<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom">		<title>http://janto.blog.toutlecine.com</title>		<id>http://blog.toutlecine.com/</id>		<link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://janto.blog.toutlecine.com/atom.xml" />		<subtitle><![CDATA[Aimons le cinéma]]></subtitle>		<rights>Copyright (c) 2006, Hi-pi</rights>		<generator>Hi-pi ATOM generator</generator>		<author>			<name>Hi-pi</name>			<uri>http://janto.blog.toutlecine.com</uri>		</author>		<updated>2009-02-16T15:04:58+01:00</updated>		<entry>			<title>The insider - analyse Bergman/Cheick</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p></p>
<p>Aujourd'hui (enfin je dis ça, ça
sonne comme si je faisais une mise à jour régulièrement...), nous
allons nous intéresser à un film du très respecté Michael Mann :
<strong>The Insider</strong> (aka <strong>Révélations</strong> en
français). Ce qui nous intéresse ici, ce sont les scènes de
dialogues (assez incroyables, il faut bien le dire), et notamment
la première entre Al Pacino et le Sheikh.</p>
<p></p>
<p>Le générique d'introduction nous a
montré un homme portant un bâillon, dans une voiture conduite (et
escortée) par des gens armés qui font visiblement autorité dans les
rues qu'ils traversent (on peut voir qu'ils n'ont aucun souci à
conduire à toute allure dans des petites rues et que les barrages
tenues par des militaires les laissent passer sans problème).</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p>Jusque là, le personnage d'Al Pacino
(aka Lowell Bergman, mais pour le moment nous n'en savons rien) est
en position de faiblesse et tout porte à croire qu'il est tenu en
otage par les gens armés.</p>
<p></p>
<p>Des gens le sortent de la voiture et
le conduisent à l'intérieur.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Maintenant voici un plan un peu
étrange.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Les plans précédents ont établi que
la direction du «» de Pacino est de la droite
vers la gauche. Ici, la porte est située droite cadre, il serait
donc logique que Pacino en sorte (escorté) puis se dirige vers la
gauche, d'autant que le plan reste pendant quelques secondes sans
rien.</p>
<p>Au bout de quelques secondes, on
aperçoit une ombre sur le mur qui bouge et Pacino entre dans le
champ par la droite...mais pas par la porte ! Le spectateur a cru
un instant maîtriser ce qui allait se passer, mais il n'en est
rien.</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p>Michael Mann n'a brisé aucune
«», il ne s'est pas amusé à détruire la
compréhensibilité de la scène, mais via cette subtilité infime il
parvient à établir émotionnellement le fait que Pacino ne contrôle
rien : il n'est <em>pas</em> dans son monde, il ne maîtrise
<em>pas</em> les règles, il n'a <em>aucune</em> carte en main, et
lorsqu'il s'assoit en face du Sheikh, il est l'homme le plus faible
du monde.</p>
<p>Pacino est emmené au fond du couloir
à droite et il sort du champ, pour réapparaître dans un autre plan
qui raccorde géographiquement avec ce qu'on vient de voir (même si
nous ne faisons que le déduire).</p>
<p></p>
<p>Al Pacino est emmené et il traverse
le cadre de gauche à droite...</p>
<p></p>
<p>...et il révèle en passant la
présence du Sheikh, lui donnant ainsi une entrée de champ
"naturelle" (ça n'est pas un effet de caméra) et qui lui donne une
certaine puissance (le Sheikh est dans le cadre avant que nous le
sachions, et il n'a rien à faire pour se faire voir).</p>
<p>Petit détail important : la majorité
des plans montrant Al Pacino en voiture indiquent une direction
vers la gauche. Quand il est sorti de la voiture pour entrer dans
le bâtiment, c'est aussi vers la gauche, et le premier plan à
l'intérieur du bâtiment le montre toujours emmené vers la
gauche...jusqu'à ce qu'ils tournent à droite au fond du couloir
(voir trois captures plus haut) juste avant de rencontrer le
Sheikh.</p>
<p>Autrement dit, les directions nous
informent de l'importance du Sheikh <em>avant même que l'on ne l'ai
vu</em>, et lorsque nous le voyons pour la première fois nous
n'avons absolument aucun mal à saisir l'idée que cet homme assis
dans une salle poussiéreuse sur une chaise quelconque est un
personnage d'une extrême importance.</p>
<p></p>
<p>Al Pacino est ensuite assis sur la
chaise en face du Sheikh.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Pacino reste un peu perdu pendant
quelques instants, il ne sait pas où il est et on sent qu'il se
pose des questions. Mais cet état sera dissipé par la question du
Sheikh :</p>
<p>"coffee ?" ceà quoi Pacino réponds
"yeah, thank you", suivi du premier gros plan sur Pacino de la
scène.</p>
<p></p>
<p>Ce premier gros plan nous montre
deux choses : 1) Pacino regagne de sa "puissance, et 2) que cette
"puissance" passe (pour le moment) par le Sheikh puisqu'il a fallut
attendre sa demande pour avoir ce gros plan.</p>
<p>Quelques plans plus tard, arrive
ceci :</p>
<p></p>
<p>le Sheikh est montré comme puissant,
il contrôle la scène, il est en lumière, il est physiquement dans
une bonne position (là où Pacino est un peu courbé). Au niveau du
dialogue, il est en train de demander à Pacino pourquoi il devrait
accorder une interview à "pro-sionist american media", et le ton
utilisé dénote un certain mépris pour ce que représente Pacino.</p>
<p>C'est là que Pacino commence à
répondre, il contre-attaque et lance la première salve. Il est
calme, calculé, sa réponse est savamment argumentée et le présente
comme un homme réfléchi.</p>
<p>Au niveau des plans, cela se traduit
par un retour à la première situation :</p>
<p></p>
<p>Ce plan nous ramène au début de
l'échange, ce qui indique la capacité de Pacino à repousser
l'attaque du Sheikh : Pacino sait que le <em>Sheikh</em> a besoin
de <em>lui</em>.</p>
<p>Restant sur ses gardes, le Sheikh
émet ses doutes : "<em>Perhaps you prove journalism objectivity and
I see the questions first. Then I decide if I grant the
interview.</em>", mettant ainsi en péril le contrôle (relatif) que
Pacino vient de regagné. Il doit donc lancer la deuxième attaque,
la grande, celle qui fera trembler les murs et qu'on entendra
jusqu'à la lune (au moins) : car Pacino va maintenant défendre son
honneur, sa raison d'être, son intégrité, il va défendre ses
qualités, celles qui vont lui permettre d'aller si loin avec le
personnage de Wigand pendant le film, inutile de dire que les
enjeux sont grands !</p>
<p>Tout commence tranquillement par un
petit zoom avant assez discret sur Pacino qui commence son discours
: il gagne de la force, il contrôle la caméra, le Sheikh perd de
l'importance dans le cadre.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Et puis là pouf, le grand jeu :
raccord dans l'axe, Pacino en gros plan ! Aucun doute à avoir,
Pacino sait de quoi il parle, et ça lui tient à coeur de le
dire.</p>
<p></p>
<p>Ce raccord (assez abrupt) montre
même que Pacino n'est plus dirigé vers le Sheikh (il regarde vers
la droite du cadre, le Sheikh est à gauche), montrant son
indépendance par rapport à tout le monde (et spécialement par
rapport aux forces politiques, ce qu'est le Sheikh).</p>
<p>Mais là, on n'a encore rien vu, car
Pacino va sortir le grand jeu, le vrai, celui qui fait mal,
attention... :</p>
<p></p>
<p>Boum ! Inversion d'axe ! Jusque là
Pacino était à droite, le Sheikh était à gauche, et voilà que
Pacino est à gauche, et le Sheikh à droite. Ce genre de chose se
fait rarement (du moins volontairement), sans au moins s'assurer
d'expliciter le changement d'axe. Ici rien, que dalle, le
changement est direct et très abrupt. Ce n'est pas nouveau (John
Ford faisait déjà ça) mais ça reste osé, et surtout ça reste
efficace. Ici, l'inversion d'axe correspond à la prise de pouvoir
de Pacino qui devient tout d'un coup l'égal du Sheikh, situation
indispensable à la bonne réalisation de l'interview.</p>
<p>Cette situation d'égalité se
retrouve dans les deux plans suivant :</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Les deux personnages sont cadrés
similairement, chacun héritant de la place en amorce et au centre
du cadre. L'interview va pouvoir se dérouler.</p>
<p>Plus tard dans la scène, le Sheikh
va partir laissant Al Pacino et son technicien (que l'on voit dans
le fond du cadre trois captures plus haut) pour préparer la réalité
technique de l'interview.</p>
<p>Plus important, Al Pacino va
téléphoner, et pour ce faire il va vers la fenêtre et en tire les
rideaux, de sorte qu'il téléphone devant un arrière-plan de ville
("ville" renforcée par les sons de klaxon quand il ouvre les
rideaux), ce qui va avoir son importance dans le film : Pacino est
un homme de la lumière, il est un homme de la vérité, et il est un
homme de l'opinion public. Le combat du film va maintenant pouvoir
commencer.</p>
<p></p>
<p></p>
<p><em>Jean-Thomas
Miquelot</em></p>
				</div>			</content>			<id>http://janto.blog.toutlecine.com/8401/The-insider-analyse-Bergman-Cheick/</id>			<link href="http://janto.blog.toutlecine.com/8401/The-insider-analyse-Bergman-Cheick/" />			<author>				<name>janto</name>				<uri>http://janto.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2009-02-16T15:04:50+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Speed Racer - franchissement d'axe</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p> Ceci n'a pas pour but d'analyser
l'intégralité du film mais de faire une simple remarque sur une
petite tricherie utilisée par les Wachowski dans leur génialissime
<strong>Speed Racer</strong>. Il est préférable
d'avoir vu le film pour profiter du "truc", mais aucune révélation
ne se trouve dans l'article.Note : pour avoir les photos en HD,
cliquez sur les images.</p>
<p> Lors d'une course en montagne,
Speed sort de route et dévale la montagne.</p>
<p></p>
<p>Puis la voiture de Speed saute pour aller de
l'autre côté.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Arrive alors un plan depuis le côté gauche qui
montre l'atterrissage de la voiture :</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Puis Speed remonte la pente, ça commence sur son visage...</p>
<p></p>
<p>
Et ça continue avec son pied (esprit =
pied)</p>
<p></p>
<p>Pied = roue</p>
<p></p>
<p>Roue = voiture</p>
<p>
</p>
<p>Et de là il revient sur la route pour donner une petite leçon au
concurrent qui avait provoqué sa sortie de route.</p>
<p></p>
<p></p>
<p>Si j'ai bien fait mon boulot, vous ne vous êtes rendu compte de
rien : vous venez d'assister à une séquence banale (même sans notion de """"réalisme""""), servie par un
découpage élégant mais finalement assez simple.</p>
<p>Sauf que...</p>
<p>Sauf que lorsque Speed a quitté la route, il a dévalé la
montagne pour sauter sur le versant d'en face. Et quand il revient
donner sa leçon au concurrent, il n'a pas re-sauté sur le versant
d'où il venait, et il est très peu probable que le concurrent ait
pu changer de versant, ne serait-ce parce qu'ils se trouvent à des
altitudes élevées où les montagnes ne communiquent plus entre elles
(ou tout simplement parce qu'à aucun moment les Wacho ne nous l'ont
montré changer de versant).</p>
<p>Autrement dit, nous venons d'assister à une énorme incohérence,
incohérence que pourtant personne n'a remarqué !</p>
<p>Ce qu'on fait les Wachowski, c'est jouer sur les directions :
lorsque Speed descends, c'est vers la gauche. Lorsqu'il remonte,
c'est vers la droite, ce qui donne au spectateur la <span>sensation</span> que Speed a dévalé
et remonté le <em>même</em> versant (ce qui est objectivement
faux). Le changement de direction a pu être opéré grâce au plan
d'atterrissage de la voiture : de face, il permet de faire la
transition entre la gauche et la droite. Lorsque Speed se lance sur
le versant opposé, c'est vers la gauche, mais nous ne le voyons
jamais monter ce versant vers la gauche (uniquement vers la
droite), c'est-à-dire qu'émotionnellement nous ne l'associons pas à
la gauche mais à la droite, le côté d'où vient Speed et où se
trouve la route de son concurrent, ça n'est pas le versant opposé
!</p>
<p>Par cette pirouette, les Wachowski économisent ainsi le fait
soit de montrer le concurrent prendre une route qui (ô chance !)
serait justement au dessus de la pente que remonte Speed, soit de
montrer Speed re-sauter sur son versant d'origine tout en restant
dirigé vers le haut pour remonter (ce qui l'obligerait à faire un
demi-tour à 180° sur une pente pareille sans perdre sa vitesse,
essayez d'imaginer la scène...). Ils réussissent à créer à l'écran
quelque chose qui est impossible, mais qui par la magie du langage
cinématographique finit par couler de source.</p>
<p></p>
<p><strong>
Discuter de cet article sur le
forum</strong></p>
				</div>			</content>			<id>http://janto.blog.toutlecine.com/6916/Speed-Racer-franchissement-d-axe/</id>			<link href="http://janto.blog.toutlecine.com/6916/Speed-Racer-franchissement-d-axe/" />			<author>				<name>janto</name>				<uri>http://janto.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-12-03T11:31:21+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Tirésias ou l'aveugle qui voit</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p></p>
<p>A la base il s'agit d'un devoir de Mythologies (oui je suis à la
fac !), et comme j'aborde dans la troisième partie ses répercussion
sur des personnages de cinéma, j'ai trouvé intéressant de le
publier ici. A noter que je ne l'ai pas réalisé seul, mais avec
Elsa Chardon (qui a eu droit à la très fastidieuse analyse des
textes pendant que je re-regardais Star Wars), et que si la
comparaison de textes vous ennuie, vous pouvez passer tout de suite
au I-3 pour l'interprétation.</p>
<p></p>
<p><strong>Dossier de Mythologies - Tirésias</strong>

Le personnage de Tirésias passe, dans la mythologie
greco-romaine, pour le plus grand de tous les devins. Une des
particularités de ce personnage est qu'il a été rendu aveugle et
que le don divinatoire lui a été donné en compensation de sa
cécité. Nous allons étudier la signification fondamentale de ses
caractéristiques en nous basant sur une comparaison entre plusieurs
versions du mythe relatant son aveuglement, puis nous nous
intéresserons à des lectures du mythe sous le prisme de la
psychologie sociale et de la psychanalyse jungienne avant de nous
attarder à une série de personnages issus de la culture populaire
contemporaine qui présente quelques similarités avec le personnage
de Tirésias.</p>
<p><strong>I  Le mythe</strong>

1- Explication de texte

En plus du texte d'Ovide, nous allons utiliser trois autres
versions du mythe de Tirésias.

D'abord la version d'Ovide, celle sur laquelle nous allons
majoritairement nous appuyer :

Ovide, <span>Les
métamorphoses</span>1

« Tandis que ces évènements s'accomplissaient sur la terre par la
loi du destin et que le berceau de Bacchus, né deux fois, était à
l'abri du danger, il arriva que Jupiter, épanoui, dit-on, par le
nectar, déposa ses lourds soucis pour se divertir sans contrainte
avec Junon, exempte elle-même de tout tracas : « Assurément, lui
dit-il, vous ressentez bien plus profondément la volupté que le
sexe masculin. » Elle le nie. Ils conviennent de consulter le docte
Tirésias ; car il connaissait les plaisirs des deux sexes ; un jour
que deux grands serpents s'accouplaient dans une verte forêt, il
les avait frappés d'un coup de bâton ; alors (ô prodige !) d'homme
il devint femme et le resta pendant sept automnes ; au huitième, il
les revit : « Si les coups que vous recevez, leur dit-il, ont assez
de pouvoir pour changer le sexe de celui qui vous les donne,
aujourd'hui encore je vais vous frapper. » Il frappe les deux
serpents ; aussitôt il reprend sa forme première et son aspect
naturel. Donc, pris pour arbitre dans ce joyeux débat, il confirme
l'avis de Jupiter ; la fille de Saturne en ayant éprouvé, à ce
qu'on assure, un dépit excessif, sans rapport avec la cause,
condamna les yeux de son juge à une nuit éternelle. Mais le père
tout-puissant (car aucun dieu n'a le droit d'anéantir l'ouvrage
d'un autre dieu), en échange de la lumière qui lui avait été ravie,
lui accorda le don de connaître l'avenir et allégea sa peine par
cet honneur. »
Le deuxième texte, rédigé par Hygin, est une version quasiment
similaire à celle d'Ovide :

Hygin, <span>Fables</span>2

Sur le mont Cyllène, le berger Tirésias fils d'Évérès frappa
d'un bâton, ou piétina, dit-on, des serpents accouplés ; il fut
pour cela changé en femme ; instruit ensuite par un oracle, il
piétina des serpents au même endroit et retrouva sa forme ancienne.
Au même moment éclata entre Jupiter et Junon une aimable dispute
pour savoir qui de l'homme ou de la femme prenait le plus de
plaisir dans l'amour ; ils choisirent à ce propos Tirésias, qui
avait fait la double expérience. Comme il avait tranché en faveur
de Jupiter, Junon irritée, d'un revers de main l'aveugla mais
Jupiter fit alors en sorte qu'il vécut sept générations et fût,
parmi les mortels, le plus grand devin.

Ensuite, deux textes antérieurs nous donnent des versions
différentes de ce mythe. Le premier est l'oeuvre du poète
Callimaque :

Callimaque, <span>Epigrammes,
Hymnes</span>3

 Filles, il était une fois à Thèbes une nymphe, la mère de
Tirésias, qu'Athéna chérissait grandement, plus que nulle de ses
compagnes. Jamais elles ne se quittaient. [...] Un jour elles
avaient déliés leur péplos près de la source Hippocrène aux belles
eaux ; elles se baignaient : sur la colline c'était le silence de
midi. [...] Tirésias seul, avec ses chiens, jeune homme au duvet
mûrissant, promenait ses pas en ce lieu sacré : altéré tant qu'on
ne peut dire, il s'approcha des eaux courants. Infortuné ! Sans le
vouloir, il vit ce qu'on ne doit pas voir. Pleine de colère, Athéna
pourtant lui parla : « Qui donc, fils d'Euéré, toi qui d'ici
n'emportera pas les yeux, quel mauvais génie te mit en ce chemin
funeste ? » Elle dit, et la nuit prit les yeux de l'enfant. Il
était là, debout, sans parole ; la douleur enchaînait ses genoux ;
sa voix était enchaînée. Et la nymphe clama : « Qu'as-tu fait de
mon fils, Vénérable ? Est-ce ainsi, déesses, que vous nous êtes
amies ? Tu m'as pris les yeux de mon fils. O mon enfant, infortuné
! tu as vu le sein et les flancs d'Athéna ; tu ne reverras plus le
soleil. Malheur sur moi ! ô mont, ô Hélicon, terre que je ne
foulerais plus, tu as gagné beaucoup en donnant peu ; oui, pour
avoir perdu quelques daims et quelques faons, tu tiens les yeux
d'un enfant ! » [...] La déesse, prenant en pitié sa compagne, lui
dit alors ces mots : « Femme divine, rappelle, retire toutes ces
paroles que t'inspira la colère. Non, ce n'est pas moi qui fis ton
fils aveugle. Non, Athéna ne saurait se plaire à ravir la lumière à
un enfant. Mais c'est la loi antique, la loi de Cronos : qui verra
quelqu'un des immortels contre son vouloir, paiera cette vue d'un
prix lourd. Femme divine, ce qui s'est fait ne se peut révoquer :
les Moires à ton fils ont filé tel destin, au jour même que tu
l'enfantas. [...] Amie cesse ta plainte ; je lui réserve, pour
l'amour de toi, bien d'autres faveurs. Je ferai de lui le devin qui
dira l'avenir à ceux qui viendront, plus pleinement prophète que
nul autre. Il connaîtra le vol des oiseaux, et le favorable et
l'indifférent, et celui aussi dont le présage est funeste. [...] Je
lui donnerais un grand bâton, pour conduire ses pas, je lui
donnerais une vie chargée d'ans. Seul il gardera, mort, sa science
parmi les ombres, honoré d'Hadès le rassembleur. » 

La seconde version, plus courte, à elle été rédigée par Nonnoss de
Panapolis :

Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques4

« Tu l'as ouï dire : jadis, dans la montagne, prés d'une source,
Tirésias n'a fait que voir Athéna dans sa nudité ; il ne
brandissait pas de pique impétueuse ni ne combattait la déesse ; il
l'a seulement contemplée et il a perdu la lumière de ses yeux.
»

Certaines différences nous permettent de scinder notre corpus
de textes en deux groupes distincts. D'un côté, les textes de
Callimaque et Nonnos, où le châtiment de Tirésias est infligé par
Athéna. De l'autre, les textes d'Ovide et Hygin, où le châtiment
est en fait le résultat de la violence de Tirésias à l'égard des
serpents. En effet, bien que ce soit Junon qui l'aveugle, ce n'est
pas elle qui déclenche l'action. Cette distinction nous permet
d'embrayer sur d'autres différences, cette fois d'ordre culturelle.
En effet, Nonnos appartient à la civilisation grecque et
Callimaque, d'origine cyrénéenne mais vivant à Alexandrie, subit
lui aussi l'influence de cette culture. À l'inverse, Ovide et Hygin
des auteurs latins qui sont des contemporains.
Cette information nous permettrait d'expliquer cette
différence quant à la cause de l'aveuglement de Tirésias. La
justice grecque est basée sur une soumission totale aux dieux. Les
mythes de Callimaque et Nonnos ne dérogent pas à la règle.
Impitoyable, Athéna punit arbitrairement l' « Infortuné »
Tirésias. On trouve une version différente chez Ovide et Hygin :
les divinités participent toujours à l'action sans pour autant
servir de point de départ au mythe. En effet elles sont remplacées
par le couple de serpent.</p>
<p>2- Equivalences

Néanmoins, ces versions ne sont pas si différentes qu'elles
en ont l'air, puisque l'on trouve un certains nombre d'équivalences
les rapprochant.
D'abord, la différence entre les éléments déclencheurs : d'un
côté un couple de serpents, de l'autre Athéna. Or, il est possible
de rapprocher ces deux entités sous le signe de l'opposition
intrasèque qu'ils représentent : la « capacité du serpent de muer
sa peau pour renouveller sa jeunesse lui a fait gagner à travers le
monde le personnage de maître du mystère de la renaissance [...]
ainsi une image duelle est rendue »5; de même pour
Athéna, déesse de la guerre et du tissage (opposition franche entre
activités respectivement masculine et féminines).
Ce système d'entités duelles se retrouve à travers d'autres
éléments des textes. Dans la version grecque de Callimaque, la
déesse Athéna passe rapidement d'un état de grande colère à celui
de compassion, illustrant son caractère double ; on trouve aussi
une opposition entre la loi immuable et éternelle de Cronos
(déshumanisée) et la nuance qu'Athéna peut lui apporter
(humanisation). Dans la version latine d'Hygin, le couple formé par
Jupiter et Junon illustre la même idée avec une « Junon irritée »
qui aveugle Tirésias « d'un revers de main » (impitoyable) tandis
que Jupiter montre sa compassion en compensant l'action de Junon
par le don de divination. On trouve ainsi de chaque côté un pouvoir
ferme et impitoyable (loi de Cronos/Junon) compensé par une
attitude compatissante (Athéna/Jupiter).
L'opposition se retrouve dans le personnage de Tirésias.
D'abord opposition entre les sexes masculins et féminins qu'il
expérimente contre toute logique humaine. Puis le paradoxe du fait
de devenir aveugle pour voir la lumière. Et enfin l'opposition
entre la durée de sa transformation en femme (d'après Ovide : 7
ans, une petite vie) et la durée de sa vie après l'aveuglement
(d'après Hygin : 7 générations, une grande vie).
Ces oppositions semblent montrer que si le contexte de la
transformation change, le coeur du mythe reste le même : la
transformation d'un être « normal » en aveugle devin (excepté
Nonnos qui n'aborde pas le devenir post-aveuglement de Tirésias).
Autrement dit, le paradoxe de ne plus voir la lumière « normale »
qui permet d'accéder à la lumière « divine », paradoxe appuyé par
le jeu sur les oppositions décrit plus haut. Cette lecture se
rapproche de l'interprétation qu'a fait Joseph Campbell de la
version d'Ovide.

3- L'interprétation de Joseph Campbell

Nous retrouvons l'idée de dualité et d'opposés avec son
interprétation du serpent : « La suggestion phallique est
immédiate, et comme avaleur, l'organe féminin est aussi suggéré ;
ainsi une image duelle est rendue »6, ce qui correspond
au personnage de Tirésias qui accède à la connaissance des deux
sexes, autrement dit il se place à l'intersection des opposés : «
Son bâton impulsif le placa entre les deux, comme le bâton du
milieu (axis mundi) ; et il fut alors envoyé de l'autre côté pour
sept ans  une semaine d'années, une petite vie  le
côté duquel il n'avait auparavant aucune connaissance.
»7 Mais cette transformation ne lui permet pas d'accéder
à « la » vérité, pas encore, il lui faut terminer son chemin là où
il l'a commencé, raison pour laquelle : « il toucha une nouvelle
fois les symboles vivants des deux qui sont par nature un, et,
retournant à sa forme initiale, était par conséquent celui qui
était en connaissance de chacun : une sagesse plus grande que même
Zeus, le dieu qui était seulement mâle, ou sa déesse, qui était
seulement femelle. »8, il appuie encore cette idée plus
loin : « Ceux qui, comme Tirésias, ont vu et sont venus en contact
avec le mystère des deux serpents et, au moins dans un sens, ont
été eux-mêmes mâle et femelle, connaissent la réalité des deux
côtés que chaque expérience sexuelle recèle de son propre côté ; et
dans cette mesure ils ont assimilés ce qui est substantiel dans la
vie et sont, par conséquent, éternels.»9
Joseph Campbell compare ce savoir à la sagesse lunaire : «
dans la lune ténèbres et lumière interagissent en une seule sphère.
L'aveuglement de Tirésias était donc un effet d'une communication à
lui de la sagesse lunaire. C'était un aveuglement seulement au
monde de la lumière du soleil, où toutes les paires d'opposés
apparaissent distinctes. Et le don de prophétie fut la vision de
corrélation de l'oeil intérieur, qui pénètre dans les ténèbres de
l'existence. »10</p>
<p></p>
<p></p>
<p><em>« Dans ce récit les serpents accouplés, tels ceux du
caducée, sont le signe des forces génératrices du monde qui jouent
à travers toutes les paires d'opposés, mâle et femelle, naissance
et mort. »</em>11


<strong>II  Un peu de psychologie</strong>


Nous allons maintenant aborder le personnage de Tirésias sous
l'angle de la psychologie, à l'aide de psychologie sociale et de la
psychanalyse jungienne.
Il n'est pas ici question de traiter de la réalité physique d'un
aveugle, mais d'étudier la signification humaine de la principale
caractéristique du personnage : devenir aveugle pour mieux
voir.

1- Psychologie sociale

La psychologie sociale étudie les comportements en général,
c'est-à-dire qu'elle cherche à trouver ce qui agit sur l'être
humain (elle ne se préoccupe pas de névroses personnelles par
exemple), et l'une des choses qui revient le plus, c'est la très
grande force des influences extérieures qui vont jusqu'à dicter à
notre corps un comportement que notre esprit rejette (sans pour
autant être conscient d'être le sujet d'une influence).
Dans l'ouvrage Psychologie sociale12, David G.
Myers et Luc Lamarche racontent l'étonnante histoire d'une remise
de diplômes :
« C'était un après-midi de mai longtemps attendu. Trois mille
parents et amis s'étaient réunis pour la célébration. Au signal,
les 400 sortants du collège Hope se levèrent pour écouter le
président déclarer : « Par la présence, je confère à chacun d'entre
vous le titre de bachelier ès arts [...] » La déclaration terminée,
les 25 nouveaux diplômés de la première rangée commencèrent à
défiler pour recevoir leur diplôme. Pendant ce temps, les 375
autres se regardaient nerveusement, pensant chacun pour soi : « Ne
nous a-t-on pas dit qu'il nous fallait maintenant nous asseoir pour
attendre que ce soit au tour de notre rangée ? » Mais personne ne
s'assit. Les secondes s'écoulèrent. [...] Extérieurement, tous ces
étudiants debout semblaient garder leur sang-froid. Mais, dans
chaque tête, les pensées allaient bon train : « Nous serons
peut-être debout pendant une demie-heure avant que ce soit notre
tour... Nous bloquons la vue aux spectateurs derrière nous...
Pourquoi personne ne s'assied-il ? » Cependant, personne ne fit
mine de s'asseoir. »13
Tous ces étudiants ont été victimes de la conformité,
c'est-à-dire « un changement de croyance ou de comportement
provenant d'une pression de groupe réelle ou imaginée
»14. Il arrive même que la personne agisse comme le
groupe sans pour autant être d'accord, cela s'appelle
l'acquiescement : « Agir publiquement conformément à la pression
sociale tout en se sentant intérieurement en désaccord.
»15
Cela est un exemple probant de l'idée au coeur du personnage
de Tirésias : en étant trop sensibles aux influences extérieurs (le
monde visible, le monde des apparences où personne ne veut paraître
trop différent), trois cent soixante-quinze personnes ont agit
différemment de leur volonté profonde, et ce faisant ont provoqués
une situation absurde qui ne se serait jamais produite si tous
s'étaient écoutés. Mais un autre exemple est encore plus
probant.
On fait croire à une personne qu'elle participe à un test
quelconque en compagnie de plusieurs autres cobayes (en réalité,
des gens de mèches avec l'expérimentateur et dont la réponse est
écrite à l'avance), puis on pose une question simplissime : « Vous
vous dites « hum! hum! » et vous vous disposez à endurer poliment
une expérience ennuyeuse. Mais [...] bien que la bonne réponse
semble [...] claire, la première personne donne [...] une mauvaise
réponse. Lorsque la deuxième personne donne la même réponse, vous
vous redressez sur votre chaise et fixez les cartes [objet de la
question]. La troisième personne est du même avis que les deux
autres. Vous êtes estomaqué ; vous commencez à transpirer. «
Qu'est-ce que c'est que ça ? » vous demandez-vous. « Sont-ils
aveugles ? ou est-ce moi qui suis aveugle ? » [...] « Comment faire
pour savoir ce qui est vrai ? Est-ce que c'est ce que me disent mes
pairs ou ce que me disent mes yeux ? » »16
Ici, la pression sociale va jusqu'à faire douter la personne
de sa propre capacité à trouver une réponse simplissime. La pensée
de groupe est quelque chose de terrifiant car « la recherche de
l'accord devient si prédominante dans un groupe cohésif qu'elle
tend à l'emporter sur une évaluation réaliste des autres
possibilités d'action. »17Autrement dit l'influence
extérieure détache chacun de la « vérité » pour ne porter l'intérêt
que sur un simulacre, quelque chose d'apparemment bien (l'accord
est trouvé) mais fondamentalement mauvais (l'accord est
irréaliste).

D'autres idées de psychologie sociale nous intéressent pour
le cas de Tirésias, en ce qui concerne le jugement des gens, avec
notamment l'Erreur de la ligne de base : « Tendance à ne pas tenir
compte de la ligne de base (information décrivant la plupart des
gens) et d'être plutôt influencé par des caractéristiques
particulières au cas jugé », ce qui « semblait pousser à
l'arrière-plan l'information utile »18. Autrement dit :
l'apparence trompeuse détourne la personne de la vérité. Nous
retrouvons cette idée avec le stéréotype de la beauté physique : «
Présomption que les personnes physiquement attirantes possèdent
également d'autres traits de caractère socialement désirables : ce
qui est beau est bon. »19

La lecture du personnage de Tirésias sous le prisme de la
psychologie sociale nous conduit à penser que ce personnage
contient l'idée d'un monde extérieur des apparences (nous pouvons
être trompés) et du vide (les cas où la pression du groupe conduit
à des comportements absurdes complètement éloignés de la croyance
de l'individu), et que la vérité ne peut venir que de l'intérieur
de l'individu.
Intéressons-nous maintenant à la psychanalyse pour voir si
nous arrivons à la même conclusion...

2  Psychanalyse jungienne

L'archétype qui nous intéresse ici est l'archétype de l'Ombre
tel qu'il a été défini par Carl Jung. Il s'agit d'une zone de
l'inconscient qui recèlerait les défauts profonds d'un individu,
ceux dont la moindre évocation plongerait la personne ciblée dans
une colère noire et incontrôlable (« se mettre hors de soi »). Dans
un certain nombre de cas, nous pouvons projeter cette ombre sur
d'autres personnes et ainsi nous mettre à les haïr et à les
considérer comme des « ennemis ». Le point est donc que ces «
ennemis » ne sont qu'une idée, ils ne sont pas réellement nos
ennemis, et nous ne les haïssons pas pour ce qu'ils sont en
eux-mêmes mais pour ce qu'ils nous disent (inconsciemment) sur
nous. Cette ombre n'est pas forcément mauvaise, elle ne le devient
qu'à partir du moment où nous la refusons, la refoulons, mais son
énorme puissance peut être autant négative que positive.
Là où cela rejoint l'idée fondamentale à l'oeuvre dans le
personnage de Tirésias, c'est que tous les problèmes extérieurs
 c'est-à-dire les situations que nous considérons comme des
problèmes  ont des causes intérieures. Avant de nous tourner
vers l'extérieur, il faut résoudre ses propres problèmes intérieurs
en se tournant vers soi pour se confronter avec son ombre. Ce
parcours rappelle celui de Tirésias : d'abord aveuglé à la lumière
extérieure (autrement dit plongé dans les ténèbres, dans
l'inconscient, et donc confronté à son ombre), il retrouve ensuite
la lumière, mais une lumière qui ne vient pas de l'extérieur
(autrement dit, la solution ne lui est pas donné par une situation
extérieure, les situations extérieures sont neutres par nature,
donc aucune « bonne » situation ne vient à lui) mais de
lui-même.
« Lorsque quelqu'un s'efforce de voir son ombre, il découvre
(souvent à sa honte) ces défauts, ces tendances qu'il ne voit pas
chez lui tout en les voyant clairement chez son prochain. [...]
C'est le moment où le Moi est « pris », et en général réduit à un
silence embarrassé. Puis commence le douloureux et long travail de
l'auto-éducation. L'équivalent psychologique des travaux d'Hercule.
»20
Le personnage de Tirésias incarnerait donc l'idée qu'il faut
d'abord accepter son ombre (les ténèbres, l'inconscient,
l'aveuglement) pour trouver la lumière (la paix avec le monde,
utilisation de forces positives de l'inconscient, divination).
Marie-Louis von Franz (disciple de Jung) ajoute même que « l'ombre
est beaucoup plus sensible à la contagion de la collectivité que la
personnalité consciente »21
Ces influences dont nous avons parlés sous le prisme de la
psychologie sociale, Jung en parle aussi : « ces influences
[propagande politique, publicité] peuvent nous amener à vivre d'une
façon qui ne convient pas à notre nature individuelle. Et le
déséquilibre psychique qui risque de s'ensuivre doit être compensée
par l'inconscient. »22, plus loin, il rajoute : « Plus
la conscience se trouve influencée par des préjugés, des erreurs,
des fantasmes et des désirs puérils, plus s'élargit le fossé déjà
existant jusqu'à la dissociation névrotique, amenant une vie plus
ou moins artificielle, très éloignée des instincts normaux, de la
nature et de la vérité. »23 Autrement dit, un aveugle
 prit dans le sens de quelqu'un insensible aux influences
extérieures  a plus de chances d'accéder à la « vérité », ce
qui est précisément le rôle des devins comme Tirésias : trouver et
communiquer la vérité.

Enfin, dernier point intéressant qui corrobore l'idée de
trouver une vérité non pas à l'extérieur mais au fond de soi : «
une comparaison entre les tableaux abstraits et les
microphotographies montre que l'abstraction pure de l'art «
imaginatif », est devenue, d'une façon secrète et surprenante, «
naturaliste », parce qu'elle a pour objet les éléments de la
matière. L' « abstraction pure » et le « réalisme pur », dissocié
au début du siècle, se sont de nouveaux rejoints.
»24
Encore une fois nous retrouvons cette idée que la « vérité
absolue » (ici la composition même de la matière, l'un des niveaux
les plus poussés du savoir pur) se trouve en plongeant au coeur de
soi (ici Pollock qui voulait s'affranchir de tout lien avec la
réalité pour ne plus représenter que ce qui lui venait le plus
naturellement  le plus inconsciemment  à
l'esprit).

<strong>III  La postérité du mythe dans la culture populaire
contemporaine</strong>

Nous retrouvons l'idée de trouver la lumière en plongeant
dans les ténèbres dans un certains nombre de figures héroïques de
la culture populaire contemporaine, c'est-à-dire une culture avant
tout tournée vers son public.</p>
<p>
D'abord, dans le personnage de <strong>Luke
Skywalker</strong> de la saga Star Wars25. Dans
<span>Star Wars épisode IV
 Un nouvel espoir</span>, Luke est envoyé avec un escadron
de petits vaisseaux pour aller envoyer des bombes au coeur de la
base ennemie. Pour cela, il doit viser dans un conduit d'aération
extrêmement petit, tâche très compliquée, que les ordinateurs de
bords des vaisseaux sont supposés faciliter en leur indiquant quand
tirer. Un premier pilote suit ces indications, lance les bombes
et...échoue. Lorsque Luke arrive pour tenter sa chance, il entend
la voix de son mentor décédé (mais présent en lui à travers la
Force) qui lui dit « use the Force, Luke » ("utilise la Force,
Luke"). Autrement dit, il lui dit de faire confiance à lui-même.
Luke déconnecte l'ordinateur de bord, fait confiance à son
instinct, tire...et fait exploser la base ennemie. Autrement dit il
se coupe de toute influence extérieure et trouve en lui la « vérité
».</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p><em>Au cours du film, Obi-Wan Kenobi,
le maître de Luke,</em> <em>l'entraîne à se défendre avec un
casque lui ôtant l'usage de la vue.</em>


">Matrix
Revolutions</span>26, <strong>Neo</strong> se fait
aveugler par son nemesis, Smith. C'est précisément à ce moment-là
qu'il va voir la véritable nature des choses dans le monde réel (
auparavant il ne le pouvait que dans le monde virtuel), et va dans
la ville des Machines (pourtant ennemies jurées des humains) pour
apporter la « vérité » (avec son vaisseau le Logos, le verbe, il
porte la bonne parole) et trouver une solution qui dépasse la
querelle hommes/machines.</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p><em>En haut à gauche, Trinity ne peut voir qu'une image faussée
(haut droite) tandis que Neo aveugle (bas gauche) réussit à voir
que la ville des machines (ennemies) est en fait construire de
lumière (bas droite).</em>


</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
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<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p><em>Figure de la <strong>justice</strong> comme une entité
aveugle qui ne s'intéresse pas à l'apparence des choses mais à la
vérité.</em></p>
<p></p>
<p>Le personnage de <strong>Snake Plissken</strong>
(<span>New-York
1997</span>27, <span>Los Angeles 2013</span>28)
vit dans un futur proche où la plupart des gens ne basent leurs
choix que sur une opposition manichéenne entre un banditisme proche
de la guérilla et un état proche du fascisme. Forcé de faire un
choix, Snake Plissken verra qu'au delà de leur opposition
apparente, les deux groupes ne proposent aucune solution et il a le
courage de rester seul sans se joindre à l'un des deux.</p>
<p>
<em>A noter que le personnage n'est pas aveugle mais « seulement »
borgne, probablement pour des raisons pratiques et dramatiques.
Remarquons son tatouage de serpent sur le ventre</em></p>
<p>
Le personnage de Snake se rapproche de celui
d'<strong>Albator</strong>29, pirate de l'espace
pourchassé par le gouvernement terrien de manière injuste ; il
décide néanmoins de défendre le peuple humains contre une invasion
extra-terrestre. Il ne remet jamais en cause son bannissement car
il comprends leurs choix, et accepte ainsi la nature duelle de la
vie.</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p>Comme le personnage de Snake, Albator
n'est « que » borgne.</p>
<p></p>
<p><em></em></p>
<p><em>
" src=
"http://farm4.static.flickr.com/3177/3063838890_0c7940e99e.jpg?v=0"
alt="" width="200" /></em></p>
<p>Enfin, les personnages de
<strong>Daredevil</strong>30et
<strong>Zatoichi</strong>31montrent comment un défaut à
première vue extrêmement handicapant, peut se transformer en une
force incommensurable. Daredevil fut aveuglé dans son enfance par
un produit chimique qui a développé ses autres sens de manière
surhumaine. Zatoichi est un masseur aveugle, combattant à ses
heures (toujours pour une cause juste), qui sait tirer parti de ses
autres sens et être l'une des plus redoutables lames de son
pays.</p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p></p>
<p>
CONCLUSION

Nous avons vu qu'à travers différentes versions du mythe de
Tirésias se cachaient en réalité une seule et même vision du
personnage du devin aveugle. En nous appuyant sur la psychologie
sociale et la psychanalyse jungienne nous avons pu constater à quel
point l'idée fondamentale à l'oeuvre dans le mythe correspondait à
des « réalités humaines » auxquelles chacun est confronté chaque
jour, ce qui peut expliquer le nombre de personnages de la culture
populaire contemporaine qui semblent reprendre certaines de ses
caractéristiques.</p>
<p></p>
<p><em>Elsa Chardon  Jean-Thomas
Miquelot</em></p>
<p></p>
<p><em>Note : j'espère que
Corenaïr ne m'en veut pas trop pour lui avoir piqué ses captures de
Matrix Revolutions...</em></p>
<p></p>
<p><strong>
Discuter de cet article sur le forum de
Rafik</strong></p>
<p></p>
<p>1 : Ovide, Les métamorphoses, (ed. Gallimard,
1992)</p>
<p>2 : Hygin, Fables (Paris, Les belles lettres, 1997), LXXV,
Tirésias</p>
<p>3 : Callimaque, Epigrammes, Hymnes (Paris, Les belles
lettres, 1948), Hymne pour le bain de Pallas</p>
<p>4 : Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, chants XX-XXIV,
tome VIII (Paris, Les belles lettres, 1994), chant XX</p>
<p>5 :Joseph Campbell, The masks of gods vol. III
Occidental Mythology, Pinguin Compass, 1991 (1ère ed.
VikingPenguin, 1964), traduction depuis
l'anglais, p.96</p>
<p>6 :<em>idem</em></p>
<p><em>7 : idem</em>, p.26</p>
<p>8 : <em>idem</em></p>
<p>9 : <em>idem</em>, p.171</p>
<p>10 : <em>idem</em>, p.27</p>
<p>11 :<em>idem</em>, p.26</p>
<p>12 :David Myers et Luc Larmache,
Psychologie sociale (Chenelière/McGraw-Hill, 1992)</p>
<p>13 : <em>idem</em>, p.196</p>
<p>14 : <em>idem</em>, p.197</p>
<p>15 : <em>idem</em></p>
<p>16 : <em>idem</em>, p.201</p>
<p>17 : <em>idem</em>, p.300 (this is madness
!)</p>
<p>18 : <em>idem</em>, p.133</p>
<p>19 : <em>idem</em>, p.421</p>
<p>20 : Carl G. Jung  autres, L'homme et ses symboles
(Robert Laffont, 1964), p.168</p>
<p>21 : <em>idem</em>, p.169</p>
<p>22 : <em>idem</em>, p.51</p>
<p>23 : <em>idem</em>, p.49</p>
<p>24 : <em>idem</em>, p.265</p>
<p>25 : George Lucas (1977, 1999, 2002, 2005), Irvin Kershner
(1980) et Richard Marquand (1983)</p>
<p>26 : Wachowski, 2003</p>
<p>27 : John Carpenter, 1981</p>
<p>28 : John Carpenter, 1996</p>
<p>29 : Leiji Matsumoto, 1978</p>
<p>30 : personnage Marvel créé en 1964 par Stan Lee et Bill
Everett</p>
<p>31 : <span>Zatôichi
monogatari</span> de Kenji Misumi, 1962, on compte à ce
jour 28 adataptations filmiques du personnage</p>
				</div>			</content>			<id>http://janto.blog.toutlecine.com/6851/Tiresias-ou-l-aveugle-qui-voit/</id>			<link href="http://janto.blog.toutlecine.com/6851/Tiresias-ou-l-aveugle-qui-voit/" />			<author>				<name>janto</name>				<uri>http://janto.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-11-29T07:14:33+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>Analyse 1001 pattes - pression sociale</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p>Et c'est reparti ! Desole pour ce retard, non pas que j'ai eu un calendrier charge (l'inverse en fait) mais des que le mot vacance s'active dans mon cerveau, je me transforme en une sorte de grosse larve visqueuse qui rampe pathetiquement sur le sol en direction du frigo.Aujourd'hui, Flik est directement confronte aux gerants de la colonie, l'occasion de voir sa place un peu plus en detail.En utilisant son invention pour faire la cueillette plus rapidement, Flik a accidentellement assomme la princesse...</p>
<p>P48L'organisation spatiale ne change pas avec avant : la colonie est a l'extreme droite tandis que ant logiquement vers la droite du cadre...</p>
<p>P48...et raccorde avec un plan sur quelques gerants de la colonie qui regardent Flik arriver.</p>
<p>P49On passe ainsi d'un plan large avec Flik seul courant vers la droite a un plan plus rapproche avec trois gerants dans le cadre regardant vers la gauche. Cette difference ).Notons enfin que pour bien marquer le passage d'une zone peripherique  zone de la cueillette -  a la zone de la colonie  zone des gerants -, les realisateurs ont pris bien soin de ne  rien cadrer de la colonie dans le plan sur Flik (on voit des brins d'herbes que nous avons assimile a la peripherie de la colonie), et de bien mettre les ouvriers en ligne derriere les gerants (que nous avons precedemment assimiles au lieu de vie de la colonie).On revient rapidement sur Flik qui arrive.</p>
<p>P50 (1)Ce plan sert a bien faire sentir l'arrivee de Flik dans la zone de la colonie : on retrouve ainsi les herbes de la peripherie au fond a gauche du cadre, tandis que les ouvriers en ligne et meme l'entree de la colonie se situent milieu et droite cadre, rajoute au  entre les deux plans.</p>
<p>P54 (1)A partir du raccord entre les plans 53 et 54, une nouvelle logique vient se mettre a l'oeuvre quand Flik presente ses inventions.C'est tres simple :, mais les realisateurs ont prit bien soin d'attendre que le mouvement se soit arrete pour changer de plan.</p>
<p>P55Princesse Atta : )La princesse le rappelle a l'ordre (ce qui etait induit par l'absence de raccord mouvement), mais Flik s'en formalise-t-il ?</p>
<p>P56Non ! Ravi de pouvoir repondre aux objections de la princesse, Flik est plus grise que jamais, la coupe vers le plan 56 se fait donc dans un mouvement (quand il se retourne).Il parle, parle, parle (et donne mine de rien un grand nombre d'informations importantes concernant l'offrande), et pendant ce temps-la, d'autres gerants ne le voient pas d'un bon oeil...</p>
<p>P57Inutile de preciser que la coupe se fait sans raccord mouvement...neanmoins cette coupe pose un leger probleme de mise en scene : nous avons quitte un Flik positif en controle sans raccord mouvement, il nous est donc impossible de revenir directement le voir comme il etait avant (en train de discuter avec Atta). La solution est aussi  qu'ingenieuse : remettre Flik sous une pression sociale directe, c'est-a-dire Atta.</p>
<p>P58Et comme nous l'avons vu jusque la, lorsque la pression sociale s'abat sur Flik, le plan est serre.Mais une fois Encore, Flik ne perds pas sa motivation, et dans un raccord presque identique a celui entre les plans 55 et 56, il se  de la pression sociale pour arriver au plan 59.</p>
<p>P59 Au passage, arretons-nous pour ) avec un ton tellement desespere que l'on comprends qu'il y en a eu un certain nombre derriere. Mais cette information n'est passe que par un dialogue, ce qui est tres (trop !) faible pour LE point-cle du personnage.Alors qu'on fait les scenaristes ? C'est tres simple, ils ont juste fait suivre la replique d'Atta sur ses inventions, par la construction d'une nouvelle invention (le telescope).A partir de la, nous n'avons aucun probleme a sentir le personnage comme profondement inventif, quand bien meme nous ne l'avons vu qu'avec deux inventions...Mais revenons a nos moutons (oui je sais, c'est des fourmis, oh oh oh, on peut continuer ? merci).Flik entre dans sa phase de controle la plus elevee lorsqu'il construit son telescope, puisqu'il va cette fois-ci changer de zone.</p>
<p>P60 Il commence par sortir de champ a droite du cadre du plan 59 pour entrer immediatement par gauche cadre dans le plan 60, puis ressort a gauche du cadre du plan 60, rentrant immediatement dans cadre du plan 61 par la droite.</p>
<p>P61 Mais attention ! Le plan 61 n'est pas au meme endroit que le plan 59, puisqu'il se situe avec les deux gerants grincheux qui avaient deja jete un regard desapprobateur plus tot dans la scene.Autrement dit, il s'agit d'une reapparition de la pression sociale, Flik ne controle donc plus le cadre. Il sort par la gauche du cadre, mais le plan de change pas immediatement.P62 (1) Il faut donc attendre quelques micro-secondes avant de voir le changement de plan, mais quand changement de plan il y a, nous avons tout de meme droit a une demie entree de champ (il est deja present dans le cadre, mais avance quand meme au debut du plan). Autrement dit, ce que les realisateurs nous ont fait sentir, c'est que Flik passe on tellement profonde qu'il peut transformer ce qui etait alors negatif (absence de raccord mouvement, plan serre, regard des gerants) en quelque chose de positif.Cet aspect de concilier les extremes se retrouve dans un autre point que j'ai volontairement passe sous silence jusqu'ici, et que vous avez peut-etre devine.Depuis le debut de la presentation des inventions de Flik, le dialogue entre Atta et Flik se faisait tres simplement :Flik : plan largeAtta : plan serreFlik : plan largeAtta : plan serreetc.Et pendant que nous pensions en terme d'opposition pure et simple, de legeres modifications de cadre ont ete faites. Jugez plutot :P55P57Et de l'autre cote :P54P60</p>
<p>Vous ne remarquez rien ? Les plans conduits par Atta, a l'origine rapproches, s'elargissent progressivement, tandis que les plans conduits par Flik, a l'origine larges, se rapprochent, tout a pour arriver a ce plan :P62B Ce plan donc, qui est le parfait juste milieu entre les plans rapproches d'Atta et les plans larges de Flik, nous faisant sentir la reussite de Flik pour concilier les extremes (ici : faire des choses mal vues par la colonie pour au final lui etre utile), ce qui est l'un des buts des heros.Mais seulement voila, Flik a beau etre doue, il a beau reussi a montrer que son telescope marche et la reine et la petite princesse ont beau avoir souri, la pression sociale est tellement forte, l'aveuglement tellement immense, qu'il n'aboutit a rien d'autre que le rejet total de Flik.</p>
<p>P66 Ainsi les deux gerants grincheux viennent se mettre entre Flik et Atta, soit l'enjeu majeur de la sequence (Flik venant se faire pardonne de l'accident).Il est important de noter que l'arrivee des deux gerants coincide avec une flatterie de Flik : ue par les autres gerants) comme une tentative de sa part pour sortir de sa condition d'ouvrier (il flatte la deuxieme personne la plus importante de la colonie), et l'intervention des gerants peut tres bien etre le rappel a l'ordre d'une societe dictee par des regles qui depassent les individus eux-memes (les gerants ne font que respecter le code social, ni la princesse, ni la reine n'ont exprime de vive desapprobation envers Flik).Toute la scene a ete construit selon un prince d'alternance positif/negatif allant en grandissant, Flik allant toujours plus loin dans la demonstration de son invention, tandis que la pression sociale (c'est-a-dire son ennemie juree) augmente encore et encore jusqu'a atteindre les cimes de la mauvaise foi (les gerants grincheux refusent d'ecouter Flik, ils ne se basent que sur des principes peu adaptes a la situation).</p>
<p>P68 Flik a tout donne mais est malgre tout somme de partir, il n'a plus d'autre solution que d'obeir...P70 ...et il repart dans les herbes d'ou il venait. Retour a la case depart, Flik est rejete...par tout le monde ? Non, mais a, c'est pour la prochaine fois...</p>
<p><em>A suivre...</em></p>
<p><em>Jean-Thomas Miquelot</em></p>
<p></p>				</div>			</content>			<id>http://janto.blog.toutlecine.com/4905/Analyse-1001-pattes-pression-sociale/</id>			<link href="http://janto.blog.toutlecine.com/4905/Analyse-1001-pattes-pression-sociale/" />			<author>				<name>janto</name>				<uri>http://janto.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2008-09-14T20:51:07+02:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>wall.E ou le robot à la recherche de son âme</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p> Wall.E est sans doute le
meilleur blockbuster de cet ete pourtant
charge. Depuis 1995 et la sortie de Toy Story, Pixar a
constamment su se reinventer et evoluer en
evitant tous les pieges que tout le monde leur
predestinait ; en restant fideles a
eux-memes, a leurs ideaux, leurs reves et
leur passion, ils ont su creer des films parmi les plus
marquantes de ces 13 dernieres annees, et ils ont
appliques cette philosophie a l'interieur
meme de leurs films. Depuis, ils semblent avoir
ete traverse par une crise de conscience : la
civilisation moderne court a la catastrophe, et il faut le
faire savoir.

 Un tel sujet n'est pas sans risques. D'abord
parce qu'il risque de tomber dans le didactisme le plus crasseux,
ensuite parce qu'a la fois tellement proche et tellement
loin de nous, une quelconque reflexion dessus risquerait de
faire sortir le spectateur du film pour ne plus l'impliquer
qu'a un niveau intellectuel. La solution : proposer un
entertainment de qualite, laisser le discours politique en
arriere-plan ou en sous-texte, et multiplier les niveaux de
lecture. C'est maintenant qu'entre en scene Wall.E.

 Wall.E est un robot qui ne fait
qu'executer une action vide de sens et d'efficacite
(premier niveau, apparence sociale), en realite il
est un etre melancolique qui passe ses soirees
a rever tout seul (deuxieme niveau, etat
reel des choses). Il est un robot qui range les ordures pour
nettoyer la Terre (premier niveau, projection dans le futur), mais
aussi un etre prisonnier de sa fonction sociale, conu
pour faire encore et encore la meme action inutile
(deuxieme niveau, transposition dans le present).
Cette multiplication des niveaux de lecture ne s'arrete pas
la, puisque outre les personnages, les actions prennent
souvent un sens nouveau a la lumiere d'une autre
action, et, film de science-fiction oblige, la direction artistique
joue un role majeur dans la comprehension de l'univers
et la mise en place des enjeux de
fond.

 Mais tout cela ne serait absolument rien s'il
n'y avait pas derriere un vrai scenario pour tenir le
tout, et heureusement : c'est le cas. Car ce qui frappe a la
vision de Wall.E, c'est a quel point tout semble simple et
facile. Le film ne compte absolument aucun moment inutile, pas une
seule scene ne dure trop ou pas assez longtemps, aucun
dialogue ou regard n'est en trop ; rien de ce qui sert a
guider la pensee du spectateur n'est trop lourd (ni lourd du
tout d'ailleurs). Quiconque s'est deja pose un
jour trois questions sur les mecanismes narratifs ne pourra
qu'etre ahuri devant la qualite exceptionnelle du
scenario dont la simplicite apparente n'a
d'egal que sa perfection (le meilleur scenario Pixar
a n'en pas douter). Et la ou on pouvait
reprocher a Ratatouille quelques problemes de rythme
ou une fin a rallonge un brin lourdingue (en tout cas au
regard de la qualite de ce qui precedait),
Wall.E est absolument exempt de defauts de scenarios,
a tel point que l'on pourrait utiliser sans trop se tromper
le mot .

 Malheureusement, cette perfection
scenaristique n'est pas egalee par la
qualite de la realisation. Car aussi efficace, claire
et dynamique qu'elle soit, Stanton ne transcende jamais son sujet
par elle et semble se reposer sur une camera purement
narrative, jamais emotionnelle. Cela ne veut pas dire que le
film ne compte aucun moment de grace (il y en a un paquet),
mais juste qu'il se contente d'obeir efficacement aux
besoins de son histoire, de ses personnages et de l'ampleur
graphique de son univers. Bref, a ce niveau-la
Stanton n'egale pas Bird, mais heureusement pour lui (et
pour nous) le film franchit un nouveau pas dans la qualite
graphique et d'animation. Non seulement les textures et les
animations sont plus credibles que jamais, mais en plus le
travail fait sur la  du film
pour donner la sensation d'images filmes donne
reellement le sentiment de voir une histoire capturee
par des objectifs et de la pellicule. Ce qui pourrait sembler
n'etre qu'un gadget pretentieux de la part de gens qui
s'amusent avec leurs jouets de luxes, aboutit en
realite a un changement majeur dans la
perception du film : plus question d'admirer la technique du film,
lorsque Wall.E joue avec ses chenilles, on ne regarde pas un
fantastique travail d'animation, on regarde un robot triste qui
passe le temps comme il peut, et qui joue avec ses chenilles ! A
partir de la, le film offre une suspension
d'incredulite totale et se vit en immersion
complete sans aucun moment pour reprendre son souffle, et
sans aucun moment pour se detacher du personnage
principal.

 Car au dela de toute signification,
propos ou theme, ce qui rend Wall.E si attachant, c'est
qu'il est a la fois fort, debrouilleur, volontaire et
courageux, mais aussi naif, timide, innocent et
depourvu de la moindre dose de cynisme. Incarnation de
l'innocence (ou volonte d'innocence) qui sommeille en chacun
de nous, Wall.E est la force tranquille qui reclame son
droit le plus elementaire : vivre. Mais cette
reclamation ne vient pas (et ne peut pas venir) tout de
suite, car il commence prisonnier de son statut social,
condamne a ranger encore et encore des
detritus sans que cela ait l'air d'avoir le moindre impact
sur son environnement, et reve doucement chaque soir en
regardant un film qui lui laisse esperer une vie
meilleure.

 L'arrivee d'Eve viendra reconfigurer
les regles de son petit monde en mettant a sa
portee un reve qu'il croyait inaccessible. En
accedant au bonheur (ou a l'espoir du bonheur),
Wall.E s'est transforme et a trouve sa raison de
vivre, une raison de vivre pour lequel il est pret a
se battre quitte a y laisser ses boulons, et c'est en
trouvant cette raison de vivre que Wall.E reussit finalement
a acceder a son ame (celle dont il
reve chaque soir devant son ecran) et a
resoudre les conflits. A travers cette histoire simple,
Pixar semble nous mettre en garde contre la vie moderne qui finit
par faire de nous des zombies sans ames plonges dans
un demi-sommeil, et c'est cette absence d'ame qui nous rend
capable de faire ce que nous faisons a notre Planete.
Le cinema sauve l'ame qui sauve la planete, qui
a dit que les histoires etaient une perte de temps
?</p>
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