<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom">		<title>http://h-il.blog.toutlecine.com</title>		<id>http://blog.toutlecine.com/</id>		<link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://h-il.blog.toutlecine.com/atom.xml" />		<subtitle><![CDATA[LE MAC GUFFILM]]></subtitle>		<rights>Copyright (c) 2006, Hi-pi</rights>		<generator>Hi-pi ATOM generator</generator>		<author>			<name>Hi-pi</name>			<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>		</author>		<updated>2010-02-09T14:34:52+01:00</updated>		<entry>			<title>CHACUN SON CINEMA</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><em>Yes ! Oui !!
Cannes !!!</em>

<span>Réalisateurs</span> :
Beaucoup
<span>Scénariste</span> : Un
grand nombre
<span>Acteurs</span> : Une
flopée
<span>Année</span> : 2007
<span>Sous-titre</span> : "Ce
petit coup au coeur quand la lumière s'éteint et que le
film commence"

<em><strong>17 commentaires « Quick Mac »</strong></em>

Après avoir joué à « Hibernatus », le
MacGuffilm reprend du service et souhaite à son lectorat et avec un
peu de retard une très bonne année
2010 (qui, comme chacun sait, est l'année qui suit
2001).

Quoi de mieux pour commencer l'année critique non pas par un
seul film, mais une bonne trentaine ?
Cette série de courts-métrages fut commandée à des réalisateurs
reconnus pour les 60 ans du festival de Cannes. Tout le monde part
donc sur un pied d'égalité, puisque le thème est imposé (la
salle obscure, objet du désir), et que chaque segment doit durer
trois minutes.
Mais à ce jeu là, certains réalisateurs, sans avoir tout de même le
temps de nous ennuyer (ils ne sont pas choisis parmi les plus
manchots), restent superficiels, tandis que d'autres ont
livré de vrais petits bijoux.

Ainsi, pour une fois que Cannes nous permet de faire notre propre
palmarès, ne nous privons pas de ce petit plaisir. Voici donc, dans
la subjectivité la plus partiale, les courts-métrages qui
remportent les trophées spéciaux du MacGuffilm : place à la «
cérémonie des Lascars » !

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus poétique :
Alejandro Gonzalez Inarritu.</strong></li>
</ul>
<p>
Evidemment, dans cette célébration du cinéma, le Mexicain
n'est pas le seul à faire intervenir un personnage aveugle, «
Anna », mais c'est lui qui m'a le plus touché.
Comme dans beaucoup de ces courts métrages, les personnages sont
filmés en train de regarder eux-mêmes un film ; un petit jeu pour
cinéphile consiste donc à deviner quel est le « film dans le film
». Ici, c'est la magnifique musique du « Mépris » (composée
par Georges Delerue) qui colle parfaitement à l'ambiance
filmée par Inarritu.
Dans la même catégorie, et avec peu ou prou le même procédé, Abbas
Kiarostami est un challenger de bon goût puisqu'il cite quant
à lui le « Romeo et Juliette » de Zeffirelli qui arrache des larmes
à toutes les spectatrices.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus élégiaque : Theo
Angelopoulos.</strong></li>
</ul>
<p>
Il filme Jeanne Moreau déambulant dans des escaliers en évoquant le
fantôme de Marcello dans « Trois Minutes ». Ah, la voix de Jeanne
Moreau !

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus nostalgique :
Zhang Yimou.</strong></li>
</ul>
<p>
Plusieurs de ces courts métrages font vibrer la corde nostalgique,
mais le Chinois a particulièrement réussi le sien. Le réalisateur
se souvient de l'arrivée du cinéma ambulant dans la campagne
de son enfance ; aux yeux du jeune garçon d'alors, le grand
drap blanc tendu sur la place du village, les projectionnistes et
leurs étranges machines qui trouent l'obscurité de la nuit
tombante, l'attente enfin de la projection constituaient un
spectacle encore plus merveilleux que le film lui-même.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » qui sont deux : Les frères
Coen.</strong></li>
</ul>
<p>
Dans « World Cinema », un cow-boy Marlboro débarque dans un cinéma
du fin fond du Texas, et hésite longuement entre « Climats » et «
La règle du jeu ». S'ensuit un dialogue franchement hilarant
avec le gérant du cinéma, mais les frères Coen résistent à la
tentation facile de se moquer de leur personnage. Au contraire,
lorsque la projection est finie, le cow-boy, sous ses airs gauches
et mal dégrossis, nous apparaît sincèrement touché par le film
qu'il vient de voir.
Détail curieux, la façade du cinéma utilisée par les Coen est la
même que celle filmée par Michael Cimino. Est-ce un hasard ? Ou
l'utilisation d'un même décor de studio ? Ou bien
s'agit-il d'une chaîne de cinémas dont les façades
seraient toutes identiques d'une ville à l'autre ? Si
quelqu'un veut m'apporter une explication, merci
d'avance.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus tchatcheur :
Walter Salles.</strong></li>
</ul>
<p>
Dans un bled paumé « à 8944 km de Cannes », devant une salle
défraîchie programmant « les 400 coups », deux Brésiliens se
livrent, 24 mots par seconde, à une incroyable joute verbale haute
en couleur.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus intello : Raoul
Ruiz.</strong></li>
</ul>
<p>
Dans « le Don », le récit que fait Michael Lonsdale à sa nièce
anthropologue est une spéculation sinueuse mais non dénuée
d'humour sur les croyances, les mythes, l'échange
rituel, la dévotion, la création, Dieu, le cinéma et toutes ces
sortes de choses... Tout cela en trois minutes chrono,
fascinant !

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus gore : Lars von
Trier.</strong></li>
</ul>
<p>
Alors que beaucoup de ses confrères ont choisi de montrer des
salles obscures presque vides nimbées d'une aura nostalgique,
von Trier filme une rangée de fauteuils rouges pleins à craquer.
Assis parmi ces spectateurs, il doit en plus subir l'attitude
de plus en plus exaspérante de son voisin. Heureusement, dans «
Occupations », le gars Lars a LA solution ! Quel lascar, ce Lars
!

</p>
<ul>
<li><strong>La « Lascar » la plus zarbie : Jane
Campion.</strong></li>
</ul>
<p>
« The Lady Bug ». A voir (pour le croire)...
Dans le genre, le Cronenberg n'est pas mal non plus, à
commencer par le titre : « At the suicide of the last Jew in the
world in the last cinema in the world ».

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » qui soliloque : Nanni
Moretti.</strong></li>
</ul>
<p>
L'Italien reprend le fil de ses pensées de son journal intime
dans son « Diaro di uno Spettatore ». Moretti a le don pour
transformer en une conversation légère, agréable et pleine de
fantaisie un exercice qui pourrait, avec moins de talent, très vite
se révéler insupportablement narcissique.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus mystérieux : David
Lynch.</strong></li>
</ul>
<p>
« Absurdia » de David Lynch, est l'un des courts-métrages de
la série. Du moins à ce qu'il paraît puisqu'il ne
figurait pas dans la version que j'ai vue (enregistrée lors
d'une diffusion sur Canal+). De tous les mystères, Mister
Lynch est décidément le plus mystérieux !
</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus reconnaissable :
Wong Kar Wai (et d'autres).</strong></li>
</ul>
<p>
Alors que certains cinéastes, bousculant un peu leur personnalité,
parviennent pendant les trois minutes de leurs films à nous
intriguer sur l'identité de l'auteur, à
l'inverse, on reconnaît instantanément Wong Kar Wai, les
Dardenne ou Kitano grâce à leurs tics de mise en scène. Cependant,
cela ne signifie pas pour autant que leurs films soient ratés, hein
!

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus esthétique : Chen
Kaige.</strong></li>
</ul>
<p>
Dans ce créneau, les Asiatiques me semblent tenir la palme
d'or(ient), le plus graphique étant peut-être le Chen Kaige
(somptueux Noir et Blanc). Curieusement, dans cette évocation
comico-nostalgique de ses premiers émois de cinéma, le cinéaste a
réuni l'ensemble des clichés employés par ses confrères qui
ont traité plus ou moins le même sujet : le noir et blanc pour
évoquer le passé, la machinerie compliquée du projecteur,
l'excitation précédent la séance, la cécité d'un des
protagonistes, la lumière « magique » émanant du projecteur, le «
film dans le film » avec un épisode de Charlot, etc.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus perso : Tsai Ming
Liang.</strong></li>
</ul>
<p>
La grand-mère du réalisateur, fan de ciné, adorait réunir sa petite
famille autour d'une sorte de pique-nique dans les salles
obscures (curieusement vides d'autres spectateurs). Le
réalisateur évite l'évocation nostalgique convenue pour
livrer un film à la tonalité étrange, presque onirique (le titre
est d'ailleurs « It's a Dream »).

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus comique : Roman
Polanski  Aki Kaurismäki.</strong></li>
</ul>
<p>
Ex aequo, l'humour à froid et minimaliste du cinéaste
minimaliste venant du froid (Aki Kaurismäki et sa « Fonderie »),
contre l'humour potache de Polanski, dont la farce se termine
par une chute attendue dans un cinéma porno.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus engagé : Wim
Wenders.</strong></li>
</ul>
<p>
Le village africain de « War in Peace » sort ravagé de 10 années de
guerre, précédées de 30 ans de dictature. Une paix précaire est
revenue, mais les stigmates de la guerre sont bien présents, que ce
soit dans les bâtiments en ruines ou dans les débris d'armes
avec lesquels les enfants jouent. Cependant, les villageois peuvent
à nouveau se retrouver dans le cinéma de fortune que filme Wim
Wenders, mais l'ironie est amère : le film du jour est « la
chute du faucon noir », qui rejoue des épisodes traumatiques
d'une intervention militaire devant des enfants aux attitudes
prostrées ou psychotiques et qui ouvrent de grands yeux vides et
incrédules.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le plus ironique : Ken
Loach.</strong></li>
</ul>
<p>
Le Britannique, comique pourtant peu réputé, clôt la série avec le
très justement nommé « Happy Ending », où tout se passe « avant ».
Dans la file d'attente, un père et son garçonnet
n'arrivent pas à se décider sur le film qu'ils ont
envie de voir, malgré les conseils plus ou moins amènes des autres
personnes. Finalement, en dépit des titres aguicheurs des films à
l'affiche et de leurs résumés tous plus alléchants (et
délirants) les uns que les autres, leur choix sera peut-être le
plus raisonnable.

</p>
<ul>
<li><strong>Le « Lascar » le moins inspiré
:</strong></li>
</ul>
<p></p>
<p>Donner un nom pour
ce « Lascar » ? Pas cap' !</p>
				</div>			</content>			<id>http://h-il.blog.toutlecine.com/17984/CHACUN-SON-CINEMA/</id>			<link href="http://h-il.blog.toutlecine.com/17984/CHACUN-SON-CINEMA/" />			<author>				<name>h-il</name>				<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2010-02-09T14:34:52+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>LHISTOIRE SANS FIN</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><em>Aventures
jusqu'à plus soif</em>

<span>Réalisateur</span> :
Wolfgang PETERSEN
<span>Scénaristes</span> :
Wolfgang Petersen, Herman Weigel
<span>Acteurs</span> : Barret
Oliver (Bastien), Noah Hathaway (Atreyu), Tami Stronach (la petite
impératrice), Gerald McRaney (le père de Bastien), Thomas Hill
(Koreander), Moses Gunn (Cairon), Sydney Bromley (Engywook),
Patricia Hayes (Urgl)
<span>Année</span> : 1984
<span>Titre original</span> :
Die unendliche Geschichte


<em><strong>L'analyse détaillée « Mac Guffilm Royal Deluxe
»</strong></em>

J'avais à peu près l'âge des jeunes héros lors de la
sortie de ce conte au charme un peu suranné, aux trucages naïfs
d'avant l'ère du numérique, dont l'imagerie
s'inspire de l'heroic fantasy. Depuis, grâce aux
rediffusions TV puis au DVD, je l'ai revu périodiquement et
continue de le revoir avec plaisir.

Il faut dire que l'argument même de l'histoire sert en
quelque sorte de protection au film, avec ses qualités et ses
défauts, la morale étant qu'il ne faut pas laisser la force
et la vivacité de l'imaginaire enfantin être englouties par
le « Néant », c'est-à-dire par le passage dans le monde
rationnel des adultes. Ainsi, c'est avec ses « yeux
d'enfants » qu'il faut voir se film, même si cette
expression ne veut pas dire grand chose. Mais même avec des « yeux
d'adultes », cette oeuvre résiste fort bien à une
analyse, comme je vais essayer de le montrer ci-dessous.

Bastien, un jeune garçon solitaire d'une dizaine
d'années, se réfugie complètement dans l'imaginaire
grâce aux livres d'aventures qu'il dévore. Sa mère est
morte, son père ne le comprend pas bien, et il est brimé par ses
petits camarades.

Un jour, un vieux libraire bizarre, tout en lui interdisant
formellement la lecture d'un livre intitulé «
l'Histoire sans Fin », fait en sorte que Bastien s'en
empare. Ce dernier, fuyant les cours de l'école, se réfugie
dans le grenier et commence la lecture.

Il est aussitôt plongé, et le spectateur avec lui, dans un monde
fantastique, forêt peuplée de créatures étranges et monstrueuses,
sorte de royaume d'Alice au Pays des Merveilles.
Mais ce royaume est rongé de toute part par le Néant, aidé par un
loup énorme aux yeux de jade.

L'impératrice du royaume fait mander un grand guerrier,
unique espoir de sauver ce qui reste du monde de Fantasia.
Ce guerrier se nomme Atreyu, et il s'agit en fait d'un
jeune garçon, double de Bastien dans l'histoire.

Ainsi, le film mêle les deux niveaux : réaliste lorsque Bastien lit
le livre et tremble avec le jeune héros, féerique lorsque Bastien
devient Atreyu sur son blanc destrier.
Ce niveau « féerique » est lui-même découpé en plusieurs tableaux,
d'inégale réussite. Présentation du monde par
l'intermédiaire de personnages exotiques (un vagabond et sa «
stupide » chauve souris, un personnage bizarre, sorte de chapelier
fou d'Alice chevauchant un énorme escargot, et le géant de
pierre, monstre pathétique et attachant). Ces personnages
secondaires ancrent l'histoire dans le merveilleux mais
disparaissent bientôt du récit au profit du plus humain Atreyu.
Heureusement, car les effets spéciaux, maquillages et animation
accusent assez vite leurs limites.

Le palais de l'Impératrice, la « Tour d'Argent »,
s'inspire visiblement du « Seigneur des Anneaux » (livre cité
par Bastien), mais avec tout le kitsch nécessaire (et
superflu).

C'est dans les tableaux suivants que le film est le meilleur
(esthétiquement et émotionnellement) : ce sont les épreuves
initiatiques qu'Atreyu doit affronter.
Après de longues chevauchées, vient la traversée des « Marais de la
Mélancolie », où succombe tout voyageur trop empli de tristesse.
Dans un décor monochrome grisâtre et boueux, quasi abstrait, le
jeune et bel Atreyu est maculé de boue, et son cheval
s'enfonce inexorablement dans les eaux stagnantes, gagné par
une mélancolie incurable.

Ensuite, Atreyu est confronté au sage Morla, une tortue millénaire
géante et depuis longtemps indifférente au cours de la vie, et que
l'extrême jeunesse d'Atreyu rend allergique.
Première rencontre avec le loup annonciateur du Néant. Atreyu est
sauvé par Falkor, un dragon porte-bonheur.

L'animation « à l'ancienne » de ces marionnettes
géantes (la tortue, le loup, le dragon, ...) les rend un peu
gauches, mais peut-être plus émouvantes que leurs pendants
numériques actuels.
Les deux gamins sont convaincants : Barrett Oliver est attachant en
jeune lecteur curieux, et Noah Hathaway, au jeu parfois
approximatif, est cependant un Atreyu au visage d'ange
botticellien, et dont la silhouette réunit la force du guerrier et
la grâce du danseur.

Redevenu propre comme un sou neuf, Atreyu doit affronter maintenant
« l'oracle Sudérien », aidé par un couple de gnomes
comiques.
Atreyu passe victorieusement la porte des sphinges, puis affronte
son propre reflet. Dans le gigantisme et le hiératisme solennel et
vaguement kitsch du décor, la tension retombe un peu, alors
qu'elle devrait aller crescendo.

C'est ce que le réalisateur a le plus raté à mon sens : ce
manque de punch qui ne fait que s'accentuer par la suite :
Après avoir sagement écouté l'oracle (où l'on comprend
que le lecteur, Bastien, mais aussi - pourquoi pas - le spectateur,
aura un rôle à jouer), Atreyu fuit devant l'effondrement des
statues ; emporté par le dragon, il tombe à la mer et
s'échoue sur une plage désolée.

Il rencontre le géant de pierre qui, malgré sa force, se désole
devant son impuissance à arrêter le Néant (un moment poignant du
film), puis il erre dans un labyrinthe de ruines, où des fresques
murales représentent son propre destin.
Il doit maintenant affronter le loup du Néant (nouvelle épreuve) :
après un dialogue un peu plat entre eux deux, le réalisateur nous
frustre par une grosse ellipse, en mettant le combat hors-champ.
Ensanglanté, Atreyu se relève victorieusement sur la dépouille du
loup.
Malgré tout, sa quête semble avoir échoué puisqu'il revient
les mains vides auprès de l'Impératrice.

Après avoir accompagné Atreyu jusqu'au bout, après avoir vécu
ses mêmes peurs, dans le grenier de l'école peuplés de bêtes
empaillées et de squelettes de science nat' à qui les éclairs
et les bourrasques d'un orage prêtent vie, c'est
maintenant au tour de Bastien, dans la dernière épreuve, de refuser
que le monde de Fantasia disparaisse.

En définitive, la quête d'Atreyu s'est révélée être
plutôt « littéraire », suite de dialogues avec des personnages
pittoresques, plutôt que combats physiques dont le réalisateur nous
a privé : la clé elle-même de la sauvegarde du monde imaginaire
réside dans le Verbe créateur.</p>
<p></p>
<p>Comme c'est
bientôt Noël, le Mac Guffilm vous offre sa...</p>
<p>
<em><strong>Critique bonus (ou l'Analyse sans
Fin)</strong></em>
</p>
<p>Grâce aux rediffusions régulières et maintenant au DVD, et sans
doute davantage par nostalgie que cinéphilie, je revois
périodiquement ce film, que j'ai découvert dans les salles
obscures lorsque j'avais à peu près l'âge des deux
jeunes héros.</p>
<p>
Fort de ces multiples visions, je vais maintenant proposer une
grille de lecture thématique du récit initiatique de Wolfgang
Petersen, en mettant en avant certains éléments archétypaux communs
à de nombreux contes et mythes.

C'est sans doute grâce à de tels « dénominateurs communs »
que ces histoires, grands mythes fondateurs ou « heroic-fantasy »
d'aspect plus léger, voire enfantin (comme ici), entrent en
résonance plus profondément dans l'inconscient et parviennent
à créer un lien d'intimité, à l'aune de nos propres
expériences (c'est d'ailleurs l'un des thèmes du
film, où Bastien vit dans des « mondes parallèles » au travers de
ses lectures, et s'approprie littéralement le monde
imaginaire de Fantasia).
</p>
<ul>
<li><strong>THEME n°1 : Le pouvoir de la
parole</strong></li>
</ul>
<p>
Bastien est un jeune garçon peu sûr de lui, traumatisé par la mort
de sa mère (il se réveille en sursaut, suite sans doute à un
cauchemar). Bien que se réfugiant dans la lecture, il
n'arrive par à verbaliser (donc à se libérer) de ses
angoisses liées à son manque d'assurance et à la perte de sa
mère.

Durant le film, Bastien parle peu : dans la scène du petit déjeuner
avec son père, suite à ce qu'il lance comme un appel, («
cette nuit, j'ai encore rêvé de maman »), son père tente
maladroitement d'éluder le sujet, puis fait les questions et
les réponses à sa place, en concluant par un surréaliste « bon,
nous avons eu une intéressante conversation » !

De plus, et sans vouloir le faire exprès, ses remarques
n'aident pas le jeune garçon : il lui reproche son manque
d'assiduité à l'école, le fait de vouloir faire de
l'équitation mais d'avoir peur de monter à cheval, et
surtout tente de minimiser le désarroi causé par le décès maternel,
avec une remarque du genre : « tu es grand maintenant, tu peux
comprendre » comme un appel à devenir adulte (pour son bien,
pense-t-il, et aussi sans doute pour ne pas avoir lui-même à
s'étendre sur le sujet). Mais cette injonction de grandir est
aussitôt contredite par le fait qu'il ne lui laisse pas la
parole.

Sur le chemin de l'école, Bastien est martyrisé par trois
petits loubards, face à qui il ne sait que dire, ni menaces, ni
insultes... Les mots lui restent dans la gorge et il ne songe
qu'à fuir.

Ensuite chez le libraire, Bastien parlera peu : il ne sait que
répondre lorsque le vieux monsieur lui demande pourquoi il ne casse
pas la figure aux voyous, et préfère attendre que ce dernier ait le
dos tourné pour emprunter le livre, en écrivant un petit message
sur un bout de papier afin d'éviter de lui adresser la
parole.

C'est seulement quand le libraire accusera Bastien de ne pas
s'intéresser aux livres que ce dernier réagira au quart de
tour en citant à toute vitesse tous les romans d'aventure
qu'il a lu, comme si on venait de l'attaquer au plus
profond de lui-même : Bastien vit en effet par procuration au
travers ses héros littéraires et non pour lui même (c'est ce
que montre aussi son autocollant d'indien sur son cartable,
auquel il va s'identifier, à travers le personnage
d'Atreyu).

C'est pourquoi, en réponse à ce déni de la parole de
l'enfant (rappelons qu'étymologiquement, le mot «
enfant » désigne celui qui ne parle pas), tous les personnages du
monde imaginaire de Fantasia vont se montrer bavards et discourir
longuement, y compris les animaux.
En particulier, le jeune Atreyu se montrera assez insolent face au
conseiller de l'Impératrice (incarnation de la sagesse des
adultes). C'est d'ailleurs cette insouciante insolence,
prise comme marque de bravoure, qui semble décider le conseiller à
lui confier la quête.

Pour mener à bien cette quête, on lui donne « l'aurin », un
pendentif qui confère à son propriétaire le pouvoir de parler au
nom de l'Impératrice.

Parler « au nom de », ou parler « le nom » de l'Impératrice ?
Car c'est bien de la quête d'un nouveau nom pour
l'Impératrice qu'il s'agit : le monde de Fantasia
sera sauvé par le Verbe.
Il suffit de nommer les choses pour qu'elles existent, et il
s'agira d'une épreuve bien réelle pour Bastien, ainsi
que d'une prise de conscience : peut-être pour la première
fois, il expérimentera le pouvoir de sa parole, qui aura une
importance fondamentale contre le Néant (« c'est difficile
pour un petit garçon d'imaginer qu'il est si important
», dira l'Impératrice).

Ainsi, Bastien découvre que la parole n'est pas uniquement
destinée au discours rationnel du monde adulte (les propos de son
père, l'interdit formulé par le libraire, le vocabulaire
raisonné des mathématiques, matière dans laquelle Bastien a
visiblement quelques petits soucis...), mais qu'elle est
aussi une clé vers l'imaginaire, et permet aussi de surmonter
les obstacles de la vie.

C'est ce que dit, de façon inversée, le Loup, serviteur du
Néant : les gens sans espoir, sans imagination, sans parole libérée
autre que celle formatée par les lieux communs (comme les a alignés
le père au début de l'histoire), sont faciles à dominer,
d'où la volonté de destruction de Fantasia.

Cette volonté est incarnée non pas par un « super-vilain »
physique, mais par le plus terrifiant ennemi de la pensée et de
l'imaginaire, le Néant.
Celui-ci est tellement inconcevable que le Géant de Pierre, le
vagabond et l'homme au chapeau bizarre vont disputer
longuement sur sa nature : « un matin, il n'y avait plus de
lac », « - il y avait un trou à la place ? », « - non, un trou,
c'est encore quelque chose. Là il n'y avait Rien » (je
cite de mémoire, avant que le néant n'efface aussi ces lignes
de dialogue !). Le Néant ne peut être dit, le Néant est
l'Innommable.

Le même problème se pose cinématographiquement : comment
représenter le Néant ? Le réalisateur trouve cette réponse : une
nébulosité orageuse, qui arrache tout sur son passage et envoie
arbres, rochers, et tout le décor valdinguer hors champ dans une
soufflerie de tempête.

Mine de rien, on touche là une aporie existentielle qui trouble
l'humanité depuis la nuit des temps : qu'y avait-il «
avant » la « Création » ? « Quelque chose » peut-il sortir de «
Rien » ? Et « après » notre existence ?
</p>
<ul>
<li><strong>THEME n°2 : Dualité</strong></li>
</ul>
<p>
L'histoire est sous-tendue par l'opposition Réel /
Imaginaire.
Dans tous les récits mythiques, on retrouve ce thème du duel (dont
l'archétype est le couple Bien / Mal), sans pour autant
tomber dans un manichéisme simpliste.

Ici, des passerelles existent constamment entre ces deux mondes ;
on peut quasiment dire que chaque élément du monde réel de Bastien
trouve son pendant dans Fantasia.
Par exemple, les créatures naturalisées du grenier ont leur
équivalent vivant dans l'imaginaire : le loup, le squelette ;
ainsi que les éléments déchaînés (la tempête,
l'orage...).

Le montage parallèle du cinéma permet évidemment de visualiser
facilement ces correspondances, et de montrer
l'identification progressive, voire la dilution, du réel dans
l'imaginaire.

Lorsque Atreyu et Artax se reposent et cassent la croûte, Bastien
fait de même, et, au lieu d'engloutir la totalité de son
sandwich, décide d'en garder la moitié car « nous avons
encore du chemin à faire » (première liaison imaginaire-réel dans
l'emploi du « nous »).

Ensuite, il pleure, avec Atreyu, la mort d'Artax et
lorsqu'il crie de frayeur devant l'apparition de Morla,
celle-ci et Atreyu se retournent, comme si ils avaient entendu
quelque chose (deuxième liaison).

Puis Bastien s'implique de plus en plus, encourage Atreyu à
franchir les sphinges en hurlant (le spectateur du film a presque
envie d'en faire autant, dans une sorte de mise en abyme). A
la fin il sera totalement intégré au monde imaginaire, qui est
devenu le sien.

De même, des correspondances claires existent entre les personnages
des deux mondes.
Tout d'abord Atreyu est le clone évident de Bastien. Ne
peut-on pas lire ce nom d'Atreyu comme « Alter You », un
autre toi-même ?

Ensuite, Falkor, le dragon porte-bonheur, sauveur in extremis tel
un deus ex machina, est l'avatar protecteur du père, pour qui
rien ne peut être surmonté avec un peu d'optimisme.

Morla est la sagesse incarnée par le libraire, tous deux
n'aimant pas beaucoup les jeunes. Les deux personnages sont
un peu effrayants pour un enfant : ils représentent la
connaissance, mais cette dernière doit être méritée, et les deux
testent en quelque sorte la volonté de leur « disciple » (le
libraire en interdisant formellement l'accès au livre, tout
en faisant en sorte que Bastien s'en empare, et la tortue en
lâchant négligemment un indice sur la poursuite de la quête
initiatique, tout en soulignant bien l'impossibilité
d'accomplir la tâche).

Notons de plus que Morla parle d'elle à la première personne
du pluriel : la tortue millénaire rompt ainsi sa solitude
érémitique en se parlant à elle-même, c'est-à-dire en se
créant un double fictif.

D'ailleurs, à ces paires établies entre monde réel et monde
imaginaire répondent aussi des couples de personnages dans Fantasia
: le petit homme et le vagabond du début (chacun faisant aussi un
couple avec leurs montures), la princesse qui parle par
l'intermédiaire de son conseiller noir, le couple de gnomes
(le seul « vrai » couple, se chamaillant comme dans tout couple «
réel » d'humains), les deux (fois deux) sphinges formant les
portes de l'oracle, le tandem « Néant - Serviteur Loup »,
l'un servant à « re »-présenter l'autre.

On voit que le Géant de Pierre n'est pas apparié : je propose
d'en faire un clone d'Atreyu, plus exactement le double
« sauvage » du héros « civilisé » (tel Enkidu l'homme
sauvage, double et ami du héros dans l'épopée de Gilgamesh).
C'est cohérent, dans la mesure où il est le seul, avec
Atreyu, à avoir affronté le Néant (comme on l'apprend à la
fin), mais il doit se sacrifier, laissant la partie « sauvage » (=
l'enfance) disparaître au profit de la part « civilisée » (=
l'adulte).
Car le Géant de Pierre est bien un enfant : il arrive sur une sorte
de « petit » vélo (du moins à son échelle), puis mange avec les
doigts, éructe et fait le signe scout du « promis, juré ! »

Dans ce système de paires, le nombre trois, borne milliaire
jalonnant le chemin initiatique, apparaît donc comme annonciateur
d'un dépassement (la trinité est constante dans tous les
récits mythiques, c'est le nombre de la transgression,
partageant la même racine linguistique « tr-») : c'est
pourquoi les voyous qui attaquent Bastien sont au nombre de trois
(comme par exemple les trois sorcières de Macbeth), et que
l'arrivée à l'oracle se fait en trois étapes (la porte,
le miroir, puis enfin la seconde porte, qui est comme la bouche de
l'oracle).
</p>
<ul>
<li><strong>THEME n°3 : Récit
initiatique</strong></li>
</ul>
<p>
Ce nombre trois, on le retrouve dans la quête entière
d'Atreyu. On peut distinguer trois grandes étapes dans ses
aventures, symbolisant les trois étapes du développement humain :
enfance, adolescence, adulte (les « trois âges de la vie »). Chaque
épreuve est composée sur le même mode : d'abord une
progression (symbolisant la vie qui passe dans chacun de ces trois
âges), puis la rencontre avec un gardien, marquant le point
d'aboutissement et de non retour.

La quête commence par une naissance : dans le cercle utérin formé
par la cour du palais, on donne une médaille « de baptême » à
l'enfant Atreyu.

Après quelques chevauchées, arrive la première épreuve : la
traversée des « Marais de la mélancolie ». Les eaux dormantes des
marais symbolisent l'état « larvaire » de l'enfance, où
sommeille l'adulte « en devenir ». La tristesse du lieu
renvoie à l'état d'esprit de Bastien. Dans ces marais,
Atreyu perdra un être cher (son cheval Artax), de même que Bastien
doit surmonter la perte de sa mère.

Cette première épreuve s'achève avec la rencontre de Morla,
la tortue millénaire, qui représente le savoir adulte qu'on
commence à imposer à l'adolescent, et dont le discours est
souvent sibyllin pour un enfant. Mais ce savoir semble voué à
l'inaction et à l'indifférence face au cours des
choses.

La deuxième épreuve débute par une renaissance : ayant échappé de
justesse à l'anéantissement, Atreyu se réveille tout propre
et dans des habits neufs, après avoir été enlevé brusquement par
Falkor le dragon porte-bonheur, personnage dont il ignorait
l'existence, tout comme la puberté fond brusquement sur
l'enfant.

C'est l'âge de la socialisation : Atreyu a quitté sa
famille (la tribu dont il parlait au début), et se découvre de
nouveaux amis, parmi les créatures les plus improbables : Falkor,
mais aussi le couple de lutins.

Les nouvelles épreuves vont lui faire traverser l'adolescence
pour devenir adulte (psychiquement parlant, si ce n'est
physiquement).
Tout d'abord, une confrontation avec la mort : en effet, il
assiste en direct à la destruction du chevalier, puis découvre les
orbites vides de son crâne, qui le fixe droit dans les yeux.
Malgré la protection de son armure, le chevalier n'a pas
réussi à passer la porte des sphinges : c'est la révélation
pour Bastien-Atreyu que l'adulte n'est pas tout
puissant, qu'il peut faillir.
L'armure est illusoire ; au contraire, il faut s'en
débarrasser, et seul celui qui aura confiance en soi pourra
franchir la première porte. En effet, dans cette épreuve il
s'agit d'affronter littéralement le regard des
autres.

Cette étape franchie, Atreyu progresse dans une tempête de neige
(la blancheur symbolisant la pureté d'âme) : dans ces
éléments déchaînés, il ne voit pas grand chose. Pourtant,
c'est l'épreuve du miroir qui l'attend. Après
avoir affronté le regard d'autrui, c'est son propre
regard qu'il faut affronter, devant le miroir magique qui
renvoie ce que nous sommes au plus profond de nous-même. Ici,
Atreyu va découvrir sa véritable identité : il est en fait
l'incarnation du lecteur Bastien.

Il arrive maintenant à l'oracle : cette fois-ci, les
instructions sont beaucoup plus précises : arrivé à la fin de
l'adolescence (deuxième étape), Atreyu possède un meilleur
entendement.

Le début de la troisième étape est à nouveau une naissance
symbolique : Atreyu est rejeté par la mer (la mère), et gît
inconscient sur le rivage. On notera qu'il a alors perdu son
pendentif : le lien avec son enfance est définitivement
rompu.
Ensuite, il doit cheminer dans un labyrinthe de pierres, où des
fresques lui rappellent son passé, et lui prédisent son futur (la
rencontre avec le loup).

Dans un cataclysme final (tremblement de terre, effondrement des
ruines...), il rencontre le loup du Néant : cette fois, au
lieu de se contenter d'écouter sagement les instructions, il
doit affronter son adversaire dans une joute verbale, avant de le
tuer : il accède ainsi aux prérogatives de l'adulte (le
discours raisonné, et le pouvoir d'user de la violence
absolue).

Malgré ces réussites, le retour d'Atreyu vers
l'Impératrice est amer : le monde de Fantasia est quasiment
anéanti, et Atreyu a le sentiment d'avoir échoué à ramener un
« enfant de la Terre ». Ici, ce personnage de fiction doit
s'effacer devant la réalité ; seul Bastien peut venir à bout
de l'ultime étape : donner vie à l'imaginaire.

Auparavant, Bastien a effectué lui aussi son parcours initiatique,
parallèle à celui de son héros.
Comme Atreyu qui se voit remettre l'aurin, Bastien « reçoit »
le livre (dont la décoration de la couverture est le bijou en
question).

Atreyu progresse dans la fange avant de rencontrer Morla, tandis
que Bastien est jeté dans la benne à ordure, puis fait la
connaissance du libraire.

La deuxième étape est le passage devant les yeux scrutateurs des
sphinges. De même, Bastien arpente les couloirs déserts du collège,
où il doit redouter de rencontrer un surveillant. Il échappe ainsi
au regard (réprobateur, vu les circonstances) de son professeur de
maths, qui justement est en train de surveiller un contrôle en
classe. Dans un jeu de regards, Bastien observe la scène de
derrière la porte vitrée. On remarquera en outre la présence
d'un projecteur de diapositives posé sur une chaise proche,
dont la fonction est, une fois en marche, de projeter un puissant
faisceau lumineux, tel le rayonnement émanant des yeux des
sphinges.

Atreyu s'envole avec Falkor, avant de tomber dans la tempête,
alors que Bastien monte vers le grenier, tandis qu'un orage
éclate.

Le labyrinthe de la troisième étape symbolise les circonvolutions
et les méandres du cerveau de Bastien : les aventures
d'Atreyu, dépeintes sur les murs, sont le fruit de
l'imagination de Bastien. Il faut que ce dernier accepte
cette part de l'imaginaire et ne la laisse pas
s'étouffer et disparaître dans le tremblement de terre.
</p>
<ul>
<li><strong>THEME n°4 :
Symboles</strong></li>
</ul>
<p>
Bastien quitte les couloirs, impeccables, rectilignes et déserts de
l'école où se déroule en plus un devoir de mathématiques
(tous symboles du monde rationnel), et se réfugie dans le grenier
(la montée est aussi symbolique : élévation vers un niveau de
connaissance « supérieure », voire « transcendante » ; ainsi la
montée d'Atreyu sur la carapace du sage Morla). Ce grenier
constitue une sorte d'interface entre le monde des adultes et
son inconscient (symbolisé par la forêt du début de la partie «
imaginaire » du film).

Dans ce grenier résident toutes les peurs refoulées de
l'enfance : portes grinçantes, fenêtre battante sous
l'orage, animaux empaillés et squelettes qui prennent vie
dans la lumière vacillante d'une bougie, etc.

Significativement, en pénétrant dans le couloir menant au grenier,
il revient sur ses pas afin de prendre la clé laissée d'abord
sur la porte, tentative de garder en quelque sorte ouverte une «
issue de secours » (tout comme le moment où il rejette le livre,
lorsqu'il s'aperçoit que celui-ci l'envahit peu à
peu).
En outre, on peut remarquer que la clé elle même était facilement
accessible : dans une petite boîte à hauteur d'enfant, et
dont la vitre est brisée !

D'autres symboles archétypaux récurrents des contes
apparaissent dans le film : la Princesse (la connaissance ultime, y
compris sexuelle, voir le sens biblique du mot « connaître », et le
paragraphe suivant), le dragon, le cheval blanc (symbole de pureté,
comme la licorne citée en début de film par Bastien), les marais
(métaphore des pulsions enfouies), les disproportions entre les
tailles des différents personnages (induisant une perte des repères
traditionnels, voir par exemple Alice qui grandit et rapetisse au
gré de ses pérégrinations), la grotte ou la caverne (lieux
telluriques des Pythies, où des révélations sont faites, ici grâce
aux fresques représentant le passé et annonçant
l'avenir).
</p>
<ul>
<li><strong>THEME n°5 :
Sexualité</strong></li>
</ul>
<p>
Cela commence au palais de l'Impératrice, dont la porte, «
origine du monde » selon Courbet, ne pourra être franchie par
Atreyu qu'après son initiation. Encore enfant, mais sur le
point de devenir un homme, ce dernier se présente comme un
guerrier, à qui on demande cependant d'enlever toutes ses
armes (angoisse de la castration, qu'il surmonte).

Si les eaux dormantes des marais et la boue excrémentielle
renvoient au fameux stade sado-anal, tout comme le Géant de Pierre,
sorte de gigantesque étron, qui aussitôt arrivé ne pense qu'à
engloutir des cailloux avec les doigts en lâchant un rot sonore, le
surgissement de la tête de Morla, dissimulée sous sa carapace
depuis fort longtemps, fait songer alors à l'apparition
d'une nouvelle activité physiologique chez le tout jeune
homme ; la boue qui le macule évoquant, quant à elle, la
masturbation. Notons que l'affaire s'achève sur un
éternuement de la tortue, qui éjecte loin d'elle notre
gaillard, épuisé (et deux fois de suite, quelle vigueur
!...)

Ayant donc arraché à Morla une nouvelle connaissance (le lieu où
trouver l'oracle), c'est doté de son nouveau pouvoir
qu'Atreyu va affronter les sphinges, figures femelles aux
formes particulièrement généreuses. Tout petit à côté, il devra se
frayer un chemin entre leurs jambes, tout en bravant leurs regards
qui tue (littéralement).
Entre temps, il sera confronté à son reflet, reliquat de son
enfance qu'il brisera en pénétrant dans le miroir, tel la
chenille devenant papillon (c'est-à-dire devenant
l'imago, soit l'image dans le miroir).

Selon la théorie bien connu, chaque petit garçon est d'abord
amoureux de sa mère, mais après sa disparition (symbolisée par la
mort du cheval dans le monde imaginaire), Bastien-Atreyu doit
transférer cet amour vers un autre objet : ce sera la petite
impératrice, qui remplace de manière évidente la mère de Bastien
(jusqu'à porter le même nom).

On sait aussi qu'il doit y avoir meurtre symbolique du père.
Ne pourrait-on voir, dans le loup, la face sombre de cette figure
paternelle, qui ne demanderait à Bastien (au début du film) de
quitter son monde de fantaisie que pour mieux le dominer ?

Mais Atreyu trouve enfin un poignard de fortune (dont la
connotation n'échappera à personne) et tue le père-loup.
Bastien peut enfin découvrir l'Impératrice, recluse dans sa
tour phallique. Celle-ci lui remet un petit caillou, sorte
d'oeuf primordial qu'il est chargé
d'ensemencer : l'histoire peut recommencer (sans
fin).</p>
				</div>			</content>			<id>http://h-il.blog.toutlecine.com/16050/L-HISTOIRE-SANS-FIN/</id>			<link href="http://h-il.blog.toutlecine.com/16050/L-HISTOIRE-SANS-FIN/" />			<author>				<name>h-il</name>				<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2009-12-24T00:25:28+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>LA CHARRETTE FANTOME</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><em>Le chariot des
feus</em>

<span>Réalisateur</span> :
Viktor SJÖSTRÖM
<span>Scénariste</span> :
Victor Sjöström, d'après le roman de Selma Lagerlöf
<span>Acteurs</span> : Victor
Sjöström (David Holm), Hilda Borgström (madame Holm), Tore
Svennberg (Georges), Astrid Holm (Edit), Concordia Selander (la
mère d'Edit), Lisa Lundholm (Maria), Tor Weijden (Gustafsson)
<span>Année</span> : 1921
<span>Titre original</span> :
Körkarlen

<strong><em>Le commentaire « Quick Mac »</em></strong>

Malgré son grand âge, il y a plusieurs choses qui sont admirables
dans ce film.

Tout d'abord, l'histoire elle même possède la force
simple et tragique des grandes oeuvres : l'incapacité de
l'homme à faire le bien, et sa propension à rejeter, par
bravade, par vantardise ou par dépit, les innombrables occasions
qui s'offrent à lui pour changer de vie.

Le réalisateur Victor Sjöström campe lui-même cet homme « damné »,
et son interprétation est remarquable : très « moderne », éloignée
des roulades d'yeux ou des gestes grandiloquents de certains
muets d'alors. Le reste de la distribution est à
l'avenant.
De façon analogue, les décors préfigurent davantage le « réalisme
poétique » des films français qu'ils n'empruntent à
l'expressionnisme allemand ses maisons de guingois et
ses ruelles tortueuses.

Il y a même une scène étonnante de David défonçant une porte à coup
de hache, que nous verrons quasi à l'identique quelque 60
années plus tard, dans Shining. De fait, par son thème
philosophico-fantastique sans doute emprunté aux légendes
germano-nordiques, on retrouve une certaine imagerie abondamment
utilisée dans des oeuvres comme « le Seigneur des Anneaux
», et même jusqu'aux chevaux décharnés et sépulcraux
que l'on retrouve dans un épisode de « Harry Potter ».

Bien sûr, les effets spéciaux nous paraissent simplistes de nos
jours, mais ils n'en conservent pas moins leur force
poétique, car non seulement ils sont au service de
l'histoire, mais en plus sont très bien faits (notamment
lorsque « l'âme » se détache du « corps »).

Enfin, la narration est étonnamment complexe : il faut patienter un
bon moment pour comprendre le lien entre les deux histoires
parallèles, celle de la religieuse (représentant « le bien ») et
celle de l'ivrogne (« le mal »), expliqué grâce à de nombreux
flash-backs, voire des flash-backs imbriqués.

Dans un premier temps, nous assistons à l'agonie de
soeur Marie, qui réclame, on ne sait pourquoi, le dénommé
David Holm. Ce dernier est un poivrot, qui passe la nuit de la
Saint Sylvestre en compagnie de deux comparses à se raconter des
histoires de revenants : selon la légende, le dernier mort de
l'année qui s'achève est condamné, pour l'année
suivante, à collecter les âmes des défunts à bord d'une
vieille charrette brinquebalante (en surimpression sur les
décors).
David tient cette histoire de quelqu'un d'autre
(premier flash-back). Or, évidemment, ce quelqu'un
d'autre n'est autre que le Charon de l'année, et
(naturellement) Holm sera le dernier trépassé de la
Saint-Sylvestre, suite à une rixe d'ivrognes, devenant ainsi
le nouveau préposé au funèbre convoi.
Pendant les discussions entre son prédécesseur et lui-même, on
comprend, à l'aide d'autres flash-backs, que Holm a
mené une vie dissolue mais qu'il aurait pu maintes fois être
lavé de ses pêchés par l'amour que lui portait Soeur
Marie.

En résumé, une pièce du cinéma muet qu'il faut avoir vue,
pour sa puissance visuelle distincte des recherches esthétiques
allemandes, pour sa narration sophistiquée, et pour l'émotion
poignante qui se dégage de tout cela.</p>
				</div>			</content>			<id>http://h-il.blog.toutlecine.com/15916/LA-CHARRETTE-FANTOME/</id>			<link href="http://h-il.blog.toutlecine.com/15916/LA-CHARRETTE-FANTOME/" />			<author>				<name>h-il</name>				<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2009-12-22T00:13:30+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>LE BAHUT DES TORDUS</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><em>Des élèves
nippons (ni mauvais)</em>

<span>Réalisateur</span> :
Yûdai Yamaguchi
<span>Scénariste</span> :
Itsuji Itao, Shôichirô Masumoto
<span>Acteurs</span> : Takamasa
Suga, Ryûji Akiyama
<span>Année</span> : 2005
<span>Titre original</span> :
Sakigake!! Kuromati Kôkô: The Movie


<em><strong>Le commentaire « Quick Mac »</strong></em>

Non, le Mac Guffilm n'hésite pas à fréquenter des endroits
aussi mal famés que ce « Cromartie High School » et son ramassis
d'étudiants bons pour un aller simple vers « Battle Royal »
!

Parmi ces brillantes recrues, nous avons un bouffeur de crayons (au
pluriel), un apprenti pirate de l'air catcheur, un Freddie
Mercury, un gorille (voire deux), un robot (voire deux), et un
jeune intello qui essaie de mettre de l'ordre là
dedans.

Après quelques recherches, j'appris que ce film est
l'adaptation d'un manga, lui-même déjà adapté en
animation. Inutile de dire que je ne connaissais rien de tout ça
avant.

Avant quoi au juste ? Eh bien, avant la vision d'un truc des
plus joyeusement foutraque que j'aie pu voir : Tellement mal
foutu, mal éclairé, mal joué, mal monté que ça doit être fait
exprès, ce film est réalisé par un Ed Wood tokyoïte qui aurait fait
la fête toute la nuit avec les Monty Python.

Mais par un mystérieux paradoxe, tous ces points a priori négatifs
rendent ce film hautement jubilatoire. Contrairement à beaucoup de
« comédies » calibrées (et par conséquent pas drôles), ici, le
scénario (si on veut bien appeler ça comme cela) nous emmène où bon
lui semble et de façon complètement inattendue depuis ces salles de
classe remplies de punks dégénérés (quand un absentéisme chronique
et matinal ne les laisse pas désespérément vides sur le coup des 11
heures et demie du matin !) vers une île du Pacifique ou le cockpit
d'une soucoupe volante (qui n'a rien à envier à celle
du « Plan 9 from outer space »).

D'accord, il y a des longueurs dans les scènes (qui
paraissent d'autant plus importantes que ma culture japonaise
réduite a sans doute laissé plein de choses de côtés), mais il y a
aussi des gags savamment absurdes qui m'ont fait hurler de
rire : l'explication de la présence du héros dans ce lycée,
le gag de l'homme au masque (pour ne citer que ces deux
exemples qu'il ne faut pas dévoiler plus avant), et même le
générique d'intro qui renseigne sur l'étrange destinée
de l'établissement sont des petites perles d'humour
pince-sans-rire.

Bref, si l'idée d'un gorille parmi des lycéens,
d'un robot parodiant la scène d'un célèbre film
d'horreur, d'un dur à cuire phobique des transports,
d'aliens venus (et velus) tout droit de la planète des
singes, ou même celle d'un lycéen séchant sur des
soustractions ne vous effraient pas, alors bienvenue chez ces «
tordus » !</p>
				</div>			</content>			<id>http://h-il.blog.toutlecine.com/15575/LE-BAHUT-DES-TORDUS/</id>			<link href="http://h-il.blog.toutlecine.com/15575/LE-BAHUT-DES-TORDUS/" />			<author>				<name>h-il</name>				<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2009-12-15T00:39:51+01:00</updated>		</entry>		<entry>			<title>OCEANS TWELVE</title>			<content type="xhtml">				<div xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">				<p><em>Douze hommes au
cool air</em>

<span>Réalisateur</span> :
Steven Soderbergh
<span>Scénariste</span> :
George Nolfi
<span>Acteurs</span> : George
Clooney (Danny Ocean), Brad Pitt (Rusty Ryan), Matt Damon (Linus
Caldwell), Julia Roberts (Tess Ocean), Catherine Zeta-Jones (Isabel
Lahiri), Andy Garcia (Terry Benedict)
<span>Année</span> : 2004
<span>Titre original</span> :
Ocean's Twelve


<em><strong>Le commentaire « Quick Mac »</strong></em>

Dans cette histoire d'arnaqueurs arnaqués, le plus grand
d'entre eux ne serait-il pas Soderbergh lui-même vis-à-vis de
son public ?
Lorsqu'ils n'étaient qu'onze, la bande à Danny
était plutôt sympa, et le casse méticuleusement raconté dans les
règles du genre.
Ici, les gentlemen cambrioleurs sont douze ; ils auraient pu être
trois de moins ou cinq de plus, cela n'aurait strictement
rien changé à l'histoire dans la mesure où le peu
d'action que l'on voit est celle racontée dans des
flash-back clippeux, et où la moitié de l'Ocean's Team
ne sert strictement à rien : même George passe un bon quart du film
en prison.

Ce qu'il reste ? Un réalisateur au style branchouille qui
multiplie les ellipses, les angles bizarres, les couleurs flashy,
et des stars en roue libre qui se vannent à gros coup de clins
d'oeil (Brad qui dit à George qu'il le trouve sexy dans
un costume rayé  celui de « O'Brother » sans doute -),
ou qui versent dans l'autodérision (Clooney qui va prendre un
café, qui demande s'il fait vraiment cinquante piges,
etc).

Le climax auto-référentiel est atteint lorsque les gars de la bande
déguisent Tess en Julia Roberts, en apprenant à Julia Roberts (qui
joue Tess) comment elle doit imiter la vraie Julia Roberts, puis
que cette dernière rencontre Bruce Willis (joué par Bruce Willis,
qui devait passer par là et par hasard, et qui s'est dit
qu'un cacheton supplémentaire ne ferait pas de mal) qui prend
Julia Roberts pour Julia Roberts.
Avant qu'il soit détrompé, chacun dans le film se sera vanté
auprès de Bruce d'avoir deviné que ce dernier était un
fantôme (pas ici, mais dans l'un de ses nombreux
films...).

Bref, tout cela est amusant cinq minutes, mais nous spectateurs,
aurions bien voulu voir aussi un vrai film avec une vraie histoire
d'un vrai cambriolage, et pas seulement assister à une
jet-set party dont nous nous sentons peu à peu
exclus.</p>
				</div>			</content>			<id>http://h-il.blog.toutlecine.com/15497/OCEAN-S-TWELVE/</id>			<link href="http://h-il.blog.toutlecine.com/15497/OCEAN-S-TWELVE/" />			<author>				<name>h-il</name>				<uri>http://h-il.blog.toutlecine.com</uri>			</author>			<updated>2009-12-13T11:08:52+01:00</updated>		</entry></feed>