget prétentieux de la part de gens qui
s'amusent avec leurs jouets de luxes, aboutit en
réalité à un changement majeur dans la
perception du film : plus question d'admirer la technique du film,
lorsque Wall.E joue avec ses chenilles, on ne regarde pas un
fantastique travail d'animation, on regarde un robot triste qui
passe le temps comme il peut, et qui joue avec ses chenilles ! A
partir de là, le film offre une suspension
d'incrédulité totale et se vit en immersion
complète sans aucun moment pour reprendre son souffle, et
sans aucun moment pour se détacher du personnage
principal.

      Car au delà de toute signification,
propos ou thème, ce qui rend Wall.E si attachant, c'est
qu'il est à la fois fort, débrouilleur, volontaire et
courageux, mais aussi naïf, timide, innocent et
dépourvu de la moindre dose de cynisme. Incarnation de
l'innocence (ou volonté d'innocence) qui sommeille en chacun
de nous, Wall.E est la force tranquille qui réclame son
droit le plus élémentaire : vivre. Mais cette
réclamation ne vient pas (et ne peut pas venir) tout de
suite, car il commence prisonnier de son statut social,
condamné à ranger encore et encore des
détritus sans que cela ait l'air d'avoir le moindre impact
sur son environnement, et rêve doucement chaque soir en
regardant un film qui lui laisse espérer une vie
meilleure.

      L'arrivée d'Eve viendra reconfigurer
les règles de son petit monde en mettant à sa
portée un rêve qu'il croyait inaccessible. En
accédant au bonheur (ou à l'espoir du bonheur),
Wall.E s'est transformé et a trouvé sa raison de
vivre, une raison de vivre pour lequel il est prêt à
se battre quitte à y laisser ses boulons, et c'est en
trouvant cette raison de vivre que Wall.E réussit finalement
à accéder à son âme (celle dont il
rêve chaque soir devant son écran) et à
résoudre les conflits. A travers cette histoire simple,
Pixar semble nous mettre en garde contre la vie moderne qui finit
par faire de nous des zombies sans âmes plongés dans
un demi-sommeil, et c'est cette absence d'âme qui nous rend
capable de faire ce que nous faisons à notre Planète.
Le cinéma sauve l'âme qui sauve la planète, qui
a dit que les histoires étaient une perte de temps
?</p>
]]></description>			<link>http://janto.blog.toutlecine.com/4229/wall-E-ou-le-robot-a-la-recherche-de-son-ame/</link>			<comments>http://janto.blog.toutlecine.com/wall-E-ou-le-robot-a-la-recherche-de-son-ame-24072008-103102-lp-4229.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://janto.blog.toutlecine.com/4229/wall-E-ou-le-robot-a-la-recherche-de-son-ame/</guid>			<pubDate>Thu, 24 Jul 2008 10:31:02 +0200</pubDate>		</item>	</channel></rss>